Réunis à Casablanca ce mardi 21 avril, Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, Abdesslam Alikane, co-directeur artistique et président de l’association Yerma Gnaoua, et Karim Ziad, co-directeur du festival, ont levé le voile, aux côtés de Driss El Yazami et de nombreux invités, sur une édition 2026 qui s’annonce dense et ambitieuse. Pendant trois jours, du 25 au 27 juin, Essaouira vibrera au rythme d’un événement devenu, au fil des années, un véritable pilier culturel.
Profondément marocain, porté par des Marocains pour les Marocains, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde revendique une identité forte, fondée sur son accessibilité et sa gratuité, véritables marqueurs de son succès. Au-delà du divertissement, l’événement s’inscrit dans une démarche de long terme: depuis près de trois décennies, il contribue au rayonnement d’Essaouira, au point de s’imposer comme une véritable infrastructure immatérielle du patrimoine local. Un festival qui, année après année, s’institutionnalise sans jamais perdre son âme.
En chiffres, cette 27ème édition mobilise 460 artistes, dont 43 Maâlems gnaoua, pour 52 concerts et 4 créations originales. Plus qu’un simple événement musical, le festival porte une vision centrée sur la transmission et le dialogue interculturel. Une ambition qui se concrétise notamment à travers le partenariat avec le Berklee College of Music, qui entame sa troisième année. Du 22 au 27 juin, ce programme immersif de six jours réunira musiciens professionnels et semi-professionnels autour d’ateliers, d’expérimentations et de rencontres.
«Il a un rayonnement international très fort et nous en sommes tous fiers. Je suis d’ailleurs sereine quant à la continuité du festival: je vois que les Gnaoua ont une belle relève et que le public est toujours au rendez-vous. Depuis plus de 27 ans, les jeunes surtout répondent présent. C’est là que réside l’avenir de l’événement», déclare Neila Tazi, productrice du festival.
Les scènes de cette édition 2026 explorent les croisements, les héritages et les circulations musicales: des correspondances naturelles avec la culture gnaoua, elle-même façonnée par le mouvement et l’hybridation. Parmi les temps forts, un hommage vibrant sera rendu au regretté Maâlem Mustapha Baqbou, figure emblématique de la tradition gnaoua disparue en 2025. Pour célébrer son héritage, les Maâlems Abdeslam Alikane, Abdelkebir Merchane et Mohamed Kouyou, aux côtés de Hamza Baqbou, se réuniront lors d’un moment de transmission collective où les cordes du guembri vibreront d’une émotion particulière, entre recueillement et célébration.
Le concert d’ouverture, lui, donnera le ton avec une rencontre musicale inédite réunissant Mehdi Nassouli, Sara Moullablad, l’Indienne Ganavya, la Rwandaise i Buhoro et le Français Sylvain Barou. La résidence artistique rassemblera, quant à elle, Maâlem Hassan Boussou, Jacques Schwarz-Bart, Meryem Aassid, Mohamed Deriouch, Cheikh Ndoye, Alexandre Hérichet et Karim Ziad.
Depuis 1998, le festival a fait de la rencontre son principe fondateur: ici, les Maâlems ne sont pas de simples accompagnateurs, mais les piliers du dispositif. Autour d’eux, des artistes venus d’horizons divers s’engagent dans un dialogue exigeant, où l’écoute et l’improvisation priment. Les concerts fusion illustreront pleinement cet esprit.
On retrouvera notamment Maâlem Monteri avec Badume’s Band et Selamnesh Zemene, ainsi qu’une rencontre exceptionnelle entre Maâlem Hamid El Kasri et le Brésilien Carlinhos Brown, annoncée comme un dialogue entre deux monuments. Nouveauté de cette édition: l’arrivée inédite de la formation new-yorkaise «The Harlem Spirit of Gospel by Anthony Morgan», qui partagera la scène avec Mehdi Qamoum pour une fusion inédite entre le gospel de Harlem et les rythmes gnaouis.
Asma Lmnawar sera également de la partie en special guest, aux côtés de Richard Bona, avec qui elle a déjà collaboré. La programmation accueille aussi les palestiniens «47SOUL», la libanaise Yasmine Hamdan, et les groupes Hoba Hoba Spirit, Bob Maghrib ou encore Oudaden, Bnat Louz et Raskas pour la touche Amazigh.
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Les concerts investiront les lieux emblématiques d’Essaouira: la place Moulay El Hassan, la scène de la plage, mais aussi des espaces plus intimistes comme Dar Souiri, Bayt Dakira ou la Zaouïa Issaouia, et autres. De jeunes talents gnaoua, sélectionnés par un jury professionnel, viendront également enrichir cette programmation pour leur première participation.
Au-delà de la musique, le festival accueillera la 13ème édition du Forum des droits humains les 26 et 27 juin, autour du thème «Jeunesses du monde: liberté, identité, avenir». Parmi les intervenants annoncés par Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, figurent Mehdi Bensaid, ministre de la culture, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’éducation nationale en France, l’écrivaine et journaliste Leïla Slimani ou encore le philosophe Souleymane Bachir Diagne.




