Appréciation du dirham face au dollar: comment cela profite-t-il aux importateurs?

Des billets de dirhams marocains et de dollars américains.

Le dirham continue de gagner du terrain face au dollar, qui s’est déprécié ces dernières semaines sur le marché international. Une situation qui devrait profiter aux importateurs marocains et alléger leur facture.

Le 18/04/2023 à 17h35

Pour la cinquième semaine consécutive, le dirham a pris de la valeur face au dollar américain. Entre le 6 et le 12 avril 2023, la monnaie nationale s’est appréciée de 0,18% vis-à-vis du dollar, selon le dernier bulletin hebdomadaire de Bank Al-Maghrib (BAM). Ce mardi 18 avril, le dollar s’est échangé à 10,15 dirhams, selon le cours de change de référence moyen de la banque centrale.

Cette appréciation du dirham serait notamment due à l’affaiblissement du dollar face à l’euro sur le marché international, plombé par une inflation moins rigoureuse que prévue et un risque de récession qui laisse la voie ouverte pour un assouplissement de la politique monétaire américaine.

En effet, après être passé sous le seuil du dollar américain l’an dernier, l’euro a repris le dessus depuis le début de l’année. Ce mardi 18 avril, la monnaie européenne s’échange à près de 1,10 dollar.

«La récente faillite de trois banques américaines et le risque de récession ont eu un impact négatif sur le système bancaire et le marché des capitaux américain. Avec, en plus, une inflation qui recule, la FED pourrait assouplir sa politique monétaire pour soutenir les banques. Cette conjoncture fait que les investisseurs et les détenteurs de fonds ne privilégient pas la place américaine à court terme. Cela pourrait expliquer la dépréciation du dollar face à l’euro», explique Omar Bakkou, économiste spécialiste en politique de change, contacté par Le360.

Une facture allégée

L’appréciation du dirham devrait avoir un impact positif sur la facture des achats à l’étranger, près de 50% des importations marocaines étant libellées en dollar, notamment les produits énergétiques. Les importateurs marocains devraient ainsi payer moins cher leurs achats de l’étranger grâce à un dirham plus fort, note l’économiste.

Cette situation devrait ainsi alléger la balance commerciale du Maroc qui a été fortement impactée par le choc inflationniste. A fin 2022, le déficit commercial du Royaume a augmenté de 56,5% pour s’établir à -311,627 millions de dirhams.

Au 7 avril 2023, les avoirs officiels de réserve du Maroc se sont établis à 361,5 milliards de dirhams, en hausse de 0,1% d’une semaine à l’autre et de 9,8% en glissement annuel, selon BAM.

Cette situation pourrait également agir positivement sur l’inflation importée pour faire baisser le prix de certains produits sur le marché national. «Théoriquement, l’appréciation du taux de change abaisse les prix des importations, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix internes», souligne Omar Bakkou.

L’économiste nuance, toutefois: «L’ampleur de l’appréciation du dirham est encore relativement faible pour engendrer un impact macroéconomique important. Il faudra attendre l’évolution du taux de change durant les prochaines semaines pour mieux mesurer l’impact.»

Par ailleurs, Attijari Global Research a recommandé aux importateurs, dans son dernier MAD Insight, de profiter de la poursuite de l’affaiblissement du dollar pour réduire leur exposition aux opérations de couverture sur le très court terme.

«La volatilité continue de régner sur le marché des changes. Ces incertitudes sont liées à l’évolution de l’inflation et aux anticipations des décisions monétaires des grandes banques centrales. Nous recommandons aux importateurs en dollar de profiter de la poursuite de l’affaiblissement du dollar en réduisant leur exposition aux opérations de couverture sur le très court terme», avaient avisé les analystes.

Par Safae Hadri
Le 18/04/2023 à 17h35