Il y a, avec Kaïsse Ben Yahia, ce que ce grand ami appelle très justement une connivence. On ne pourrait définir autrement cette soudure fraternelle, pour emprunter à Tahar Ben Jelloun le titre d’un livre devenu célèbre sur l’amitié.
La poésie nous a unis, en nous désignant un chemin que nous portions en nous depuis longtemps. C’est cela qui gouverne ce lien indéfectible et loyal.
Nous croyions et croyons encore à la force de la poésie, à son avenir, à ses horizons faits de lumière et d’humanisme, à sa capacité de célébrer et d’étreindre le monde avec ses différences.
C’est cela qui nous a conduits à penser tout naturellement aux Continentales de la poésie, un grand rendez-vous qui fera, chaque année, de notre pays un carrefour et la capitale mondiale de la poésie.
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N’est-ce pas Dostoievski, par la bouche d’un personnage, qui dit que la beauté sauvera le monde? On pourrait dire en détournant très légèrement ces mots du prince Mychkine que la poésie sauvera le monde. Je le crois. C’est une première arme. Aussi vieille que l’humanité. Aussi vieille que les premiers dessins rupestres. De la poésie naquit le monde et naquirent les désirs d’une humanité prise dans une lutte toujours acharnée avec l’instant qui passe. On revient ainsi aux origines pour dire tout ce qui est à venir. Pour dire notre passion d’un monde réconcilié avec lui-même et en paix.
Quant à Taza, c’est pour moi le lieu primordial. Je le désigne comme le lieu essentiel où la lumière a choisi mes yeux pour me dire le monde. Lieu des premières émotions. Des premières blessures et des premiers rêves. Des premières syllabes sur une feuille blanche. Tout s’est dessiné là dans l’enceinte de cette ville. Arc-en-ciel d’hésitations, de peurs, de doutes et de joies…
J’ai écrit dans Le voyageur malgré lui, paru, il y a plus de quinze ans, dans la revue de Gallimard, NRF, que j’étais venu au monde pour passer toute ma vie dans cette ville humble et sereine qui porte le Maroc dans ses fibres et ses murs, ainsi que dans l‘air qu’on y respire. Le destin en a décidé autrement, j’ai pas mal pérégriné à travers la planète mais Taza demeure la source de toutes choses.
Je reviens toujours à Taza pour revoir l’enfant que je fus. Me balader dans les rues de la ville m’est essentiel, je ne peux pas oublier ce berceau, je revois les visages des absents qui ont fait l’homme que je suis.
J’en ai parlé un jour avec Kaïsse et nous avons décidé d’y faire un tour. Très simplement. C’est comme cela que cela s’est fait et un accueil magnifique qui nous a été réservé par des hommes et des femmes d’exception, parmi lesquels Si Rachid, Si Khalil, Lalla Majida…
Adil Louchkli a brillamment conduit les débats ensuite dans un bel amphithéâtre. Nous avons parlé de poésie. Et de sujets qui fâchent, comme la lecture, à laquelle de moins en moins de gens consacrent un peu de leur temps. Une soirée mémorable s’en est suivie avec des amis autour d’une table, on avait le sentiment qu’on était revenus aux siècles bénis où la poésie nourrissait les foules… Et bien sûr, autour de cette table généreuse, on a encore évoqué, avec nos hôtes, les Continentales qui prendront forme Inchaa Allah en 2027 avec d’immenses poètes des cinq Continents.
Ce retour intense et poétique à Taza marque un seuil, il nourrira sans nul doute l’avenir.




