Hier, vendredi 30 octobre, le violoniste et chanteur Hamid Ajbar a donné un récital à Dar Souiri, à Essaouira, avec son ensemble. Programmé dans le cadre de la 21ème édition du festival Les Andalousies Atlantiques, il était accompagné de tous les membres de son groupe. Originaire de Chefchaouen et installé à Grenade, il fait voyager la musique andalouse depuis les années 1980.
La formation est composée de musiciens marocains et espagnols. Elle est venue de Grenade pour cette 21ème édition du festival. Dans un entretien accordé à Le360, Hamid Ajbar décrit Essaouira comme «une ville magnifique, ancienne et magique» dont les Espagnols parlent beaucoup chez eux. Il se dit «extrêmement heureux» d’y jouer. Ses musiciens espagnols partagent cette fierté et ne tarissent pas d’éloges sur l’authenticité de la ville.
Hamid Ajbar est né à Chefchaouen. Durant son enfance, il apprend la psalmodie et le chant coranique à Rabat, auprès de son père à la mosquée. À 12 ans, il entre au conservatoire de Chefchaouen pour étudier le chant andalou et le violon. Il y reste six ans. Il poursuit sa formation à Tétouan puis à Rabat, où il obtient son diplôme avec les plus hautes mentions en chant andalou, en violon et en répertoire andalou. Il remporte plusieurs fois le prix national de chant andalou.
Au début des années 1980, il est invité à un grand festival à Fès avec l’orchestre dirigé par Mohamed Briouel. Sa carrière commence ainsi. Titulaire du prix d’honneur en musique andalouse, il enseigne quatre ans au conservatoire de Chefchaouen et intègre l’Orchestre national de musique andalouse de Mohamed Briouel.
Hamid Ajbar et son ensemble venu de Grenade jusqu'à la scène du festival les Andalousies Atlantiques. (Q.Chabaa/Le360)
Tout bascule avec les invitations venues d’Espagne. «On m’a invité une, deux, trois fois, et j’ai commencé à me rendre en Andalousie», raconte-t-il. Cordoue, Séville et Grenade le conquièrent. «J’ai aimé Cordoue, Séville, Grenade... au point que je m’y suis installé.» témoigne t-il, ému. C’est en 1996 qu’il pose ses valises à Grenade.
Là, il rencontre les grandes figures du flamenco. Il joue avec Paco de Lucía à Cadix et collabore avec José Mercé et Carmen Linares. Le respect est réciproque. «Grâce à Dieu, ils ne font pas que nous apprécier: nous avons également un niveau qui nous permet d’échanger avec eux, voire de nous hisser à leur hauteur».
Depuis 2015, il se produit sur la scène internationale avec ses formations Hamid Ajbar Flamenco et Jinnan Al Andalus. En 2016, il fonde à Grenade Hamid Ajbar Flamenco Fusión. Il est aussi directeur artistique de Karam Abdelhamid et d’Al Maqam.
Son travail repose sur les modes andalous, les atbaâ. «Ce sont de magnifiques modes qui harmonisent et rapprochent la musique andalouse du flamenco, créant ainsi des points d’intersection entre ces deux arts», explique-t-il. De cette rencontre naissent une multitude de thèmes et de tableaux artistiques construits sur la mélodie, transmis au public avec beaucoup d’harmonie.
Le voyage fait partie du message
Hamid Ajbar n’enseigne plus officiellement, mais il dirige en Espagne une association où il organise des ateliers de musique. Il y transmet l’art du samaâ, la musique andalouse et ce métissage avec le flamenco.
Pour lui, le voyage fait partie du message. «Nous avons fait voyager la musique andalouse à travers le monde entier», dit-il. Le public qui l’écoute cherche alors à comprendre ce qu’est l’Andalousie, ce qu’est le nord du Maroc et quelle relation musicale les unit. «Nous sommes pour ainsi dire les ambassadeurs de cet art», affirme-t-il, avec un accueil et un écho qu’il juge très positifs.







