Au fil des années, Edgar Morin a fait de Marrakech un lieu de vie privilégié, où il séjournait plusieurs mois par an. C’est dans cette ville qu’il cultivait une curiosité intellectuelle intacte, même à l’approche de son centenaire. «À Paris ou à Marrakech, je n’ai jamais cessé d’être curieux du monde dont je suis un atome», confiait-il.
Son attachement au Maroc passait aussi par sa relation avec son épouse, Sabah Abouessalam, sociologue marocaine spécialiste de l’urbanisme. Leur couple, uni depuis plus de seize ans, incarnait une fusion entre deux cultures et deux visions du monde. Présentée comme «la gardienne du temple», elle a joué un rôle essentiel dans la vie et le travail du penseur.
Une histoire d’amour née au Maroc
C’est au Maroc que leur relation prend une tournure décisive. Après des années d’admiration intellectuelle, leur rapprochement s’opère en 2009 lors du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, où Edgar Morin tombe amoureux de Sabah Abouessalam. Ils se marient en 2012, scellant une union qui mêle réflexion intellectuelle et exploration des thèmes universels de l’amour et de la complexité humaine.
L’attachement d’Edgar Morin au Maroc remonte aux premières années suivant l’indépendance. Il racontait lui-même ce moment fondateur: «J’ai été invité par le professeur de philosophie du lycée français de Rabat, Monsieur Pichon, qui m’a confié à trois de ses élèves. Ceux-ci sont devenus mes amis pour la vie, l’un français, Guy de la Chevalerie qui restera toute sa vie lié au Maroc, deux autres, le prince Moulay Ali, hélas décédé, et Tajeddine Baddou».
Ce premier séjour a scellé une relation durable avec le Royaume. Il y retourne ensuite régulièrement pour des conférences, des rencontres intellectuelles et des séjours personnels.
Avec le temps, son regard sur le Maroc s’approfondit, notamment grâce à l’influence de son épouse. Il découvre une réalité sociale plus complexe, marquée par les inégalités mais aussi par des formes puissantes de solidarité et d’entraide. Morin voyait dans la société marocaine un équilibre singulier entre tradition et modernité, entre héritage du Sud et apports du Nord.
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Le Maroc a également été un terrain fertile pour la diffusion de la «pensée complexe» chère à Edgar Morin. Le sociologue y voyait un espace propice à la rencontre des cultures et à la construction de nouvelles formes de pensée, conciliant démocratie, traditions et solidarité.
Récompensé à Fès en 2009 lors du Printemps de la philosophie, il a salué les potentialités du pays à créer une «symbiose» entre ancien et nouveau. Il s’est également intéressé aux politiques de développement humain, estimant que le Maroc ouvrait une réflexion importante plaçant l’humain au cœur de ses priorités.
C’est aussi dans ce cadre que les médias marocains se sont intéressés à sa pensée. En septembre 2013, à Marrakech, Le360 l’avait rencontré en marge de la cérémonie de remise du Prix Arkoun et interrogé sur le rôle des grands penseurs dans un monde qu’il jugeait encore éloigné d’une véritable «politique de civilisation».
Au-delà de ses analyses, Morin nourrissait une véritable affection pour le Maroc et ses habitants. Il évoquait souvent «l’hospitalité et la chaleur humaine des Marocains», tout en plaidant pour une mondialisation des solidarités et une meilleure prise en compte des réalités locales.
Son implication allait jusqu’à envisager des projets concrets, comme la création d’une ferme écologique dans la région de Marrakech, inspirée de l’agroécologie, afin de soutenir les populations rurales.
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Même à un âge avancé, Edgar Morin continuait de manifester son attachement au Maroc. Il était notamment présent à Rabat le 28 octobre 2024 lors de la cérémonie d’accueil officiel du président français Emmanuel Macron, illustrant une fois encore son lien durable avec le Royaume.
Avec la disparition d’Edgar Morin, le Maroc perd un ami fidèle et un observateur engagé. Entre Marrakech, Rabat et Fès, le penseur a tissé des liens humains, intellectuels et affectifs profonds, faisant du Royaume bien plus qu’un simple lieu de passage, un véritable espace de vie, de réflexion et d’inspiration.
Son œuvre, traversée par les notions de complexité, de solidarité et d’humanisme, continuera de résonner des deux côtés de la Méditerranée.




