El Jadida: la Citadelle portugaise fait peau neuve grâce à un chantier de restauration de 2,5 millions de dirhams

Les travaux de décapage de la toiture de la Citadelle portugaise.

Fermée au public depuis les intempéries de 2021, la Citadelle portugaise d’El Jadida fait l’objet d’un vaste chantier de restauration de 2,5 millions de dirhams. Menés sur une durée de 18 mois, les travaux visent à consolider ce monument emblématique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le 28/07/2026 à 18h25

Monument emblématique de la cité portugaise de Mazagan, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, la Citadelle portugaise d’El Jadida connaît aujourd’hui l’une des plus importantes campagnes de restauration de son histoire. Après plusieurs années d’études techniques et de préparation, les travaux sont désormais pleinement engagés pour une durée prévisionnelle de dix-huit mois.

Interrogé par Le360, Aboulkacem Chebri, archéologue, spécialiste de la restauration du patrimoine maroco-portugais et directeur du Centre d’études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien, revient sur les enjeux de ce chantier d’envergure, qui allie sauvegarde du monument, sécurisation de la structure et valorisation de ce haut lieu du patrimoine national.

Un chantier de 2,5 millions de dirhams

Entièrement financée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, l’opération mobilise une enveloppe d’environ 2,5 millions de dirhams. La maîtrise d’ouvrage est assurée par la Direction régionale de la Culture de Casablanca-Settat.

«C’est un travail collégial mené depuis plus de trois ans avec la Conservation régionale de Casablanca-Settat, la Direction régionale et le Centre d’études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien. Ce budget concerne exclusivement la Citadelle et la Citerne. Il ne faut pas le confondre avec le vaste programme de réhabilitation de l’ensemble de la cité portugaise de Mazagan», explique Aboulkacem Chebri.

Le chantier concerne l’ensemble de la Citadelle, notamment la Citerne semi-souterraine, sa toiture-terrasse, ses vingt-cinq piliers, les quatre tours d’angle, les galeries attenantes ainsi que le minaret. Le suivi des travaux est assuré par une commission réunissant les services du ministère, le Centre d’études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien (CERPML), la commune et plusieurs associations locales.

Mettre définitivement fin aux infiltrations

La décision de lancer cette restauration fait directement suite aux fortes pluies de 2021. Les importantes infiltrations d’eau avaient fragilisé les voûtes en briques de la Citerne, provoquant plusieurs dégradations et conduisant à la fermeture du monument pour des raisons de sécurité.

Les études techniques réalisées à la suite de cet épisode ont également mis en évidence un problème structurel plus ancien. Au fil des siècles, la toiture-terrasse avait accumulé d’importantes couches de béton et de maçonnerie, atteignant parfois plus d’un mètre d’épaisseur. Ce surpoids exerçait une pression considérable sur les voûtes de la Citerne.

«Nous avons commencé par retirer toutes les couches ajoutées au fil du temps afin de retrouver les voûtes d’origine. Les parties dégradées sont restaurées avec des briques traditionnelles identiques à celles utilisées à l’époque de la construction. Une nouvelle étanchéité permettra d’empêcher durablement toute infiltration d’eau», explique Aboulkacem Chebri.

Une nouvelle scénographie pour enrichir la visite

Au-delà de la restauration architecturale, le projet prévoit une modernisation complète des équipements techniques.

Le réseau électrique, devenu vétuste en raison de l’humidité permanente qui règne dans la Citerne, sera entièrement remplacé. Un nouvel éclairage scénographique mettra en valeur les voûtes gothiques, les colonnes et les célèbres jeux de reflets qui font la renommée internationale du monument, tandis que les installations techniques resteront invisibles aux visiteurs.

Le site sera également doté d’un système moderne de vidéoprotection afin d’assurer une surveillance permanente des salles et des accès.

Le parcours de visite sera, lui aussi, profondément repensé. Les galeries d’accès, notamment les galeries Abdelkébir Khatibi et Chaïbia Talal, accueilleront un espace muséographique consacré à l’histoire de Mazagan et à l’évolution de la forteresse portugaise.

«Nous prévoyons une muséalisation de la galerie d’entrée afin d’y présenter plusieurs pièces archéologiques majeures datant des XVIe et XVIIIe siècles, notamment des inscriptions historiques, des boulets de canon ainsi que deux pièces d’artillerie en bronze», précise Aboulkacem Chebri.

À terme, la Citerne retrouvera également sa vocation d’espace culturel, avec l’organisation d’expositions temporaires, de manifestations artistiques et d’événements mettant en valeur le patrimoine historique de la cité.

Une expertise marocaine au service du patrimoine

Les travaux ont été confiés, à l’issue d’un appel d’offres, à une entreprise marocaine spécialisée basée à Fès, reconnue pour son savoir-faire dans la restauration des monuments historiques, notamment au sein des médinas de Fès et de Rabat.

Le chantier fait l’objet d’un suivi quotidien assuré par une commission regroupant architectes du patrimoine, experts du ministère, représentants du Centre d’études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien et acteurs de la société civile.

À l’issue des dix-huit mois de travaux, la Citerne portugaise rouvrira ses portes au public dans des conditions de sécurité optimales. Restauré, modernisé et enrichi d’un nouveau parcours muséographique, ce joyau de la cité portugaise de Mazagan ambitionne de renforcer encore son attractivité auprès des visiteurs marocains et étrangers.

Par Qods Chabâa
Le 28/07/2026 à 18h25