Stop à la «tiers-mondisation» de nos villes!

Rachid Achachi.

ChroniqueÀ Casablanca, mais j’imagine qu’il en va de même dans bon nombre de villes du Royaume, il y a quasiment autant de prétendus gardiens que de rues et de ruelles, même les plus improbables.

Le 11/05/2023 à 11h01

Le titre de cette chronique paraît, au premier abord, ironique, voire sarcastique. Mais dans les faits, il en va de notre devenir en tant que pays aspirant à l’émergence économique dans les décennies à venir et, pourquoi pas, à une renaissance civilisationnelle.

En attendant, nous nous accrochons tant bien que mal à une corde tendue entre le tiers-monde et le développement.

Nos villes en sont les témoins les plus flagrants, puisqu’elles sont un espace de cohabitation paradoxale entre une modernité économique et architecturale des fois flamboyante, une tradition esthétique comme pour rappeler l’enracinement historique de la cité, et un néo-archaïsme chaotique et profondément laid qui dénature le tout.

Parlons-en d’ailleurs de ce néo-archaïsme, de ce chaos auto-entretenu qui, non seulement défigure nos villes et porte atteinte à notre image à l’international, mais qui prend également en otage notre quotidien et notre santé mentale.

À ce propos, l’occupation anarchique, arbitraire et sauvage de notre espace public en est un symptôme majeur.

Tout d’abord, les soi-disant gardiens de rues, surnommés «Boussefir» par certains, ou «bardin lktaf» par d’autres, autrement dit, les «paresseux». Ces derniers pullulent dans nos villes au point de devenir un vrai fléau urbain. À Casablanca, mais j’imagine qu’il en va de même dans bon nombre de villes du Royaume, il y a quasiment autant de prétendus gardiens que de rues et de ruelles, même les plus improbables.

Des fois, il arrive qu’une même ruelle soit littéralement occupée par 2 ou 3 gardiens. Soit, des dizaines de milliers d’occupants illégaux de l’espace public, peut-être même des centaines de milliers à l’échelle du pays. De quoi construire un chemin de fer reliant Tanger à Dakhla si l’État décidait de les mobiliser pour effectuer un vrai job, utile à la société.

J’arrête de rêver. Car dans le monde réel, ces derniers imposent une taxe allant de 2 à 10 dirhams des fois à tous les citoyens qui auraient le culot de vouloir profiter de l’espace public en garant leur véhicule à quatre roues. Vous croyez que payer la vignette suffit pour exercer ce droit? Que nenni! Vous devrez payer, en plus, une dîme à ces milices en uniforme jaune, qui se sont auto-institués en percepteurs de la commune.

Car oui, ce phénomène n’existe que grâce à la connivence de certains responsables au sein des communes, qui ont mis en place un système économique juteux, mais surtout contraire à la loi, dont le citoyen est le citron, dont il faut extraire jusqu’à la dernière goutte. Mais aussi grâce au laxisme des autorités au sens large, qui, non seulement, tolèrent ce phénomène, mais laissent souvent les citoyens livrés à eux-mêmes. Puisque quand vous décidez d’entamer un dialogue avec ces pseudo-gardiens, ils vous rétorquent qu’ils louent cette rue, et qu’ils sont tout à fait légitimes pour prélever cette dîme.

Et si par malheur, il vous venait à l’esprit de refuser de payer les 2 dirhams, voire plus selon l’humeur du gardien, vous risqueriez d’entrer dans une altercation verbale ou physique avec ce dernier, avec tous les risques qui vont avec pour vous et votre voiture. De plus, vous serez sommé de ne plus revenir parquer votre voiture dans cette ruelle. Si dans ce cas vous appelez la police, ce gardien fera immédiatement preuve de sa maîtrise de la téléportation en disparaissant sur-le-champ, pour réapparaître immédiatement comme par magie après le départ de la police. De vrais David Copperfield, ces gars-là!

Mais la plupart des citoyens étant occupés par de vrais métiers, ces derniers préfèrent, à contrecoeur, se plier à ce diktat. Car c’est une vraie logique de mafia qui est instaurée par ces «Boussefir»: «Tu dois me payer pour que je te protège de moi-même». Et c’est davantage vrai quand il s’agit d’une femme.

Des groupes imposants existent sur Facebook pour mobiliser et sensibiliser les gens concernant ce fléau. On pourrait citer le groupe «Boycott moul gilet», qui comptabilise pas moins de 257.000 abonnés, mais jusqu’à présent, les autorités continuent de faire la sourde oreille.

À ce fléau, d’autres viennent s’ajouter, comme le sabot et les horodateurs, dont la légalité est, semble-t-il, très douteuse. Ou encore l’occupation sauvage des trottoirs par certains cafés, ou encore des vendeurs ambulants…

Ainsi, si rien n’est fait, nos villes risquent très rapidement de ressembler davantage à Bombay qu’à Florence.

Pour conclure, vous pourrez me rétorquer: «Tu parles souvent de géopolitique et de sujets sérieux, qu’est-ce qui te prend tout d’un coup de parler d’un sujet aussi trivial?»

Ma réponse sera qu’il est très compliqué, pour moi comme pour n’importe quel citoyen, de se consacrer pleinement à son travail quand on est quotidiennement harcelés par des profiteurs dans une logique de parasitisme, et quand on se sent occupés dans nos propres villes et jusqu’à la ruelle où l’on travaille et où on l’on habite.

Libérer l’espace public, c’est libérer l’esprit des citoyens afin qu’ils puissent mieux se consacrer à ce qu’ils font le mieux.

Quant à l’argument selon lequel cette tolérance des autorités permet d’acheter la paix sociale, je réponds à nouveau qu’une paix sociale ne s’achète pas, mais se construit!

Par Rachid Achachi
Le 11/05/2023 à 11h01

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1 bar a chicha oiverte dans le quartoer Apparition d 'un fardien de rue très agressifs ?.qui insulte péres et mères des résident du quartier et enfonce les tôles de ceux ne versent pas 1 rancon de 300 dh par moi Et l2 deal de la drogue illegale fleurit

Vous oubliez un point important, les gardiens de voiture représentent le 1er maillon du renseignement, ce qui est fort utile aux autorités. Pas une rue ou le gardien ne connaît pas toute votre vie, qui rentre, qui sors, quand, comment,avec qui....etc.....

Pour résumer la situation de notre pays , je cite le titre d'un livre de Alan Paton "Pleure, ô pays bien-aimé" et comme répliquait Scarlett O'Hara : « Après tout, demain est un autre jour ! ». Pleure et ésperance.

Le cout du stationnement devrait etre inclus dans le payment annuel de l'assurance automobile. Avec un badge a jour derriere le pare brise, personne ne devrait vous harceler sous peine d'une forte amende puisque la prison n'intimide pas ces hors la loi rentiers.

Le Maroc est un pays de contrastes, et le phénomène des gardiens de rues et parkings fait partie d’un système que les marocains considèrent bizarrement comme de «l’entraide sociale ». En effet, pour occuper les «démunis» de la société, on les laisse faire la loi dans des espaces publics. En plus, ce système ne se limite pas aux seuls gardiens de rues et parkings; mais s’étend aussi à l’administration publique et même le secteur privé comme les banques. On sait tous que tout petit fonctionnaire ou simple employé au bled s’attend à ce que chaque citoyen qui se présente à son bureau lui file une «tedouira». A l’origine de ce système, il y a malheureusement l’attente que se fait la majorité des marocains pour qu’on leur paie leurs consommations, ou même qu’on leur donne de l’argent espèce!

Bonjour Observer. En résumé, c'est une culture de mendicité bien ancrée, qui s'exprime de différentes manières selon les situations. Cordialement

Je peux rajouter le fameux "triporteur" comme l'un des symboles de l'anarchie et de la laideur dans nos villes. On peut citer aussi la pauvreté architecturale dans les villes marocaines. Mis à part l'héritage colonial, la construction cubique et impersonnelle est prédominante dans le paysage urbain. L'état peut aussi faire un effort et offrir une prime à la casse pour assainir le parc automobile. Il y a trop d'épaves circulant sur nos routes. Pourquoi pas inciter à la mobilité électrique ?

A vous entendre , l'argent tombe du ciel pour la majorité de la classe populaire marocaine.

Je reviens à la DGI et m’adresse à un autre guichet. Le monsieur communique avec son pc avec l’air d’un homme qui sait ce qu’il fait et me communique une autre référence. Je suis heureux comme tout. Je me reconnecte et je refais tout le chemin que le système me trace et… « Référence erronée ». Je dois encore revenir demain pour que peut-être un fonctionnaire oracle me donne la bonne info. Et vous voulez que nos responsables se chargent de moderniser notre espace de vie et nos rues. Peut-être dans 10 siècles et encore…

Depuis 3 jours que je traine entre la TGR et la DGI pour payer la taxe professionnelle. Même si je ne reçois jamais l’avis d’imposition qui mentionne la référence de paiement, j’agis en bon contributeur et je vais moi-même vers les impôts. la TGR m’a dit que je dois m’adresser à la DGI. Un fonctionnaire d’un certain âge donc normalement expérimenté me dit qu’i faut payer par internet et me communique mon identifiant fiscal que je dois saisir dans le champ approprié sur le site dédié. Réponse du système : référence erroné.

Le tiers mondialisation de nos villes et de la capitale , elle est aussi le fait de milliers de migrants illégaux sans ressources qui occupent aussi illégalement l'espace publique dans plusieurs villes du royaume. Ils y dorment, étendent leur linge et parfois même y font leur besoin et ce ne sont pas les témoignages qui manquent!

Et les fornications en public et le sexe ouvertement sir les rails de tramaway? Zaama chiki oua ltram ou les Torre etc .... Que faire la mairie? Parler .

Benani: Il y a des faits. J'ai vu sur youtub la vidéo d'un franco sénégalais qui a visité le Maroc et qui a fait le même constat en plus cru, voyez vous! . Si vous voulez leur venir en aide et même les accueillir chez vous, libre à vous; Mais si vous voulez faire la politique de l'autruche , sachez que de très nombreux marocains ont ouvert les yeux sur cette réalité.

Vous parlez comme Zemmour en France, c'est quoi ce racisme.....Ces pauvrent gens il faut leurs venir en aide, et ne pas les STIGMATISER.

Cher Professeur, c'est le fléau des métiers de l'immobilisme ... Permettez-moi de rajouter le fléau de la mendicité harcelante et agressive ! ... Ce qui est encore plus triste c'est quand ça touche des jeunes... Alors que des Entrepreneurs souffrent de manque de main-d'œuvre nous assistons au développement des métiers de "l'immobilisme " ... 1 chaise à la porte d'1 immeuble ou 1 gilet jaune suffisent... Excellente Chronique ! À BON ENTENDEUR ! Merci

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