Une œuvre marocaine… Macron, Tebboune et la Mosquée de Paris

Mustapha Sehimi, politologue.

Mustapha Sehimi, politologue. . DR

ChroniqueUn grand flou persiste quant à la législation applicable à la propriété et à la gestion de cet édifice. D'où des malentendus et des controverses. Des enjeux politiques aussi. Mais rien ne pourra minorer ni évacuer les origines historiques de cet édifice –des récits et des archives en témoignent.

Le 09/10/2022 à 10h47

Le mercredi 19 octobre prochain, une cérémonie sera organisée à la Grande Mosquée de Paris (Ve arrondissement) pour la célébration du centenaire de la pose de la première pierre de ce lieu de culte.

Elle a été initiée par le recteur de cette institution, le franco-algérien Chems-eddine Hafiz, et elle sera marquée par la présence du président français, Emmanuel Macron. Il faut ajouter qu'elle est placée sous l'égide du Maréchal Lyautey et de Kaddour Benghabrit. Voilà pour le factuel.

Le reste est plus problématique. Mais où est le Maroc dans cette opération de communication particulière? Ne s'apparente-t-elle pas au vrai de préoccupations politiques -politiciennes même- qu'il faut mettre en relief et dénoncer.

Il faut le dire et continuer à le marteler avec force: cette Grande Mosquée est une œuvre marocaine, une composante du patrimoine mondial. L'histoire doit être sollicitée à cet égard: elle est pleinement éclairante. La décision de sa construction a fini par se concrétiser au lendemain de la Première guerre mondiale.

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L'idée qui prévalait alors était de rendre hommage aux plus de cent mille morts de confession musulmane qui ont combattu pour la France -une manière de célébrer l'amitié franco-musulmane scellée dans le sang sur les champs de bataille européens... Le montage juridique et financier de ce projet sera complexe, et se fera à travers la société des Habous et des Lieux Saints. C’est quand en effet le régime foncier applicable immobilisait un bien dit de «mainmorte», édifié par des musulmans et désignant une fondation pieuse comme étant sa gestionnaire.

Le Dahir fondateur a été scellé par le Sultan Moulay Youssef. Il incarnait une double légitimité: celle de son autorité religieuse, couplée à son autorité politique. La pose de la première pierre a eu lieu le 20 octobre 1922, en présence du Sultan Moulay Youssef et du président français, Gaston Doumergue.

L'inauguration officielle eut lieu, en grande pompe, le 15 juillet 1926, par le même Sultan et le même chef d’Etat français, Gaston Doumergue. La première prière du vendredi a été présidée par le Sultan; le prêche, lui, a été donné par le Savant et Cadi tijani Ahmed Skirej; quant au premier appel à la prière depuis le minaret de la Mosquée, c'est le Pacha Saîdi de Meknès qui a assuré cet office.

Depuis, comme l'a noté Jillali El Adnani, «les sultans marocains ont été derrière la nomination des imams de la Mosquée comme c'est le cas de Ben El Hassan Debbagh El Marrakchi, le savant El Arbi Bensouda, Sidi Mohammed El Baroudi, Sidi Mohammed Errifa'î, Sidi Larbi Aouad, Sidi Abdesselem Ben El Gnaoui, Mohamed Zaîmi ou encore El Maâti Achour. Depuis sa réalisation, la Mosquée de Paris a connu comme la société des Habous des Lieux Saints de l'islam, six responsables. Le premier d'entre eux a été Kaddour Benghabrit durant plus de trente ans (1922-1954), puis son neveu, Ahmed Benghabrit ( 1954-1956), Hamza Boubakeur (1957-1982), Cheikh Abbas Tedjini Haddam, Dalil Boubakeur et depuis 2020, Chems-eddine Hafiz».

Kaddour Benghabrit est d'origine algérienne, né à Tlemcen. Il a rejoint le Maroc avec sa famille à la suite de la colonisation française. Tous, comme tant d'autres, ont obtenu la nationalité marocaine. Il a poursuivi ses études à l'Université Al Qaraouiyine de Fès avant d'être magistrat, interprète-traducteur, fonctionnaire du protectorat français puis chambellan et même ministre auprès du Sultan Mohamed Ben Youssef.

A noter que Benghabrit n'a été nommé à la tête de la Mosquée et de la société des Habous que parce qu'il officiait auprès du Sultan -aucune autre raison n'est recevable. Pendant la Seconde guerre mondiale, la mosquée s'est distinguée en offrant un lieu de refuge, sur les instructions du Sultan, à des milliers de Juifs, en leur remettant des certificats et des cartes d'identité en qualité de musulmans et en leur attribuant un hébergement dans les sous-sols.

Le Sultan Mohammed V avait appliqué cette même règle, au Maroc, en refusant d'appliquer les directives antisémites du gouvernement de Vichy: «il n'y a pas de juifs, il y a des citoyens marocains...».

Cette Mosquée est une œuvre marocaine -c'est son ADN. Dans son architecture, dans son esprit aussi -pas moins de 450 artisans traditionnels marocains y ont travaillé et l'on retrouve leur savoir-faire dans le zellij et l'aménagement des espaces intérieurs. Voici une quinzaine d'années, dans le cadre d'un programme de rénovation, ce sont également des artisans marocains, qui ont été dépêchés de Fès, in situ, durant des mois. Mais il y a plus. Référence est faite ici à la contribution culturelle et intellectuelle des lettrés et des oulémas du Royaume dans ce domaine -des encyclopédies, des récits, des poèmes et tant d'autres ouvrages…

Une historiographie qui constitue un fonds documentaire attestant des liens profonds entre cette institution et le Maroc. Comme dans d'autres secteurs, l'Algérie ne sera pas en reste pour s'employer à mettre en équation cette situation. Ainsi, durant le mandat de Hamza Boubakeur, franco-algérien, le pays voisin multiplia les menées et les manœuvres pour prendre la gestion de cette institution. Il faut citer pêle-mêle dans ce registre ces faits: un toit ouvrant comme pour effacer les caractéristiques originelles, la modification des statuts de la société des Habous, la volonté de ce recteur de confier la gestion de la Mosquée à Alger, la nomination d'un ancien ministre, Tijani Haddam, la création d'une Association des amis de la société des Habous en 1991.

Alger s'obstine à vouloir faire main basse sur la Grande Mosquée de Paris. A la fin de 2015, elle engage des procédures d'appropriation pour la placer ainsi sous la tutelle du ministère algérien des affaires religieuses et des Wakfs.

Un grand flou persiste quant à la législation applicable à la propriété et à la gestion. D'où des malentendus et des controverses. Des enjeux politiques aussi. Mais rien ne pourra minorer ni évacuer les origines historiques de cet édifice –des récits et des archives en témoignent.

Alger s'échine à faire rebondir et actualiser ses prétentions en tablant sur la nouvelle approche du président Macron quant aux relations bilatérales en même temps que sur le climat actuel des rapports entre Paris et Rabat -passablement problématique, et entouré de fortes hypothèques... En tout cas, la cérémonie du 19 octobre est une mauvaise manière à l'endroit du Royaume, après un gros lot d'autres...

Par Mustapha Sehimi
Le 09/10/2022 à 10h47

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On dirait que la France et l'Algérie ont un point commun!, le vol des Marocains

on voulait Macron, on a eu Macron et son incohérence et manque d objectif politique

Le peuple marocain est un peuple grand travailleur. Les rentiers de l'étât à l'est de notre pays sont des fainéants et ne savent rien faire ni dans l'immobilier ni dans le religieux...ils viennent de recevoir plusieurs politiciens étrangers et coufars sur leur terre en cette grandiose et solennelle soirée religieuse de aid al mawlid acharif consacrée par tous les musulmans a célébrer pieusement la naissance de notre prophète عليه الصلات و السلام. Tout est incohérence et amalgame dans ce bled égaré et qui s'enfonce de plus en plus dans l'irrationnel et le crétinisme surnaturel dont veulent en profiter les rapaces attirés par l'odeur suffocante du gaz..

Juste une question de nuance en français et elle est grande ! Le territoire qui se trouve à l’est du MAROC et que la France a nommé « Algérie » puis lui a accordé l’autonomie en 1962, n’est pas « sans histoire ». Mais IL N’A PAS D’HISTOIRE. Quant aux « histoires » il n’a pas cessé d’en chercher à notre pays depuis qu’il était sous occupation othomane, puis française, et depuis 1962.

Mosquée neomauresque construite de 1922 à 1926 par les architectes Robert Fournez, Maurice Mantout et Charles Heubès, suivant les plans de Maurice Tranchant de Lunel, inspecteur général des Beaux-Arts au Maroc, qui s'inspire des mosquées de Fès. Manifestation de l'amitié de la France pour l'Islam, elle commémore les 100 000 morts pour la France en 14-18. La construction de la mosquée reçoit une subvention de l'Etat (loi du 19 août 1920) et est financée auprès des musulmans d'Afrique du Nord. Elle est édifiée sur un terrain donnénts par la ville de Paris.la connstruction est en béton armé ; les matériaux décoratifs (tuiles vertes, faïences, mosaïques, fer forgé) proviennent des pays du Maghreb et sont mis en oeuvre à Paris par des artistes et artisans maghrébins.

puisque l algerie a des moyens financiers enormes qu elle recolte de la vente providentielle du gaz et du petrole donc pouquoi n utilise t elle pasces revenus faramineux pour construire sa propre mosquee a paris au lieu de les d ilapider a gauche et a droite pour destabiliser L E MAROC PAYS FRERE ET VOISIN

Mon Sehimi. La main mise de mosquée par les algériens date de l'époque boumedienne lorsque le FLN s'est installé en France sous l'étiquette "amicale des algériens de France". Ce dictateur avait décidé de rémunérer l'imam et ses sous fifres et depuis chaque algérien qui entre prier dans cette mosquée, s'imagine être en algérie persuadé que c'est à eux alors qu'il y a une plaque qui dit "construite en mémoire des musulmans morts pour la France. Des différents ont eu lieu entre eux et marocains sous dalil boubekeur proche des hauts politiciens français, approprié par le FLN, c'est la poule aux œufs d'or avec sont coté saloon avec rencontres bien agencées entre politiciens algériens et politiciens français, alors le Marocain rase le mur lorsqu'il entre dans cette mosquée

La rasd va surment aussi dire que sa leurs appartient lol quand macron descend aux maroc y doit ztterir a laayoune et nullpart d autres a partir de maintenant et une chambre d hotel a dakhla ou guergerate fini le luxe

Autrement dit, il faut rendre à César ce qui lui appartient. Telle devrait être le principe du Maroc. Feu Mohamed V, n'aurait jamais pensé que la situation de la région serait dans l'état actuel à causes de soldats dirigés par des puissances extérieurs...

Cette mosquée revient de droit au Maroc car ce sont des Marocains qui l'ont construit. D'ailleurs il faut interdire à nos artisans d'aller dans la zriba du choléra et des harkis pour rénover ou construire des édifices Marocains ( mechouar de Tlemcen 🇲🇦)

Cessons de tergiverser et admettons sans aucune ambiguïté que la France et en premier lieu son président Macron accordent un traitement prioritaire à leurs relations avec l’Algerie et mettent en second plan celles avec le Maroc. À partir de là il incombe aux responsables marocains à tous les niveaux d’agir en conséquence . Ce ne sera pas un cas isolé sur le plan international mais des politiques courantes.

Les spoliations des bras cassés algériens bat son plein, ou sont nos dirigeants pour mettre la hola à ces sans histoire, ni identité et encore moins une culture et savoir faire !?. Bientôt ils vont crier que se sont eux qu'ils ont construit cette mosquée de Paris et nos sultans étaient algériens

Le Maroc ne doit-il pas reconsidérer sa relation avec la France d'E.Macron, jusqu'à nouvel ordre ? Le Maroc fort de ses relations diverses avec les pays du Golfe, d'une bonne partie des pays africains et quelques pays européens tels que Great Britain et les USA sans oublier biensur l'Etat d'Israël. E.Macron persiste et signe dans son chantage de faire rabaisser le Maroc pour le dompter à sa guise.

Franchement qu est ce que E Macron vient faire dans cette histoire. S'il y a un conflit avec l'Algérie , que le Maroc fasse valoir ses droits en Justice. Ce n'est pas le Président qui décide à qui appartient quoi.

C est la maladie chronique de l identitaire du regime militaire dictateur,creation coloniale francaise,qui , comme grenouille veut etre un taureau.

Nous frères le Maghreb et voilà où on est arrivé

Ce serait bien que le Maroc refuse l'appropriation culturelle de la Mosquée de Paris qui est aux mains des algeriens ?! On a des relations diplomatiques avec la France qui refuse jusqu'à présent de reconnaître la marocanité du Sahara alors au moins qu'ils reconnaissent que la mosquée de Paris est un Bâtiment Marocain.

La faute au artisans marocains ils ne laissent pas leurs empreintes comme Channel ou Louis Vuitton ou ouou Ces gens étaient evielles Et disent le patrimoine d'abord les frères et les amis après

Que la france se goinfre de l’algérie. Riera bien qui riera le dernier!!

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