Autoproduction photovoltaïque: le nouveau levier de compétitivité des entreprises marocaines

Des panneaux solaires (Photo d'illustration) . DR

Revue de presseLongtemps perçue comme un simple argument écologique, l’énergie photovoltaïque devient un outil stratégique incontournable pour réduire les coûts et sécuriser la facture énergétique des entreprises. De l’amortissement financier aux défis du financement et de la régulation, décryptage d’une transition énergétique qui façonne déjà l’industrie et l’export de demain. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 18/10/2026 à 19h16

Longtemps reléguée au rang de simple vitrine de la responsabilité sociétale des entreprises, l’autoproduction photovoltaïque s’impose désormais comme un levier économique stratégique à part entière. Au-delà des considérations environnementales ou de l’alignement avec les objectifs de développement durable des Nations unies, la transition énergétique répond aujourd’hui à une quête pragmatique de rentabilité. Cité par le magazine hebdomadaire Challenge, Mehdi Elhark, directeur exécutif de la société SOLAM, explique que «le recours à l’énergie solaire offre aux acteurs économiques le moyen de réduire durablement leurs coûts d’exploitation tout en sécurisant leurs approvisionnements futurs face à la volatilité structurelle des prix de l’électricité sur les marchés».

L’intérêt financier de ces dispositifs dépend toutefois étroitement du profil de consommation de chaque organisation et de sa capacité à valoriser sa production en temps réel. La pertinence de l’investissement s’avère particulièrement marquée pour les acteurs industriels, la grande distribution, les structures hôtelières et les plateformes logistiques, dont l’activité génère une forte demande d’électricité durant les heures diurnes. Sans chercher systématiquement à couvrir la totalité des besoins énergétiques d’un site, un dimensionnement partiel, mais rigoureusement calibré, permet d’alléger immédiatement les charges d’exploitation et de maximiser l’efficacité financière de l’installation.

Sur le plan budgétaire, le coût d’acquisition d’une centrale industrielle sans système de stockage oscille en moyenne entre 4 000 et 5 500 dirhams par kilowatt-crête installé, contre 6 000 à 7 500 dirhams pour des configurations résidentielles ou de plus petite taille. Dans ce schéma d’autoconsommation directe, le délai de retour sur investissement s’avère particulièrement court, généralement de trois à quatre ans. «L’intégration d’équipements de stockage par batteries, bien que techniquement attractive, rallonge ce délai à six, voire huit ans en raison de coûts d’importation élevés, rendant une étude de faisabilité préalable indispensable pour évaluer, au cas par cas, la pertinence technico-économique du projet», souligne Challenge.

Malgré un amortissement garanti à moyen terme, l’adoption massive du solaire par les petites et moyennes entreprises se heurte encore à d’importantes contraintes d’accès au financement. La nécessité de préserver leur trésorerie initiale demeure un frein majeur, et ces entreprises appellent de leurs vœux des mécanismes d’accompagnement plus souples, tels que des prêts verts dédiés, des garanties publiques ou des formules de tiers-investissement. La levée des blocages passe également par une fluidification des démarches administratives découlant de la loi n° 82-21 relative à l’autoproduction, ainsi que par la clarification des coûts d’accès et des capacités d’accueil du réseau électrique national.

Au-delà de la seule maîtrise des factures énergétiques, la généralisation du photovoltaïque constitue un impératif de compétitivité pour le tissu industriel national, tout particulièrement pour les entreprises orientées vers l’exportation. Face au durcissement des exigences environnementales et de décarbonation imposées par les donneurs d’ordre internationaux, notamment européens, la réduction de l’empreinte carbone des produits devient un critère direct de sélection commerciale. L’accès à certains marchés internationaux et la réussite aux appels d’offres internationaux dépendent désormais de la capacité des fournisseurs à garantir une production propre et traçable.

Fort de ses conditions d’ensoleillement d’exception et de sa proximité géographique avec le continent européen, le Royaume dispose d’un potentiel naturel majeur qu’il s’agit désormais de convertir en avantage industriel durable. À l’avenir, la méthode de fabrication et le bilan carbone des marchandises pèseront tout autant que la qualité ou le prix de vente dans les arbitrages commerciaux des acheteurs mondiaux. En simplifiant le parcours des entreprises et en rendant les projets plus facilement finançables, l’autoproduction solaire s’affirme ainsi comme l’une des clés de la compétitivité et de la souveraineté économique de demain.

Par La Rédaction
Le 18/10/2026 à 19h16