À l’heure où le Maroc prépare l’échéance de 2030 et ambitionne de consolider son positionnement parmi les grandes destinations touristiques internationales, une question stratégique s’impose: comment faire en sorte que cette dynamique bénéficie à l’ensemble du Royaume, y compris aux territoires dont le potentiel touristique demeure encore insuffisamment valorisé? À Taza, cette question prend une dimension particulière.
Entre patrimoine naturel, paysages de montagne, forêts, grottes, traditions locales et richesse des terroirs, le territoire réunit les ingrédients d’une destination singulière.
Pourtant, comme de nombreux territoires émergents, son défi ne réside pas uniquement dans l’existence de ressources remarquables. Il consiste à transformer ces ressources en projets économiques, en investissements productifs et en emplois durables.
C’est précisément à cette articulation entre potentiel territorial et création de valeur que s’est focalisée l’intervention de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) lors du festival autour de la mémoire et l’art vivant, pour une renaissance culturelle ce samedi 17 octobre 2026.
Un Maroc touristique qui ne laisse aucun territoire à l’écart
La SMIT a expliqué que le développement touristique du Royaume ne peut se mesurer uniquement à la performance de ses destinations les plus établies. Sa réussite doit également s’apprécier à sa capacité à révéler de nouveaux territoires, à diversifier l’offre nationale et à élargir la géographie des investissements.
L’ambition est claire: construire un Maroc touristique à plusieurs destinations, mais jamais un Maroc à deux vitesses.
Il a rajouté que Taza ne doit pas être considérée comme une destination périphérique par rapport aux grands pôles touristiques du Royaume. Elle doit être appréhendée comme un territoire disposant de ses propres avantages concurrentiels, de ses marchés potentiels et de sa propre trajectoire de développement.
L’enjeu n’est pas de reproduire à Taza les modèles de Marrakech, d’Agadir ou de Tanger. Il est de construire une proposition touristique cohérente avec l’identité du territoire, sa capacité d’accueil, ses ressources naturelles et les aspirations de sa population.
Cette orientation s’inscrit dans une vision du développement fondée sur la réduction des disparités territoriales, la création d’emplois et une meilleure répartition des opportunités économiques. Elle rejoint les objectifs de la Charte de l’investissement, qui prévoit notamment des incitations destinées à renforcer l’attractivité des territoires et à soutenir les investissements créateurs d’emplois.
Taza, une destination à révéler
En effet, la grotte de Friouato, les paysages forestiers et montagneux ainsi que les ressources culturelles et gastronomiques constituent autant de points d’appui pour imaginer une offre touristique différenciante.
Écotourisme, randonnée, tourisme de découverte, hébergement de nature, expériences rurales, artisanat et valorisation des produits du terroir: ces activités peuvent contribuer à enrichir l’offre nationale tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques aux communautés locales.
Mais le passage du potentiel à la destination exige une véritable ingénierie touristique.
Un site naturel ne devient pas automatiquement un produit touristique. Il faut organiser les accès, structurer les services, créer des possibilités d’hébergement et concevoir des expériences susceptibles de retenir les visiteurs.
Il faut également relier les sites entre eux, construire des circuits cohérents et inscrire Taza dans les flux touristiques régionaux et nationaux.
La SMIT a insisté, lors de son intervention, sur le fait que la valeur touristique d’un territoire ne dépend pas seulement de la beauté de ses paysages, mais de sa capacité à pouvoir organiser une expérience complète, accessible, durable et économiquement viable.
Transformer le potentiel en investissement
Le développement touristique doit s’appuyer sur une capacité concrète à faire émerger des projets, à améliorer leur maturité et à créer les conditions de leur réalisation.
À Taza, cette démarche implique de travailler à la constitution d’un portefeuille d’opportunités adaptées au territoire, depuis les projets d’hébergement à taille humaine jusqu’aux activités de loisirs, aux expériences de nature et aux initiatives de valorisation du patrimoine.
Il a rappelé que la digitalisation de l’investissement constitue également un levier important. Grâce à ses outils numériques, notamment sa plateforme d’investissement touristique, la SMIT a rendu les opportunités, au niveau des territoires, plus visibles, ce qui permet de faciliter leur géolocalisation et d’améliorer la mise en relation entre les porteurs de projets et les investisseurs.
L’objectif est de réduire l’écart entre un territoire qui possède des ressources et un territoire capable de présenter au marché des opportunités lisibles, structurées et attractives.
Cette démarche ne consiste pas à substituer l’intervention publique à l’investissement privé. Elle vise, au contraire, à créer les conditions permettant à celui-ci de se déployer dans des territoires où l’ingénierie, l’information et l’accompagnement peuvent faire la différence.
L’équité territoriale commence par l’accès à l’investissement
La question du développement durable ne se limite pas à la préservation de l’environnement. Elle concerne aussi la capacité des territoires à accéder aux financements, aux compétences, aux réseaux économiques et aux opportunités entrepreneuriales.
Pour Taza, cela suppose de favoriser l’émergence de petites et moyennes entreprises touristiques, d’accompagner les jeunes porteurs de projets, de soutenir l’entrepreneuriat féminin et de faciliter l’intégration des coopératives et des producteurs locaux dans la chaîne de valeur touristique.
Les retombées doivent dépasser les seuls établissements d’hébergement. Elles doivent bénéficier aux guides, aux restaurateurs, aux artisans, aux transporteurs, aux agriculteurs et à l’ensemble des services qui contribuent à l’expérience du visiteur.
La SMIT a expliqué que dans cette perspective plusieurs dispositifs d’accompagnement de l’entrepreneuriat touristique, dont Moukawala Siyahia, ont été mis en place comme un levier pour faciliter la maturation des projets et encourager la création d’activités.
Le véritable enjeu consiste à faire émerger un écosystème dans lequel l’investissement touristique génère des revenus locaux, des emplois pérennes et de nouvelles perspectives pour les populations.
L’équité territoriale ne signifie pas que chaque région puisse recevoir les mêmes projets. Elle signifie que chaque territoire doit pouvoir accéder aux moyens nécessaires pour valoriser ses propres atouts.
2030: une échéance, mais surtout une méthode
La perspective de 2030 offre au Maroc une occasion majeure d’accélérer la modernisation de son offre touristique, de renforcer sa compétitivité et d’élargir les opportunités d’investissement.
Pour Taza, l’enjeu est de saisir cette dynamique sans faire de l’événementiel la finalité du développement. La destination doit pouvoir attirer des visiteurs avant, pendant et après 2030, grâce à une offre pérenne, à la qualité de ses services et à la singularité de ses expériences.
Cela suppose une approche intégrée associant les autorités territoriales, les collectivités, les acteurs économiques, les investisseurs et les institutions nationales.
La SMIT peut contribuer à cette dynamique en mobilisant son expertise pour identifier les projets prioritaires, structurer les opportunités et rapprocher les porteurs de projets des partenaires financiers et techniques.
La réussite devra être appréciée à partir d’indicateurs concrets: investissements effectivement réalisés, entreprises créées, emplois durables, durée des séjours, dépenses touristiques locales et préservation des ressources naturelles.
Il ne s’agit donc pas uniquement de préparer une échéance internationale. Il s’agit de construire les fondations d’une économie touristique territoriale capable de se développer dans la durée.
Investir dans Taza, c’est investir dans un Maroc plus équilibré
Le cas de Taza renvoie finalement à une question qui dépasse les frontières de la province: celle du modèle de développement touristique que le Maroc souhaite consolider pour les prochaines décennies.
Un modèle dans lequel la compétitivité internationale ne s’oppose pas à la cohésion territoriale. Un modèle dans lequel la protection du patrimoine naturel constitue un avantage économique. Un modèle dans lequel l’investissement contribue à élargir les perspectives des populations plutôt qu’à concentrer les opportunités dans les seuls pôles déjà attractifs.
C’est dans cette articulation entre attractivité, investissement et inclusion que la SMIT entend inscrire son action.
La réussite de Taza 2030 ne se mesurera donc pas seulement au nombre de visiteurs accueillis ou aux capacités d’hébergement créées. Elle se mesurera à la capacité du territoire à transformer durablement ses ressources en richesse, ses projets en entreprises et ses ambitions en emplois.
Parce qu’un Maroc touristique véritablement compétitif est aussi un Maroc qui sait faire émerger ses destinations de demain, et dans lequel aucun territoire n’est condamné à rester en marge de la création de valeur.
À Taza, le développement touristique durable peut ainsi devenir bien davantage qu’une stratégie sectorielle: un instrument de transformation territoriale et une expression concrète de l’ambition d’un Maroc plus équilibré, plus inclusif et plus résilient.




