Ménages: la dette grimpe à 456 milliards de dirhams, la plus forte hausse depuis 2012

Les crédits à la consommation ont atteint un encours de 183 MMDH en 2025, en croissance de 13,2%.. Dr

L’endettement des ménages marocains a atteint un niveau inédit en 2025. Portée par la forte progression des crédits à la consommation, la dette s’élève désormais à 456 milliards de dirhams, en hausse de 6,9%, soit sa plus forte progression depuis 2012. Si le taux de défaut est resté globalement stable, la part des emprunteurs consacrant plus de 40% de leurs revenus au remboursement de leurs crédits continue d’augmenter, selon le Rapport sur la stabilité financière 2025.

Le 28/07/2026 à 13h32

La dette des ménages marocains continue de s’alourdir. Son encours a atteint 456 milliards de dirhams (MMDH) en 2025, en progression annuelle de 6,9%, selon le rapport sur la stabilité financière au titre de l’exercice 2025, publié conjointement par Bank Al-Maghrib (BAM), l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS).

Ce rythme dépasse nettement celui de 3,9% enregistré en 2024 ainsi que la moyenne annuelle de 4,2% observée sur 2016-2023. Il s’agit de la hausse la plus soutenue depuis 2012, dans un contexte marqué par un assouplissement des conditions de financement. La structure de cette dette demeure stable, avec 60% de l’encours pour les crédits à l’habitat et 40% pour la consommation. Les financements participatifs ont poursuivi leur progression, totalisant 32 MMDH, en hausse de 20,7%.

En proportion du PIB, la dette financière des ménages s’est stabilisée à 27% en 2025, un niveau plus élevé que dans les pays en développement, mais inférieur à celui des économies avancées. L’encours de la dette des résidents au Maroc a atteint 433 MMDH, en hausse de 6,8%, soit 95% de l’endettement total et 25% du PIB. Les crédits aux Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont atteint 23 MMDH, en progression de 7,9%, représentant 19% des transferts des MRE.

Évolution de la dette financière des ménages et sa composition (source: BAM)

L’encours des crédits à l’habitat s’est établi à 273 MMDH en 2025, en hausse de 3%, après 1,5% en 2023 et 2024. Ce rythme reste inférieur à la moyenne annuelle de 4,4% observée sur 2016-2022.

La structure par tranche de taux demeure dominée par les financements à taux fixe compris entre 4% et 6%, qui représentent 80% de l’encours. La part des crédits entre 6% et 8% a poursuivi sa contraction pour s’établir à 10%, contre 22% en 2017. Les taux inférieurs à 4% restent stables à 9%, ceux supérieurs à 8% demeurant marginaux.

Selon la durée initiale, les prêts d’une maturité supérieure ou égale à 20 ans représentent près des deux tiers de l’encours, ceux entre 10 et 20 ans en concentrant 30%. Les maturités courtes restent marginales, à moins de 5% de l’encours.

L’encours des prêts au logement encouragés par l’État s’est établi à environ 40 MMDH, en repli de 2,7%, un quatrième recul annuel consécutif. Leur poids dans l’encours total des crédits à l’habitat est revenu à 14,2%, contre 19,1% en 2019.

Évolution du crédit à l’habitat (source: BAM)

Le programme Damane Assakane (FOGALOGE et FOGARIM) a totalisé près de 33 MMDH, un niveau quasiment stable. L’encours du FOGALOGE a progressé de 2,1% à près de 15 MMDH, tandis que celui du FOGARIM s’est replié de 1,8% à environ 18 MMDH. Le FOGALEF s’est établi à près de 6 MMDH, en baisse de 14,3%.

Le FOGARIM demeure le principal dispositif, avec 45,8% de l’encours total, suivi du FOGALOGE (38,1%) et du FOGALEF (16,2%). Le taux de créances en souffrance s’est établi à 1,9% pour le FOGARIM, 0,9% pour le FOGALOGE, et 1,4% pour l’ensemble du programme Damane Assakane.

Les crédits à la consommation ont atteint un encours de 183 MMDH en 2025, en croissance de 13,2% après 7,9% en 2024, portée par le dynamisme des sociétés de financement (+21%, à 99 MMDH), les banques progressant plus modérément (+5,6%, à 85 MMDH). La part des sociétés de financement a ainsi gagné 3 points, à 53%.

Les prêts personnels dominent la répartition par finalité, avec 68% de part, devant l’automobile (18%), les équipements domestiques (13%) et les cartes de crédit (2%). Par durée, les financements de 7 ans et plus constituent désormais 50% de l’encours, contre 33% pour ceux de 5 à 7 ans, confirmant l’allongement des maturités.

Évolution du crédit à la consommation (source: BAM)

Une étude adossée au ratio DSTI (Debt Service To Income), portant sur 639.013 dossiers de particuliers ayant contracté ou renouvelé un crédit en 2025, relève un taux d’endettement moyen de 36%, après 34% en 2024 et 35% en 2023, contre une moyenne de 31% sur 2015-2022.

Les salariés (public et privé) représentent 63% des emprunteurs. Les fonctionnaires affichent le taux le plus élevé (44%, contre 34% pour le privé), suivis des retraités (36%). Les professions libérales, avec 9% des dossiers, affichent 32%.

Le crédit demeure concentré sur les ménages aisés: les revenus supérieurs à 10.000 dirhams représentent 59% des crédits (taux de 34%). Les taux les plus élevés (37-38%) concernent toutefois les revenus intermédiaires. Les revenus inférieurs à 4.000 dirhams, avec 5% des crédits, affichent un taux comparable de 34%.

Par âge, les 30-50 ans concentrent la moitié des bénéficiaires, mais les taux les plus élevés (39%) sont observés chez les 50-60 ans. Les moins de 30 ans affichent le taux le plus faible (29%).

Endettement des particuliers: répartition des bénéficiaires par catégorie socioprofessionelle (En%) (source: BAM)

La part des particuliers dont le taux d’endettement dépasse 40% a atteint 38% en 2025, après 32% en 2024, contre une moyenne de 28% sur 2015-2023. Ces emprunteurs concentrent 45% de l’encours total des crédits, contre 41% un an auparavant.

Au sein de cette catégorie, la tranche 40-50% recule à 36% (contre 38%), tandis que la tranche 50-60% progresse à 26%. Les fonctionnaires et salariés du privé concentrent 68% des bénéficiaires, avec des taux atteignant 63% pour les fonctionnaires et 61% pour les retraités.

Les revenus supérieurs à 10.000 dirhams concentrent 51% des crédits de cette catégorie, mais ce sont les revenus les plus modestes qui affichent les taux les plus élevés, jusqu’à 62% pour les moins de 4.000 dirhams. Par âge, les 40-50 ans sont les plus représentés (26%), tandis que les 50 ans et plus affichent les taux moyens les plus élevés, autour de 61%.

Les créances en souffrance des ménages ont atteint 47 MMDH en 2025, en hausse de 5,8%, portant le taux de défaut à 10,3%, contre 10,4% en 2024. Les banques ont enregistré 36 MMDH de créances en souffrance (+4,3%, taux de défaut de 10%), tandis que les sociétés de financement en comptabilisent 11 MMDH (+11,1%, taux de 11,3%, contre 12,3% en 2024). Les résidents au Maroc affichent un taux de défaut de 10,5%, contre 6,5% pour les MRE.

Par Lahcen Oudoud
Le 28/07/2026 à 13h32