Scandale à l’Hôpital régional de Laâyoune, à cause d’extravagants bons de commandes

Un lit médicalisé: automatisé, il comporte des commandes électroniques.

Un lit médicalisé automatisé, comportant des commandes électroniques. . Blogotron

Revue de presseLa découverte de bons de commande dont l’objet ou les montants paraissent inappropriés au Centre hospitalier régional de Laâyoune est à l’origine d’une indignation générale parmi son personnel. Alors que l’établissement fait face à un manque criant de moyens médicaux et à des pannes récurrentes, des centaines de milliers de dirhams sont consacrés à des achats de semences agricoles et à des contrats attribués à une seule entreprise, toujours la même. Les appels à une enquête approfondie fusent auprès du ministère de la Santé. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 18/10/2026 à 20h06

Le scandale qui secoue actuellement l’Hôpital régional de Laâyoune est révélateur de pratiques très habituelles, des pratiques de dépenses inconsidérées dans la gestion des budgets publics. La découverte de bons de commande aux montants exorbitants et injustifiés par le Centre hospitalier régional est, ces derniers jours, à l’origine d’une vive indignation parmi le personnel hospitalier, qui parlent d’un gaspillage flagrant de l’argent public, indique Al Akhbar de ce lundi 19 octobre. Au lieu de concentrer les ressources financières sur l’amélioration de prestations médicales indispensables, la direction de cet établissement semble avoir accordé la priorité à des acquisitions secondaires, qui ne répondent à aucune nécessité vitale.

L’affaire, explosive, est de fait l’un des premiers tests majeurs pour Youns Bjijou, le nouveau ministre de la Santé et de la Protection sociale, qui devra traiter de dysfonctionnements profonds dans la gouvernance hospitalière régionale, affirme Al Akhbar.

Au centre de cette polémique, une enveloppe budgétaire au montant ahurissant: 500.00 dirhams exclusivement consacrés à l’achat d’engrais, de semences, de plantes et de fleurs. Les rubriques des différents appels d’offres révèlent des achats en importantes quantités de graines de tomates, d’aubergines, de poivrons, voire de melons, ainsi que des tonnes de différents engrais et des centaines de plants d’arbres d’ornement, ainsi que des oliviers.

Des dépenses d’autant plus surprenantes que l’espace vert de cet établissement hospitalier est d’une superficie restreinte, comparativement aux quantités astronomiques commandées, alors même que cet hôpital pâtit de manques flagrants d’équipements médicaux de première nécessité. Pareilles dépenses horticoles sont donc totalement déconnectées des priorités sanitaires publiques, déplore le quotidien.

Parallèlement à ces achats horticoles, les montants alloués à l’équipement en linge et vêtements professionnels est, là aussi, à l’origine de vives interrogations, avec la découverte d’une facture d’un montant global de près de 800.000 dirhams pour deux commandes récentes, lit-on dans Al Akhbar.

L’établissement a ainsi fait l’acquisition de plusieurs milliers de blouses pour médecins, infirmiers et techniciens, de tenues chirurgicales, de masques, mais aussi de draps et d’oreillers pour des lits d’hospitalisation. Cependant, dans les faits, le constat fait par les patients et le personnel hospitalier est exactement à l’opposé. Le nombre total d’employés à l’hôpital dépasse à peine six cents personnes, ce qui rend la quantité des tenues commandées largement surévaluée, alors que de nombreux patients se retrouvent sur des lits dépourvus de draps ou de couvertures, et doivent à leurs proches le fait d’en avoir sur leur lit d’hôpital.

Ce n’est pas tout: l’ascenseur réservé au transport des patients est en panne depuis près d’un an, suite à un départ de feu à l’extérieur du bâtiment. Malgré un budget initial consacré à sa réparation, l’appareil est resté inutilisable plusieurs mois, ce qui a considérablement aggravé les douleurs des malades, et compliqué le travail du personnel soignant, qui ont été réduits à transporter les patients dans leurs bras, par les escaliers, tout particulièrement pour les amener au centre de traitement des cancers. Selon d’autres conclusions des rédacteurs de cet accablant rapport, un montant de près de 200.000 dirhams avait été réclamé pour remettre en état l’ensemble de cette cabine, alors que le coût réel d’un ascenseur neuf de capacité équivalente dépasse à peine cette somme sur le marché, ce qui questionne sur l’évaluation financière des travaux.

À examiner plus précisément les procédures d’attribution des marchés, ce constat: une concentration troublante des commandes publiques pour un seul et unique prestataire, toujours le même. Cette entreprise a réussi à décrocher la majorité des bons de commande du Centre hospitalier régional de Laâyoune sur une période récente, et cumule près de 29 bons de commande pour une valeur totale dépassant 641 000 dirhams en un temps record. Ces contrats conclus couvrent un champ d’activités étonnamment large, les prestations allant de l’achat de semences à la fourniture de matériel pour le centre de lutte contre les cancers, en passant par des pièces de rechange pour ambulances, ce qui entraîne de sérieuses questions sur ces irrégularités en série. Sans compter les règles définies par l’État, concernant la libre-concurrence pour la passation de ces marchés publics.

Par La Rédaction
Le 18/10/2026 à 20h06