Carburants et médicaments: le plaidoyer d’Ahmed Rahhou

Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence.

Revue de presseFace aux tensions persistantes sur les prix des carburants et l’avenir du médicament, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, plaide pour une régulation moderne de ces deux secteurs stratégiques. Entre rejet des subventions généralisées et nécessité de diversifier les modèles économiques, il esquisse une voie alternative pour concilier équité et efficacité. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 10/05/2026 à 18h54

Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, défend une approche radicale pour les deux secteurs stratégiques que sont les carburants et les médicaments. Lors des «Nuits de la Finance» organisées par Finances News Hebdo, il a rappelé que le Maroc avait fait le choix d’une économie libérale fondée sur l’investissement privé et la liberté d’entreprendre. Dans ce cadre, la concurrence doit servir d’outil d’organisation du marché. Cette vision explique sa position sur les subventions. Il ne plaide pas pour un retour à la compensation des produits pétroliers.

«Une subvention sur le carburant profite davantage à celui qui consomme le plus. Autrement dit, celui qui roule beaucoup, avec un véhicule plus puissant, capte mécaniquement une part plus importante de l’effort public. Le ménage qui prend les transports en commun n’en bénéficie que très indirectement», a-t-il indiqué. Pour lui, une aide directe via le Registre social unifié (RSU) permet un ciblage plus précis des ménages dans le besoin. Le même principe s’applique à la santé, où la généralisation de la couverture sociale place progressivement la CNSS comme payeur final d’une part croissante des dépenses de soins, écrit Finances News Hebdo.

Le Maroc entre ainsi dans un système où les cotisations et, à terme, le budget de l’État, devront absorber des dépenses appelées à augmenter. «Sous d’autres cieux, les grands systèmes de couverture sociale nés après la Seconde Guerre mondiale dans plusieurs pays développés cherchent aujourd’hui des économies partout. Le Maroc a encore le temps d’éviter certaines impasses, à condition de poser les questions tôt», a recommandé Ahmed Rahhou. Le secteur pharmaceutique, avec un chiffre d’affaires de 24 à 25 milliards de dirhams dont près de 14 milliards transitent par les pharmacies d’officine, illustre les limites du modèle actuel. La viabilité des officines dépend presque exclusivement de la marge sur les médicaments, alors que la politique de santé publique vise précisément à faire baisser ces prix. «Peut-on continuer à faire dépendre la viabilité des pharmacies presque exclusivement du prix du médicament?», s’est interrogé le président du Conseil.

L’ouverture du capital des pharmacies, même encadrée, reste rejetée par une partie de la profession. Les pharmaciens présents lors du débat ont rappelé que le médicament n’est pas un produit banal et que l’arrivée d’investisseurs non-pharmaciens risquerait d’introduire une logique de rentabilité financière dans un métier relevant avant tout de la santé publique. Ils craignent également un impact sur l’indépendance des pharmaciens, l’équité territoriale et la disponibilité de certains médicaments moins rentables.

Le Conseil de la concurrence n’envisage pas l’ouverture du capital comme une solution miracle. Il propose plutôt des étapes intermédiaires: centrales d’achat, chaînes entre pharmaciens, franchises, mutualisation de certaines charges, ou encore diversification des revenus. «Permettre à la pharmacie de ne plus vivre uniquement du médicament», a résumé Ahmed Rahhou. Dans plusieurs pays, une partie du chiffre d’affaires des officines provient de la parapharmacie, des produits de santé, de la diététique ou de services rendus aux patients. Le pharmacien conserverait ses responsabilités sanitaires, mais son modèle économique serait moins exposé à la seule marge sur la boîte de médicaments.

Sur les carburants, la libéralisation du secteur a instauré une cadence de quinze jours pour les ajustements de prix, héritée de l’ancien système de fixation administrative. Cette synchronisation des hausses et des baisses alimente régulièrement les soupçons d’entente entre les opérateurs, bien que le Conseil de la concurrence n’ait jamais constaté de preuves formelles de collusion. «Les mouvements de prix observés ont été jugés explicables par les données du marché», a-t-il précisé, reconnaissant que, «même sans entente, le signal envoyé au consommateur est mauvais». Une sortie progressive de cette cadence serait nécessaire, mais pas dans un contexte de tensions sur les marchés internationaux. «Il faut éviter de réduire le secteur à la seule polémique sur les prix», a souligné le président du Conseil de la concurrence, tout en insistant sur la question de l’approvisionnement: malgré les crises récentes, le Maroc n’a pas connu de rupture d’approvisionnement en carburants, ce qui démontre la résilience des distributeurs.

Par La Rédaction
Le 10/05/2026 à 18h54