Dar Souiri, samedi 31 octobre aux portes de Bab El Sbaa à Essaouira. C’est la fête de l’Unité. Il est 15 heures 30. Une demi-heure sépare les mélomanes et les invités de la 21e édition du festival «Les Andalousies Atlantiques» et du concert «Marhba Billi Ja Andna» avec Nouhaila El Kalai, Anas Belhachemi et Hicham Dinar.
Ces trois grandes voix du patrimoine musical marocain avaient déjà fait sensation lors de la soirée d’ouverture, deux jours plus tôt, sur la grande scène du chapiteau installé sur la place de Bab El Menzeh, en face du port de la ville. Ce jour-là, ils étaient nombreux à s’être donné rendez-vous à Dar Souiri pour retrouver les voix et la prestance de ces artistes, que certains découvraient pour la première fois. Pourtant les artistes Anass Belhachemi, Nouhaila El Kalai et Hicham Dinar sont bien connus des habitués de ce festival consacré à la musique andalouse et au patrimoine judéo marocain.
«J’avais 13 ans en 2013 lorsque j’ai foulé pour la première fois la scène de ce festival. Treize ans se sont passés et je suis très heureuse de cette participation. Je remercie le directeur artistique de cet événement, mon professeur Abdesslam Khaloufi, pour sa confiance» confiait Nouhaila El Kalai.
Toujours jeune, cette artiste bénéficie déjà d’une forte popularité. Elle impressionne. À la fin du concert, elle était assaillie par plusieurs femmes, au moment de retourner aux loges ôter son beau caftan médiéval rouge bordeaux. «Nouhaila tbarkellah Alik, tu es magnifique. On t’a vue la première fois ici, tu étais encore petite…» Émue et reconnaissante, elle acquiesçait d’un hochement de la tête et répondait par un beau sourire.
Deux autres artistes que les Souiris et les habitués du festival connaissent bien: Hicham Dinar et Anass Belahchemi. Les deux interprètent ensemble plusieurs morceaux du Chgouri, un patrimoine musical que juifs et musulmans du Maroc maîtrisent. Ils sont nombreux d’ailleurs, ces artistes marocains qui pratiquent ce qui est appelé le Matrouz: une même partition chantée moitié en hébreu et moitié en darija... Et le succès est fulgurant.
«J’ai grandi avec ce festival. Je me souviens depuis que j’étais jeune de cet événement musical de grande facture. J’ai participé à presque toutes les éditions sans exception. Je chante le Chgouri. On chante côte à côte avec les juifs marocains, ils chantent en hébreu et nous en darija, c’est le Matrouz, et là on commence nous aussi à chanter en hébreu et eux en darija. C’est un très beau mélange» confie Hicham Dinar.
«Fêter et vivre ce lien»
C’est cette ambiance de vivre ensemble très palpable à Dar Souiri que plusieurs Israéliens d’origine marocaine dont les parents ou grands parents sont nés et ont grandi au Maroc sont venus retrouver. «Mon grand père vient d’Essaouira et ma grand mère de Marrakech. Je suis né en Israël mais la culture marocaine et les chansons sont une partie intégrante de mon identité. Je suis venu célébrer ce patrimoine de la musique andalouse. Il y a de très fortes ressemblances avec notre musique. C’est important pour nous de fêter et de vivre ce lien», déclarait El Adl Benkhalifa.
La Darija, il l’a apprise à travers des ateliers de Yonai Fassi, qui lui est né à Fès. «J’enseigne le dialecte marocain à des gens âgés de 18 à 75 ans. C’est la première fois que je viens avec tout un groupe ici au Maroc pour rencontrer les Marocains et baigner dans l’ambiance du Tamaghribit. Il n’y a pas mieux que ce festival pour vivre cette ambiance et retrouver cette identité de leurs parents et grands parents» déclarait Yonai Fassi à Le360. Pour cet homme âgé de 35 ans, une chose est indéniable : le festival «Les Andalousies Atlantiques» transmet au monde entier une belle image du Maroc, celle de juifs et de musulmans qui vivent et chantent tous ensemble.



