Crédits bancaires: les impayés atteignent un niveau record de 106 milliards de dirhams

Signature du contrat de crédit bancaire. (Photo d'illustration)

Les crédits bancaires impayés franchissent un nouveau seuil. À fin mai 2026, les créances en souffrance ont atteint 105,97 milliards de dirhams, en hausse de 4,9% sur un an, selon Bank Al-Maghrib. Malgré une légère amélioration du taux de sinistralité global, les défauts de paiement restent élevés dans plusieurs secteurs d’activité, notamment le commerce, l’industrie et le BTP.

Le 30/07/2026 à 17h00

Entre janvier et mai 2026, les créances en souffrance des banques ont grimpé à 105,97 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 4,9% par rapport à la même période de 2025, selon les derniers chiffres publiés par Bank Al-Maghrib.

Ce rythme s’inscrit dans la continuité de l’exercice 2025, où l’encours des créances en souffrance avait progressé de 5,2%, à 103 MMDH, après une hausse de 2,8% en 2024, une évolution qui demeurait toutefois en deçà de la moyenne annuelle de 6,8% observée sur la période 2015-2023, selon le rapport sur la stabilité financière au titre de l’exercice 2025. Le taux de sinistralité du secteur bancaire s’est établi à 8,3%, contre 8,4% en 2024, confirmant une deuxième année consécutive d’amélioration de la qualité des actifs.

Sur le plan sectoriel, cette sinistralité demeure très différenciée. Le commerce affiche le taux le plus élevé, à 15,6%, contre 15,7% en 2024, suivi de l’industrie manufacturière avec 15,3%, après 16,1% un an plus tôt. L’hôtellerie enregistre un taux de 14,3%, en léger repli par rapport à 14,4%, mais qui reste bien en deçà de sa moyenne décennale de 22%. Le BTP affiche 14,1%, contre 14,8% en 2024, tandis que l’agriculture et la pêche voient leur taux grimper à 13,2%, après 10,4% en 2024, une évolution qui traduit la vulnérabilité structurelle du secteur face aux aléas climatiques.

Au sein de ce portefeuille, les créances en souffrance détenues sur les ménages par les banques ont atteint 36 MMDH, en hausse de 4,3%, portant leur taux de sinistralité à 10,9%, contre 10,7% en 2024.

La structure de ces créances par catégorie de risque montre une prédominance des créances compromises, qui représentent 81% de l’encours total, en repli de 360 points de base. Leur montant a progressé de façon limitée, de 0,7%, pour s’établir à 82,9 MMDH.

Les créances douteuses ont, quant à elles, enregistré une forte hausse de 68,3%, à 14,8 MMDH, portant leur part à 14,4% du total, contre 9% un an auparavant. À l’inverse, les créances pré-douteuses ont reculé de 23,4%, à 5 MMDH, ramenant leur part à 4,9% du total, contre 6,7% en 2024.

Pour couvrir ces créances en souffrance, les banques ont constitué des provisions qui se chiffrent à 70 MMDH à fin 2025, en croissance de 3,8%, après 4,6% l’année précédente. Le taux de couverture global s’est établi à 68%, contre 27,3% au niveau des seules banques participatives.

Cette couverture affiche une forte variation selon la catégorie de risque: 75% pour les créances compromises, 47% pour les créances douteuses et seulement 12% pour les créances pré-douteuses. Pour les trois établissements à caractère systémique, le taux de couverture s’est établi à 68,9%, contre 69,2% à fin 2024.

En complément de ces provisions spécifiques, les banques ont constitué des provisions à caractère général de 18 MMDH, en accroissement de 5%, dans une logique prospective de gestion du risque de crédit alignée sur les standards normatifs internationaux.

Ces coussins, combinés aux fonds propres prudentiels des banques, contribuent au renforcement de la résilience globale du système bancaire face à d’éventuels chocs de crédit.

Bank Al-Maghrib a par ailleurs réalisé un nouvel exercice de macro-stress test de solvabilité portant sur les huit principales banques de la place, sur la base de trois scénarios macroéconomiques d’intensité croissante. Il s’agit d’un scénario central aligné sur les prévisions macroéconomiques de juin 2026, d’un scénario sévère marqué par une intensification du conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, et d’un scénario extrême fondé sur une forte récession combinée à un épisode de sécheresse sévère en 2027.

Dans le scénario central, le taux moyen de créances en souffrance des huit principales banques se stabiliserait à près de 9,8% sur la période 2025-2027, les banques préservant des niveaux confortables de fonds propres prudentiels, avec un ratio moyen de solvabilité avoisinant 15,2% à fin 2027.

Dans le scénario sévère, le taux moyen de créances en souffrance passerait de 9,1% en 2025 à 11,1% en 2027, contraignant les banques à renforcer leurs provisions, avec un ratio de solvabilité reculant d’environ 141 points de base sur la période.

Dans le scénario extrême, le taux moyen de créances en souffrance atteindrait 11,5% en 2026, puis 12,8% en 2027, les ratios moyens de fonds propres prudentiels et de fonds propres de base s’établissant respectivement à 13,6% et 10,3% à cet horizon. Les banques devraient néanmoins, en moyenne, continuer de respecter les exigences réglementaires minimales en vigueur.

Par Lahcen Oudoud
Le 30/07/2026 à 17h00