Création d’entreprises: quatre régions captent 76,9% des nouvelles sociétés

Le siège de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), à Casablanca.

Le Maroc a enregistré 51.805 nouvelles entreprises au premier semestre 2026, dont 39.001 personnes morales. Selon l’OMPIC, ces données révèlent une forte concentration territoriale et sectorielle: quatre régions regroupent 76,9% des nouvelles sociétés, tandis que l’industrie ne représente que 6,3% des immatriculations.

Le 09/09/2026 à 10h42

La création d’entreprises conserve une assise territoriale étroite au Maroc. Sur les 39.001 personnes morales immatriculées au premier semestre 2026, plus des trois quarts se concentrent à Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Les huit autres régions se partagent seulement 23,1% des nouvelles sociétés, selon les données publiées par l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale.

Ce déséquilibre géographique se double d’une spécialisation dans des activités généralement plus accessibles à la création. Le commerce, le BTP, l’immobilier et les services divers représentent ensemble 72,6% des immatriculations, contre 6,3% pour l’industrie. Les données décrivent ainsi un entrepreneuriat actif, mais principalement attiré par les grands centres économiques et par des secteurs dont l’entrée exige souvent moins de capital productif qu’une activité industrielle.

Le constat ne signifie pas que les nouvelles sociétés commerciales ou de services auraient une faible contribution économique. Il montre plutôt que le nombre d’immatriculations ne suffit pas à mesurer la transformation productive du pays. Une entreprise nouvellement enregistrée peut rester sans activité significative, tandis qu’un seul projet industriel peut mobiliser davantage d’investissements et créer plus d’emplois que plusieurs sociétés de commerce.

Casablanca-Settat concentre 39,3% des créations de personnes morales enregistrées entre janvier et juin 2026. Sa part dépasse presque le total cumulé des trois régions qui la suivent. Rabat-Salé-Kénitra représente 14,5% des immatriculations, Marrakech-Safi 12,5% et Tanger-Tétouan-Al Hoceima 10,6%.

Cette hiérarchie reflète la capacité des grandes régions à attirer les sièges sociaux et à offrir un environnement plus dense en clients, fournisseurs et services professionnels. Les données de l’OMPIC ne permettent toutefois pas de déterminer si l’activité réelle de chaque entreprise se déroule dans la région de son immatriculation. Une société enregistrée à Casablanca peut investir ou opérer ailleurs, ce qui impose de ne pas assimiler automatiquement adresse juridique et implantation productive.

La concentration n’en reste pas moins prononcée. Casablanca-Settat accueille à elle seule près de quatre nouvelles sociétés sur dix, tandis que huit régions réunies en captent moins d’une sur quatre. L’écart suggère que la décision de créer une personne morale demeure fortement liée à la proximité des principaux marchés, des administrations, des financements et des réseaux d’affaires.

Le document de l’OMPIC ne ventile pas les investissements associés à ces immatriculations et ne précise pas les aides territoriales reçues par les entreprises. Il ne permet donc pas d’établir si les régions périphériques obtiennent moins de financements publics ou si les dispositifs d’accompagnement y produisent des résultats inférieurs. Il fournit néanmoins un indicateur de résultat: leur poids collectif dans les nouvelles sociétés reste nettement minoritaire.

Une autre géographie pour l’entreprise individuelle

La répartition territoriale change lorsqu’il s’agit des personnes physiques. Le Maroc a enregistré 12.804 entreprises individuelles au premier semestre, soit environ un quart des 51.805 nouvelles immatriculations. Tanger-Tétouan-Al Hoceima arrive en tête de cette catégorie avec 20,8%, devant Casablanca-Settat, à 13,3%, et l’Oriental, à 10,8%.

Le contraste est significatif. Casablanca-Settat domine très largement la création de sociétés, mais sa part dans les entreprises individuelles est inférieure de 26 points à celle observée pour les personnes morales. Tanger-Tétouan-Al Hoceima suit le mouvement inverse: sa part atteint 20,8% chez les entrepreneurs individuels, contre 10,6% pour les sociétés.

Cette différence révèle deux formes distinctes de dynamisme entrepreneurial. Les personnes morales se concentrent davantage autour des grands pôles économiques, tandis que l’entreprise individuelle apparaît territorialement plus diffuse. Le choix du statut peut traduire des différences de taille, de financement et d’organisation, même si l’OMPIC ne fournit pas les données permettant d’en mesurer précisément les effets.

La structure juridique des nouvelles sociétés confirme par ailleurs le poids des projets portés par un seul associé. La société à responsabilité limitée à associé unique représente 65,2% des immatriculations de personnes morales, contre 33,7% pour la SARL classique. Ces deux formes réunissent ainsi 98,9% des nouvelles sociétés, ce qui souligne la préférence des créateurs pour des structures juridiques simples et maîtrisées.

Le commerce et le BTP dominent

La concentration sectorielle est presque aussi forte que la concentration régionale. Le commerce arrive en tête avec 27,2% des nouvelles immatriculations, suivi du BTP et des activités immobilières, à 25,4%. Les services divers en représentent 20%, le transport 7,5% et l’industrie 6,3%.

Commerce, construction, immobilier et services divers totalisent ainsi près des trois quarts des créations. L’écart entre l’industrie et les deux premiers ensembles est considérable: le poids du commerce dépasse de 20,9 points celui de l’industrie, tandis que celui du BTP et de l’immobilier lui est supérieur de 19,1 points.

La faiblesse relative de l’industrie dans les immatriculations s’explique en partie par la nature même de l’activité productive. Créer une unité industrielle requiert généralement une implantation, des équipements, des procédures techniques et une capacité de financement que n’exigent pas nécessairement certaines activités commerciales ou de services. Le délai séparant la constitution juridique du lancement effectif de la production peut également être plus long.

Ces mécanismes restent toutefois des clés de lecture et non des résultats établis par le document. L’OMPIC ne précise ni le montant du capital engagé par secteur, ni la taille prévue des entreprises, ni leur taux de survie. Un taux de 6,3% ne permet donc pas de conclure à un recul de l’investissement industriel. Il indique seulement que l’industrie génère une proportion limitée des nouvelles entités enregistrées.

L’immatriculation ne mesure pas encore l’impact

Le volume global reste substantiel. L’OMPIC dénombre 51.805 nouvelles entreprises au premier semestre 2026, réparties entre 39.001 personnes morales et 12.804 personnes physiques. L’Office a également délivré 68.416 certificats négatifs, étape permettant de réserver une dénomination commerciale.

L’écart entre le nombre de certificats et celui des immatriculations rappelle cependant que toute intention entrepreneuriale ne devient pas immédiatement une entreprise inscrite au registre du commerce. De même, l’immatriculation ne garantit ni le démarrage effectif de l’activité, ni la création d’emplois, ni la réalisation d’un investissement.

Le document ne fournit aucune donnée sur les emplois déclarés par les nouvelles entreprises, leurs capitaux, leur chiffre d’affaires ou leur pérennité. Il ne permet pas non plus de comparer directement les créations aux radiations ou aux cessations d’activité. Le chiffre de 51.805 mesure donc un flux administratif d’entrée, non l’accroissement net du tissu productif.

Cette distinction est particulièrement importante pour l’analyse territoriale. Une région peut enregistrer de nombreuses sociétés de petite taille sans attirer beaucoup de capital, tandis qu’un territoire comptant moins d’immatriculations peut accueillir des projets plus intensifs en investissement et en emploi. Pour mesurer la contribution économique réelle des régions, les créations devraient être rapprochées des investissements réalisés, des postes déclarés et de la survie des entreprises.

Les données publiées posent moins la question du nombre national de créations que celle de leur répartition. Quatre régions concentrent 76,9% des personnes morales et les activités de commerce, de BTP, d’immobilier et de services dominent largement les immatriculations. La dynamique entrepreneuriale reste ainsi alignée sur la géographie des principaux pôles économiques plutôt que sur un rééquilibrage rapide entre les territoires.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 09/09/2026 à 10h42