La foule se presse dans l’étroite rue Larache, au cœur de la médina de Casablanca. En ce 23 juin, alors que débute la Nuit des musées et que les amateurs d’art entament leur parcours nocturne de galerie en galerie, c’est ici que s’ouvre le grand rendez-vous annuel, et avec lui, un chapitre inédit pour la médina fraîchement réhabilitée.
Ce soir-là, le bâtiment conçu pour se fondre dans le décor tout en portant la griffe reconnaissable entre mille de l’architecte japonais Tadao Ando révèle enfin ses trésors à la ville qui l’a vu naître, sur les ruines d’un ancien foundouk du XIXème siècle.
C’est en présence de Mohamed Mhidia, wali de la région Casablanca-Settat et gouverneur de la préfecture de Casablanca, de Nabila Rmili, maire de la ville, de Taoufiq Benali, gouverneur, directeur de l’Agence urbaine de Casablanca et d’Anne-Claire Legendre, nouvelle présidente de l’Institut du monde arabe à Paris, accompagnés par Mehdi Qotbi et son équipe au sein de la Fondation nationale des Musées du Maroc, que le musée de la photographie et des arts visuels a été inauguré en grande pompe.
Entré dans le giron de la Fondation le 30 janvier 2026 après la signature d’une convention avec la wilaya de Casablanca, ce nouveau musée peut enfin jouer son rôle d’écrin de la photographie et de centre de formation aux arts visuels.
Un musée à la hauteur de la ville qui l’a vu naître
Sur les cimaises en béton brut se dévoilent les photographies qui composent l’exposition inaugurale dédiée à la ville blanche et à ses habitants, sobrement intitulée Casa.
Un titre qui s’explique par sa dimension populaire, urbaine et partagée, ancrée dans le vécu quotidien des habitants, personnages principaux de cette exposition qui leur rend hommage à travers les âges. Immortalisés sous toutes leurs facettes, dans leur diversité, leur complexité, leur style de vie, les Casablancais se révèlent au fil des salles qui se déploient sur trois étages. L’émotion est palpable. Rarement la ville blanche avait été saisie avec une telle justesse, sans chercher à masquer sa noirceur, à sourire par-dessus sa mélancolie, à camoufler ses failles ou à colmater ses brèches. Prise sur le vif, elle se dévoile tout en poésie à travers l’objectif de photographes marocains et étrangers qui ont su percevoir la beauté de son étrangeté.
Les cinémas d’antan, laissés à l’abandon, se dévoilent, majestueux, devant l’objectif de Khalid Nemmaoui. Deborah Benzaquen se glisse dans la moiteur d’une salle de boxe et saisit les rêves, l’ambition, la rage et la fougue dans les yeux de la jeunesse casablancaise. Fatima Mazmouz, elle, restaure la dignité des femmes qui peuplaient les rues du quartier Bousbir, proposant une relecture de l’histoire coloniale de la ville. Surgi du passé, Bouchaïb Al Bidaoui, figure de la aïta Marsaoui, fait montre de son élégance, vêtu de somptueux caftans. À travers ces images colorées venues d’un autre temps, se raconte l’autre visage d’une ville incarnée par cet artiste incomparable qui, dans les années 1950, renouvela et popularisa un art longtemps méprisé avant d’être interdit, tout en bousculant son époque en endossant le rôle d’une femme chikha. Enfin, l’architecture, souvent chaotique, dit quant à elle en noir et blanc ou en couleurs l’histoire d’une ville que traversait autrefois un oued, et dont la trame urbanistique se fait l’écrin de récits de vie.
Lire aussi : Plongée au cœur du Musée de la photographie et des arts visuels de Casablanca
Pour raconter Casablanca, qui a écrit son propre mythe faute d’avoir hérité d’un âge d’or impérial, les photographies de près de cinquante artistes peuplent les salles d’exposition, narrant tour à tour les mémoires d’âmes, les croyances ancrées dans la brume poétique de l’ilot de Sidi Abderrahmane, l’émancipation du regard de l’autre, l’affirmation de soi et les traits de cette jeunesse qui réinvente la ville.
Parmi les œuvres exposées, une vingtaine a été prêtée par l’Institut du monde arabe à Paris et près de trois cent par Nathalie Locatelli, fondatrice de la galerie 127 de Marrakech, espace qui se consacre à la photographie contemporaine du Maghreb. Membre de l’équipe curatoriale, elle était accompagnée dans cette mission d’Abdelaziz Idrissi, chef du département des musées au sein de la FNM, de Soufiane Er-Rahoui, conservateur du Musée national de la photographie, ou encore des photographes Khalil Nemmaoui et Daoud Aouladsyad.
L’exposition met en lumière des photographies du Sultan Moulay Abdelaziz, ainsi que les travaux d’Aassmaa Akhannouch, Khadija El Abyad, Mehdi Ait El Mallali, Leila Alaoui, Ahmed El Almi, Zineb Andress Arraki, Daoud Aouladsyad, Ilyass Baha, Jean-Christophe Ballot, Marco Barbon, François Beaurain, Souki Belghiti, Carolle Bénitah, Hakim Benchekroun, Déborah Benzaquen, Yasmina Bouziane, Karim Chater, Imane Djamil, Abderrahmane Doukkane, Isabelle Ehrler, Lalla Essaydi, Tayeb El Mokri, Flore, Marcelin Flandrin, Hicham Gardaf, Yasmine Hatimi, Robert Jauson, Yves Jeanmougin, Joseph Marando, Mehdy Mariouch, Safaa Mazirh, Fatima Mazmouz, Jamal Mehssani, Anne Mocaër, Lamia Naji, Khalil Nemmaoui, Malik Nejmi, Amine Oulmakki, Gérard Rondeau, Michaël Serfaty, Alice Sidoli, Sarah Smahane, Yassine Toumi, Gabriel Veyre, Yoriyas et Adnane Zemmama.



