Marrakech: le Salon littéraire de Laila Binebine rend hommage à l’historien Hamid Triki

La rencontre-hommage pour feu Hamid Triki, organisée par le Salon littéraire de Laila Binebine à Marrakech. (C.Serraj/Le360)

Le 22/09/2026 à 17h45

VidéoUne rencontre-hommage s’est tenue à Marrakech le vendredi 18 septembre en mémoire de l’historien Hamid Triki, disparu cet été à l’âge de 82 ans. Chercheurs et proches sont revenus sur un parcours scientifique consacré à l’histoire et au patrimoine, marqué par un engagement particulièrement fort pour la sauvegarde de la mémoire de sa ville natale, Safi.

L’historien et universitaire Hamid Triki est décédé le jeudi 30 juillet 2026, à l’âge de 82 ans. Sa disparition avait donné lieu à plusieurs hommages, notamment de la part des associations membres de la Coalition mémoire du Maroc, dont l’Association mémoire de Safi. Près de deux mois plus tard, le Salon littéraire de Laila Binebine lui a consacré une rencontre-hommage à Marrakech, réunissant chercheurs et proches autour de son parcours et de son œuvre.

Les intervenants ont insisté sur la dimension internationale de la carrière de Hamid Triki, chercheur devenu, au fil de plusieurs décennies passées dans des universités étrangères, un expert consulté par des institutions attachées au patrimoine et à l’histoire. Il aurait ainsi collaboré avec l’Institut du monde arabe à Paris et la Fondation Aga Khan pour l’architecture à Genève. Ce parcours a été couronné par deux distinctions rappelées lors de la rencontre: la Grande médaille des arts, des sciences et des lettres de l’Académie de Paris, et le Prix Atlas, décerné par l’Ambassade de France à Rabat pour son ouvrage consacré à la Médersa de Marrakech.

Son œuvre écrite, présentée comme comptant plus de 12 publications à caractère scientifique, a été évoquée comme un pont entre la connaissance académique et la découverte des lieux, abordant l’histoire des villes non comme de simples ensembles urbains mais comme des entités vivantes porteuses de mémoire. Parmi les titres cités figurent un ouvrage sur Marrakech, «Marrakech, histoire et monuments», et un livre consacré à sa ville natale, «La Colline des potiers: histoire d’une ville et de sa poterie».

Le troisième axe développé lors de la rencontre a porté sur l’engagement de Hamid Triki envers Safi, présenté comme l’un des volets les plus personnels de son parcours. Président d’honneur pendant dix ans de l’Association mémoire de Safi, il a accompagné un projet de documentation de l’histoire de la ville s’étendant sur plus de mille ans. Mené sur trois années de recherche, de vérification et de révision, ce travail s’est concrétisé par une exposition itinérante présentée à différentes générations de visiteurs.

Les intervenants ont également évoqué un travail d’inventaire des monuments historiques de la ville et la réalisation d’une signalétique touristique, ainsi qu’un projet de mobilisation d’experts universitaires pour soutenir la sauvegarde du Château de la Mer. Un autre projet, consacré aux itinéraires spirituels de la ville, visait à faire entrer les monuments de Safi dans l’inventaire du patrimoine mondial et à porter cette candidature jusqu’à l’UNESCO.

Ces éléments font écho aux informations rendues publiques au moment de son décès: Hamid Triki avait coordonné plusieurs partenariats scientifiques, notamment avec l’Université d’Évora au Portugal, en vue de la préservation du monument historique Qasr Al Bahr à Safi, et avait soutenu l’inscription de la céramique de Safi sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Au-delà du travail scientifique et institutionnel, plusieurs prises de parole ont insisté sur la dimension humaine du défunt: une gentillesse constante, un humour décrit comme captivant et une capacité à faire coexister la rigueur du chercheur et la légèreté de l’échange. L’un des intervenants a évoqué son goût prononcé pour l’art: il ne manquait, disait-il, aucun vernissage, sauf empêchement de déplacement, de mission ou de maladie.

Membre fondateur du musée Dar El Bacha à Marrakech, Hamid Triki avait par ailleurs marqué de nombreux collaborateurs. L’une des intervenantes a raconté avoir travaillé à ses côtés depuis 1998, date à laquelle il l’avait sollicitée pour la saisie d’un texte sur les femmes de la dynastie almohade, une expérience qu’elle a décrite comme le point de départ d’un rapport renouvelé à l’histoire du pays. Elle a également évoqué un projet resté inachevé, la constitution d’un glossaire du vocabulaire darija transmis oralement, envisagé avec Hamid Triki avant sa disparition, et qu’elle souhaite désormais poursuivre avec l’appui d’habitants et de jeunes de la médina de Marrakech.

La famille et la belle-famille de l’historien assistaient à cette rencontre, aux côtés de chercheurs et de représentants d’institutions culturelles venus saluer la mémoire d’un homme dont l’œuvre reste, pour beaucoup, un pont entre le Maroc et le monde.

Par Camilia Serraj
Le 22/09/2026 à 17h45