Essaouira: Moshé Louk, Marouane Hajji, Nouhaila El Kalai et Hicham Dinar donnent le ton des Andalousies Atlantiques 2026

Moshé Louk et Marwan Hajji à l'ouverture de la 21ème édition du Festival Les Andalousies Atlantiques d'Essaouira.

Le 30/10/2026 à 17h08

VidéoLa ville d’Essaouira s’est parée de mille lumières, jeudi soir, à l’occasion de l’ouverture de la 21ème édition du Festival des Andalousies Atlantiques. Sous le grand chapiteau érigé sur la place Bab El Menzeh, à proximité du port, mélomanes et festivaliers se sont retrouvés pour célébrer un patrimoine musical qui traverse les frontières, les langues et les confessions.

À Essaouira, la musique et le dialogue des cultures ont donné le ton de l’ouverture de la 21ème édition du Festival des Andalousies Atlantiques, jeudi 29 octobre au soir. Le plaidoyer d’André Azoulay pour la coexistence, l’intervention en trois langues de Kaoutar Chakir Benamara et les prestations de Moshé Louk, Marouane Hajji et Nouhaila El Kalai ont rythmé cette soirée placée sous le signe du partage.

Organisé par l’Association Essaouira-Mogador jusqu’au 31 octobre, le festival a choisi pour thème «Alif × Alef: deux lettres, une même histoire». Une référence aux premières lettres des alphabets arabe et hébreu, qui rappelle les liens entre les langues, les cultures et les répertoires musicaux réunis sur scène.

Après l’hymne national, entonné en chœur par le public, André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, a ouvert les prises de parole. La cérémonie s’est déroulée en présence du gouverneur de la province, Mohammed Rachid, et de personnalités marocaines et étrangères des milieux diplomatique, culturel et artistique.

Dans un contexte international marqué par les tensions et les replis identitaires, André Azoulay a défendu la singularité de l’expérience marocaine. «Le Maroc fait ici ce que le monde ne sait plus faire», a-t-il déclaré, saluant la capacité d’Essaouira à réunir des publics de différentes confessions autour d’un même plaisir d’être ensemble.

«Musulmans, juifs, chrétiens ou agnostiques sont ici certes pour la musique, mais ils sont ici au Maroc, à Essaouira, pour le bonheur d’être ensemble dans toute leur différence et dans la richesse de toute leur diversité», a-t-il souligné.

Cette diversité, a-t-il poursuivi, constitue une composante essentielle du modèle marocain: «Ici, ces diversités sont les bienvenues. Elles ne sont ni crise ni complexité, mais plutôt notre façon d’être qui constitue le réacteur central de notre modernité sociale.» Une intervention conclue par un vibrant «Bravo le Maroc et bravo Essaouira!».

Le conseiller royal a également adressé ses condoléances au peuple espagnol et au roi Felipe VI après la catastrophe ferroviaire survenue le 28 octobre dans la province de Tolède. Il a expliqué la participation espagnole plus réduite à cette édition par le deuil national décrété à la suite de l’accident. L’Espagne observe en effet trois jours de deuil depuis le 29 octobre.

Sur scène, cette volonté de rapprochement a trouvé son prolongement dans le matrouz, art du dialogue musical et poétique entre les traditions juives et arabes. La rencontre entre Moshé Louk et Marouane Hajji, ainsi que la présence de Nouhaila El Kalai, ont donné une expression musicale au fil conducteur de cette édition: faire vivre un héritage commun et en assurer la transmission.

Kaoutar Chakir Benamara, trois langues pour un même message

La prise de parole de Kaoutar Chakir Benamara, secrétaire générale de l’Association Essaouira-Mogador, a marqué la cérémonie. Venue présenter le programme de la soirée, elle s’est exprimée en arabe, en français et en hébreu.

Son intervention dans cette dernière langue a suscité des applaudissements nourris, notamment parmi les festivaliers israéliens. Un moment de complicité avec le public, en résonance avec la vocation du festival.

«La musique est un pont vers l’autre et une mémoire vivante liant le passé à l’avenir. La musique est une langue qui n’a pas besoin de traducteur», a-t-elle déclaré.

Moshé Louk et Marouane Hajji, deux voix à l’unisson du matrouz

Place ensuite à la musique avec Moshé Louk, neveu de Rabbi Haïm Louk, et Marouane Hajji, figure du chant arabo-andalou dont les débuts sont liés aux Andalousies Atlantiques. Les deux artistes ont fait dialoguer leurs voix autour du matrouz, une tradition qui entrelace poésie arabe et hébraïque sur une trame musicale andalouse.

Accompagnés par l’Orchestre andalou d’Ashdod, sous la direction d’Elad Levi, et par les musiciens marocains conduits par Anass Belhachemi, ils ont puisé dans un patrimoine commun aux traditions juive et musulmane du Maroc.

Le concert a également rendu hommage à Rabbi Haïm Louk et à Abderrahim Souiri, deux voix emblématiques de l’histoire du festival.

Nouhaila El Kalai, des retrouvailles avec son premier public

La soirée s’est poursuivie avec Nouhaila El Kalai, chanteuse originaire de Fès, qui participait pour la quatrième fois aux Andalousies Atlantiques. C’est sur cette scène qu’elle avait fait ses débuts à l’âge de 13 ans.

De sa voix cristalline, elle a interprété plusieurs qasidas, puisant dans les répertoires d’El Kaoui et du chgouri. Après une première partie en solo, elle a été rejointe par Marouane Hajji pour un duo clôturant sa prestation.

Devant la presse, l’artiste a exprimé sa joie de retrouver Essaouira, qu’elle considère comme sa deuxième ville, saluant son «énergie extraordinaire».

Hicham Dinar, la transmission en scène

Un passage de relais entre Abderrahim Souiri et Hicham Dinar devait également marquer cette soirée inaugurale. En l’absence du premier, dont les raisons n’ont pas été précisées, Marouane Hajji a accompagné cette séquence consacrée à la relève.

Il a rappelé que le jeune artiste souiri avait, comme lui, fait ses premiers pas aux Andalousies Atlantiques. Nourri des traditions musicales de sa ville, Hicham Dinar se consacre notamment au chant spirituel, dans les registres du samaâ et du madih.

Cette place accordée aux nouvelles voix constitue l’un des fils conducteurs du festival. Son directeur artistique, Abdessalam Khaloufi, l’a souligné devant la presse: au-delà de la célébration d’un patrimoine vivant et des valeurs de coexistence, la manifestation accompagne l’émergence de jeunes talents, dont plusieurs se sont depuis imposés sur la scène musicale.

Par Qods Chabâa
Le 30/10/2026 à 17h08