C’est un chapitre inédit qui s’ouvre pour Khalid Ghanem. Le comédien originaire d’Agadir, qui a fait le pari de s’installer en Chine en 2018 pour se former aux arts dramatiques, est à l’affiche de Winds Over Zitong, la nouvelle série phare de la plateforme iQIYI diffusée à partir du 29 octobre. Il incarne le personnage d’Ibn Battuta, le grand voyageur marocain dont l’itinéraire l’a conduit jusqu’en Chine.
Le récit fait dialoguer deux époques, du port de Quanzhou, carrefour de la route maritime de la Soie, à la ville d’aujourd’hui. Pour l’acteur, ce rôle résume le lien entre son pays natal et le parcours qu’il a construit à Pékin.
Le360: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Khalid Ghanem: Je m’appelle Khalid Ghanem. Je suis un acteur marocain originaire d’Agadir, et je vis à Pékin, en Chine, depuis 2018.
Mon parcours m’a conduit du Maroc à l’une des plus grandes industries cinématographiques et télévisuelles du monde, où j’ai eu l’occasion de travailler sur des films chinois, des séries télévisées, des publicités et des projets de doublage.
L’une de mes expériences au cinéma est The Wandering Earth 2 (2023), une grande production chinoise de science-fiction. Plus récemment, j’ai eu l’honneur de tenir le rôle principal d’Ibn Battuta, le légendaire voyageur marocain, dans la série chinoise Feng Qi Citong Cheng (风起刺桐城), diffusée le 29 octobre 2026 sur iQIYI.
Au-delà du métier d’acteur, je me considère comme un artiste marocain qui souhaite créer des ponts entre les cultures à travers le cinéma. Je suis fier de mes origines et je veux montrer que le talent marocain peut trouver sa place sur les écrans internationaux.
Quand avez-vous su pour la première fois que vous vouliez devenir acteur, et qui ou qu’est-ce qui vous a encouragé?
Ma passion pour la comédie remonte à mon enfance. En grandissant à Agadir, je m’intéressais beaucoup au sport, en particulier aux arts martiaux, mais j’étais aussi fasciné par les films et par la façon dont les acteurs donnent vie à différents personnages et à différentes histoires.
Pendant mes années d’école, j’ai participé à des activités théâtrales, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à découvrir à quel point j’aimais jouer devant un public.
Les arts martiaux ont aussi joué un rôle important dans mon développement. Ils m’ont appris la discipline, la concentration, la maîtrise de mon corps et la confiance en moi, des qualités qui me sont devenues précieuses dans ma carrière d’acteur.
Lire aussi : Daniel Craig en visite à Tanger pour soutenir Rachel Weisz sur le tournage de «La Momie 4»
En grandissant, j’ai compris que la comédie était plus qu’un passe-temps. C’était quelque chose que je voulais vraiment poursuivre professionnellement. J’ai commencé à étudier le théâtre et les arts dramatiques au Maroc, et peu à peu, cette passion d’enfance est devenue une ambition sérieuse.
Ce qui m’a encouragé le plus, c’est mon amour du cinéma et mon envie de me mettre à l’épreuve. Je voulais faire plus que regarder des histoires défiler à l’écran. Je voulais faire partie de ces histoires.
Qu’est-ce qui vous a décidé à quitter le Maroc pour la Chine en 2018, et que pensait votre famille de ce choix?
Ma décision de partir en Chine en 2018 était d’abord motivée par la curiosité et l’envie de découvrir quelque chose de totalement différent.
La Chine m’avait toujours fasciné, pour sa culture, son histoire, ses arts martiaux et son cinéma. Cependant, à l’époque, je ne savais pas grand-chose de la vie quotidienne qui m’attendait là-bas.
Quand je suis arrivé, je n’avais pas prévu de rester aussi longtemps. Mais plus je découvrais le pays, plus je m’intéressais à ses habitants, à sa culture et à ses opportunités professionnelles. Pékin est peu à peu devenu une part importante de ma vie, et j’ai décidé de poursuivre ma carrière d’acteur là-bas.
Quitter le Maroc était une décision importante, car cela signifiait m’éloigner de ma famille, de mes amis et de tout ce qui m’était familier. Bien sûr, vivre si loin de chez soi comporte des difficultés émotionnelles, et j’ai compris que ce choix pouvait naturellement inquiéter les personnes qui me sont proches.
Mais je croyais qu’un nouvel environnement pouvait me permettre de grandir, sur le plan personnel comme professionnel. Je n’ai pas quitté le Maroc pour oublier d’où je viens. Je suis parti pour explorer de nouvelles opportunités tout en gardant mon identité marocaine avec moi.
Comment s’est passée votre première année en Chine, et qu’est-ce qui vous a le plus manqué du Maroc?
Ma première année en Chine a été un mélange d’enthousiasme, de difficultés et de découvertes constantes. Tout était nouveau pour moi: la langue, la nourriture, le mode de vie, le système de transport et même la manière dont les gens communiquent.
Il y a eu des moments où des situations quotidiennes simples devenaient difficiles, parce que je ne parvenais pas toujours à m’exprimer comme je le voulais. Mais au lieu de considérer ces différences comme des obstacles, j’ai essayé d’en tirer des leçons.
Je découvrais une nouvelle culture tout en apprenant davantage sur moi-même et en devenant plus autonome. Ce qui m’a le plus manqué, bien sûr, c’est ma famille, mes amis et l’atmosphère du Maroc.
Il me manquait les conversations familières, les traditions marocaines, notre cuisine, et surtout le sentiment d’être à Agadir, près de l’océan Atlantique. Vivre à Pékin m’a aussi fait apprécier encore davantage mes racines marocaines. Avec le temps, la Chine est devenue une seconde maison, mais le Maroc est toujours resté présent dans mon quotidien. Pékin est l’endroit où je continue de construire mon avenir, mais Agadir restera toujours là où mon histoire a commencé.
Comment avez-vous appris le mandarin et quel moment vous a fait sentir que vous pouviez vraiment travailler dans cette langue?
Apprendre le mandarin a été l’un des plus grands défis auxquels j’ai été confronté après mon arrivée en Chine.
Le mandarin est très différent de l’arabe, du français ou de l’anglais, non seulement par son système d’écriture, mais aussi par ses tons et sa prononciation. J’ai appris progressivement, à travers les conversations du quotidien, en écoutant les gens autour de moi, en étudiant la langue et, surtout, en la pratiquant dans des situations réelles.
Travailler dans l’industrie du divertissement chinoise m’a aussi aidé à progresser. Sur les tournages, j’étais constamment entouré de réalisateurs, d’acteurs et d’équipes de production qui parlaient mandarin. Au début, comprendre les consignes et communiquer de façon professionnelle demandait beaucoup de concentration. Mais avec le temps, je me suis senti plus à l’aise.
Pour moi, un tournant important a été de me rendre compte que je pouvais communiquer avec une équipe de production chinoise, comprendre ce qu’un réalisateur attendait d’une scène et participer plus sereinement au processus créatif. J’ai aussi découvert que le métier d’acteur ne se limite pas à parler une langue. Il s’agit de comprendre les émotions, les expressions, le langage corporel et les différences culturelles.
Lire aussi : L’acteur Theo James, star de la série «The Gentlemen» aperçu sur les hauteurs du Bouregreg
Apprendre le mandarin m’a permis de communiquer avec les gens, mais comprendre la culture chinoise m’a aidé à grandir en tant qu’acteur. J’apprends encore, car je crois que s’adapter à une autre culture est un processus continu.
Comment avez-vous découvert le rôle d’Ibn Battuta, et que saviez-vous de lui avant d’être choisi?
Je connaissais déjà Ibn Battuta comme l’une des plus grandes figures historiques du Maroc. En grandissant au Maroc, on apprend ses voyages extraordinaires, le fait qu’il a parcouru différentes régions d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, et qu’il a fini par atteindre la Chine au XIVe siècle.
Mais je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’aurais l’occasion de l’incarner dans une production chinoise. Ce qui m’a le plus attiré dans ce projet, c’était l’alliance entre l’importance historique d’Ibn Battuta et le thème de la route maritime de la Soie.
En tant qu’acteur marocain vivant en Chine, j’ai immédiatement ressenti un lien personnel avec le personnage. Ibn Battuta a voyagé du Maroc à la Chine il y a plusieurs siècles, poussé par la curiosité et le désir de découvrir le monde. À ma manière, moi aussi j’ai quitté le Maroc et trouvé un nouveau chapitre de ma vie en Chine.
Bien sûr, nos parcours sont très différents, mais je trouve ce lien assez significatif. En préparant le personnage, je voulais me concentrer non seulement sur l’importance historique d’Ibn Battuta, mais aussi sur ses qualités humaines : son courage, sa curiosité, son intelligence et sa capacité à s’adapter à des situations inconnues.
Il y a plusieurs siècles, Ibn Battuta a voyagé du Maroc à la Chine et a fait connaître au monde ce qu’il avait découvert. Aujourd’hui, j’ai l’honneur de faire revivre son histoire sur les écrans chinois. Pour moi, ce rôle est bien plus qu’un simple rôle. C’est une responsabilité et une source de fierté.
L’histoire passe du XIVe siècle à la Quanzhou moderne. Comment avez-vous vécu le tournage de scènes situées à des époques si différentes?
C’était l’un des aspects les plus fascinants du projet. La série mêle fiction historique, aventure contemporaine, mystère et voyage dans le temps. Mon personnage, Ibn Battuta, vient du XIVe siècle et se retrouve soudain dans un monde complètement différent. En tant qu’acteur, cela représente un défi intéressant, car il faut imaginer comment quelqu’un de cette époque réagirait à la vie moderne.
Des choses qui nous semblent parfaitement ordinaires aujourd’hui pourraient être totalement surprenantes pour quelqu’un qui a vécu il y a plusieurs siècles. J’ai dû réfléchir aux réactions du personnage, à ses expressions et à la manière dont il répondrait à des situations inconnues.
Dans le même temps, je voulais préserver la dignité et la personnalité d’Ibn Battuta, en tant que figure historique respectée. Le contraste entre les deux époques ouvre aussi des possibilités d’humour, de suspense et de moments émouvants.
Un autre aspect marquant de cette expérience a été le tournage à Quanzhou, une ville très liée à l’histoire de la route maritime de la Soie. Porter le costume d’Ibn Battuta dans des lieux liés à l’histoire de ses voyages était quelque chose de particulier.
En tant qu’acteur, je passais d’une période historique à une autre. Mais en tant que Marocain, je me sentais relié à une histoire qui avait commencé des siècles avant mon propre voyage en Chine.
Qu’avez-vous découvert sur Quanzhou, le port qu’Ibn Battuta a visité, pendant le tournage?
Quanzhou a été l’une des découvertes les plus intéressantes de cette expérience. Avant de travailler sur la série, je connaissais l’importance historique de la route maritime de la Soie, mais le tournage à Quanzhou m’a permis de mieux comprendre cette histoire.
Sous les dynasties Song et Yuan, Quanzhou était l’un des grands ports commerciaux maritimes du monde, reliant la Chine à différentes régions d’Asie et au reste du monde. Ce qui m’a impressionné, c’est la manière dont la ville a préservé les traces de son patrimoine multiculturel et maritime.
Pendant la production, nous avons travaillé dans un environnement lié à des monuments historiques comme le pont de Luoyang et les sites du patrimoine maritime de la ville. On nous a aussi présenté des éléments de la culture traditionnelle et de l’artisanat de la région.
Ce qui a rendu cette expérience personnellement marquante, c’est le lien entre Quanzhou et Agadir, ma ville natale. Agadir est elle aussi une ville côtière, face à l’océan Atlantique. Même si les deux villes ont des histoires très différentes, elles entretiennent toutes deux une relation avec la mer et le monde.
Je trouve remarquable qu’un acteur marocain originaire d’une ville côtière ait pu parcourir des milliers de kilomètres jusqu’à un autre port historique et incarner un voyageur marocain qui avait atteint la Chine plusieurs siècles plus tôt.
Pour moi, c’est l’un des plus beaux symboles de ce projet.
Comment voyez-vous le message de la série sur la route maritime de la Soie par rapport aux échanges culturels actuels entre la Chine et le monde arabe, en particulier le Maroc?
Je crois que le message de la série est particulièrement pertinent aujourd’hui. La route maritime de la Soie n’était pas simplement un réseau de routes commerciales. C’était aussi un espace où des peuples de différentes civilisations échangeaient des connaissances, des idées, des traditions et des expériences culturelles.
Les voyages d’Ibn Battuta nous rappellent que des liens entre le Maroc, le monde arabe et la Chine existaient bien avant les technologies modernes de transport et de communication.
Aujourd’hui, ces échanges se poursuivent sous d’autres formes, à travers le commerce, l’éducation, le tourisme, la culture et le cinéma. Dans mon cas, le cinéma est devenu un moyen de relier le pays où je suis né à celui où j’ai construit une part importante de ma vie professionnelle.
Jouer Ibn Battuta dans une production chinoise est un exemple symbolique de ce lien. Je crois qu’il existe un immense potentiel de coopération plus étroite entre le Maroc et la Chine dans le secteur audiovisuel, notamment à travers des coproductions, des projets de tournage et des opportunités pour les acteurs et les cinéastes des deux pays.
Le Maroc possède des paysages exceptionnels, des professionnels talentueux et une forte tradition cinématographique, tandis que la Chine dispose d’une grande industrie du film et de la télévision, avec des capacités de production avancées et des plateformes de streaming internationales.
J’aimerais contribuer à rapprocher ces deux industries. Mon ambition n’est pas seulement de devenir un acteur marocain qui travaille à l’international. Je veux aussi contribuer à créer des ponts entre le cinéma marocain et le cinéma chinois, et ouvrir des opportunités pour les futures générations de talents marocains.
Et si cette série incite le public chinois à mieux connaître le Maroc, Ibn Battuta et notre histoire commune, alors je pense que nous aurons accompli quelque chose d’important au-delà du simple divertissement.
La route maritime de la Soie a autrefois relié les civilisations par les navires et le commerce. Aujourd’hui, je crois que le cinéma peut devenir une nouvelle route de la Soie, reliant les gens à travers les histoires, la créativité et les émotions partagées.



