Le cœur de Manhattan a pris, le temps d’une nuit, les accents des dunes du Sahara et l’énergie des boulevards casablancais. Pour célébrer sa 40e édition, le prestigieux SummerStage Festival de Central Park a offert au Maroc une tribune sans précédent: en devenant le premier pays d’Afrique et du monde arabe invité d’honneur de l’événement, le Royaume a signé une prestation remarquable qui fera date dans les annales des échanges culturels transatlantiques.
Organisée sous la houlette du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, en synergie avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), le collectif Maroc Festivals, cheville ouvrière de cette initiative, et les équipes du SummerStage, la soirée baptisée «Morocco: From Dakhla to Casablanca» a rassemblé plusieurs milliers de spectateurs. Dans la foule ultra-cosmopolite, des mélomanes new-yorkais, des membres de la diaspora marocaine venus en force, des acteurs majeurs de l’industrie musicale américaine, mais aussi un parterre diplomatique de haut rang emmené par l’ambassadeur Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU à New York, et de nombreux représentants permanents auprès des Nations unies.
«C’est un pur bonheur de ressentir toute l’énergie des rythmes gnaoua et de Hoba Hoba ici, en plein cœur de Central Park. Voir des Marocains, des Américains et des diplomates de l’ONU vibrer et danser ensemble sur la musique marocaine est un moment magique. Cet événement à New York est une vraie réussite, et nous espérons qu’il deviendra un rendez-vous annuel incontournable. C’est un levier formidable pour faire rayonner la culture marocaine et renforcer notre diplomatie à travers le monde», nous déclare à ce titre Omar Hilale, grand mélomane.
Le tour du Maroc en musique
L’événement s’est affirmé comme une vitrine magistrale de la diversité marocaine, à la fois ancrée dans ses traditions millénaires et résolument tournée vers la création contemporaine. Pendant plusieurs heures, quatre formations emblématiques ont livré une démonstration d’une richesse saisissante.
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C’est au groupe Dakhla Casa Xpress qu’est revenue la responsabilité d’ouvrir le bal. À travers une performance inédite d’électro-hassanienne, la formation a surpris le public en conviant sur scène le poète Mohammed Baaiya, venu spécialement de Laâyoune. Les vers sahariens ont dialogué avec brio avec les beats électroniques du producteur NDRK, soutenus par les claviers d’El Waar Baamar, de Dakhla, et les arrangements jazzy du guitariste Anas Chlih. Une alchimie audacieuse entre patrimoine nomade et modernité urbaine. «Notre but est de faire connaître la musique marocaine dans toute sa richesse et sa diversité. Grâce à Dieu, à New York, c’est une réussite», commente Anas Chlih. «Un événement de cette envergure est une expérience nouvelle pour nous et il nous fait grandir. Non seulement nous gagnons en popularité, mais aussi en capacité à nous adresser à un public différent», ajoute Mohammed Baaiya.
Prenant le relais, le DJ et producteur Mr ID a transformé l’amphithéâtre végétal de Central Park en une immense piste de danse. Présentant les morceaux de son nouvel opus, Aski, l’artiste a livré un show immersif à forte dimension visuelle. Grâce à des projections scéniques monumentales, les spectateurs ont été transportés dans un périple sensoriel à travers la géographie marocaine, des dunes de Figuig aux côtes atlantiques de Dakhla.
La musique marocaine officiellement intégrée à la programmation
Figure incontournable du festival, le maître de la musique gnaoua, Hamid El Kasri, a captivé les professionnels et le public par une prestation d’une intensité mystique rare. Faisant résonner les sonorités du guembri et des crotales au milieu des gratte-ciel new-yorkais, le maâlem a rappelé la puissance universelle de cet héritage immatériel de l’UNESCO, capable d’envoûter instantanément une audience internationale. «Notre force, c’est notre patrimoine. Et j’ai été ravi de voir que le public nous suivait et appréciait notre musique», nous confie Hamid El Kasri.
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Pour clore cette traversée, le groupe pionnier de la «Hayha Music», Hoba Hoba Spirit, a offert un concert survolté. Fidèles à leur réputation de bêtes de scène, ils ont communié avec la foule sur des sonorités mêlant rock, afrobeat et rythmes populaires. Dans une ambiance de célébration collective, diplomates, familles américaines et jeunes de la diaspora ont repris en chœur les hymnes du groupe casablancais. Pour Réda Allali, chanteur et guitariste du groupe, cet événement est «une nouvelle preuve que la musique marocaine peut entraîner tous les publics».
Au-delà de la magie du spectacle, cette soirée marocaine a immédiatement généré des retombées professionnelles décisives. Constatant l’engouement du public et la qualité des prestations, la direction du SummerStage Festival a officiellement annoncé l’intégration de la musique marocaine dans son programme exclusif «Country Music Focus». Ce dispositif garantit désormais un suivi régulier, structuré et sur le long terme de la scène artistique marocaine par les programmateurs du festival. Il ouvre grand les portes de l’une des plus importantes plateformes de diffusion des musiques du monde (World Music) en Amérique du Nord aux talents émergents et confirmés du Royaume.
En s’imposant sur la scène de Central Park, le Maroc ne s’est pas contenté de livrer un concert mémorable. Il a affirmé son statut de puissance culturelle montante, capable de faire dialoguer ses identités multiples avec les plus grandes capitales créatives du globe.




