En tout, 75 propositions artistiques ont été sélectionnées pour la 16e édition de la Biennale Dak’Art, dont 59 figurent dans l’exposition internationale et 21 pour le design.
Dans cet entretien accordé au 360, le directeur artistique Morad Montazami explique le choix de la sélection officielle et décortique la thématique de cette édition 2026 intitulée «(anti)fragilité: arts de la réparation et stratégies du contrecoup».

Pour cette biennale, celui qui est également le directeur de la plateforme Zamân Books & Curating a réuni autour de lui tout un staff composé de Madeleine de Colnet, Oulimata Gueye, Delphine Lopez, Fatima Bintou Rassoul Sy et Youssouf Fofana pour la section design.
Le360: vous êtes le directeur artistique de la Biennale d’art contemporain de Dakar prévue du 19 novembre au 19 décembre 2026. Comment cette édition a-t-elle été réfléchie et conçue?
Morad Montazami: l’originalité de la Biennale de Dakar est non seulement d’encourager les jeunes talents, les artistes émergents, en dialogue avec des artistes plus avancé.e.s dans leur carrière, mais aussi de proposer une plateforme très démocratique, reposant sur un appel à candidatures à destination de tous les artistes afro-descendants d’Afrique et de tous les continents.
«le Maroc est très bien représenté avec Safaa Erruas, Mohammed Laouli, M’Barek Bouhchichi, Fatiha Zemmouri et une invitation spéciale en tant qu’artiste «Grand Témoin» à Faouzi Laatiris»
— Morad Montazami, directeur artistique de la Biennale de Dakar
Dans la sélection officielle de cette Biennale qui vient d’être dévoilée, plusieurs Marocains figurent. Comment le choix des artistes a-t-il été effectué ?
Plus de 800 candidatures ont été reçues d’une certaine diversité de pays et de territoires insulaires et «archipéliques»; parmi lesquelles un tri a été fait et une sélection la plus fine possible avec des équilibres nécessaires de genre, de médiums, d’approches et aussi géographiques; même si fatalement certains pays du continent africain sont plus représentés que d’autres. Justement, la Biennale ne se réduit pas au continent africain puisqu’elle présente des artistes et des trajectoires afro-diasporiques du monde entier.
Il se trouve que le Maroc est très bien représenté avec Safaa Erruas, Mohammed Laouli, M’Barek Bouhchichi, Fatiha Zemmouri et une invitation spéciale en tant qu’artiste «Grand Témoin» à Faouzi Laatiris. C’est un artiste avec qui j’ai développé des liens depuis l’exposition dont j’étais le commissaire d’exposition sur Faouzi Laatiris et l’Institut national des beaux-arts de Tétouan au musée Mohammed VI de Rabat en 2016.
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Faouzi Laatiris est le Grand Témoin de cette édition de la Biennale de Dakar. Qu’est ce qui a justifié ce choix?
C’est un choix fort et symbolique, car Faouzi est un artiste qui a toujours revendiqué une liberté de créer totale, qu’elle soit exubérante, subversive, provocante, dans une intégrité et une honnêteté qui forcent le respect, choisissant la marge plutôt que les facilités et les honneurs du marché de l’art et de son système capitaliste. Un artiste hors-système mais pourtant essentiel dans l’histoire de la pédagogie artistique au Maroc. Cette représentation marocaine reflète autant la dynamique de l’art contemporain au Maroc que mon attachement personnel aux artistes marocain.e.s.
Au-delà de ces considérations, j’ai personnellement toujours défendu les artistes qui vont au-delà de l’image, de la représentation, des artistes qui sont dans la transmission, qui bâtissent des ponts à travers leurs œuvres, qui cultivent des identités multiples, mais aussi qui font le choix parfois de la marginalité, qu’elle soit subie ou choisie.
C’est dans une certaine adversité qu’on trouve des ressources inattendues, qui peuvent constituer un «contrechoc», dans l’esprit de cette prochaine Biennale qui s’ouvre sur le thème (anti)fragilité: un thème ouvert autant sur les stratégies de réparation, la construction de refuges, l’idée des arts thérapeutiques, les arts écologiques, les arts de la cohabitation, enfin une certaine réclamation de la terre, et encore bien d’autres enjeux.




