Les peptides synthétiques pourraient bientôt franchir une nouvelle étape aux États-Unis, avant de gagner progressivement d’autres marchés. Déjà commercialisées en Europe, notamment dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, certaines de ces molécules restent toutefois entourées d’un encadrement réglementaire incertain.
Ces jeudi 23 et vendredi 24 juillet 2026, la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, doit examiner le statut de sept peptides synthétiques en vue d’une éventuelle autorisation de leur usage pharmacologique.
Les peptides examinés et les usages thérapeutiques pour lesquels ils sont proposés sont les suivants:
- BPC-157: traitement de la colite ulcéreuse.
- Épitalon (Epitalon): traitement de l’insomnie.
- MOTS-c: traitement de l’obésité et de l’ostéoporose.
- KPV: cicatrisation des plaies et prise en charge des affections inflammatoires.
- TB-500: cicatrisation des plaies et réparation tissulaire.
- Émideltide (Emideltide, également appelé DSIP): traitement de l’insomnie chronique, de la narcolepsie et accompagnement du sevrage des opioïdes.
- Semax: traitement de l’ischémie cérébrale, de la migraine et de la névralgie du trijumeau.
Le but de la FDA est de déterminer si ces peptides sont suffisamment sûrs pour être autorisés à la prescription par les pharmacies de chaque état.
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Si certains peptides, comme l’insuline, le sémaglutide (Ozempic) ou le tirzépatide, sont déjà autorisés et largement utilisés en thérapeutique, cette classe de molécules reste encore relativement restreinte aux États-Unis.
En Europe, la cérébrolysine, un mélange de peptides développé en Autriche et utilisé dans certains pays pour le traitement de pathologies neurologiques, fait figure d’exception. En revanche, de nombreux peptides dits «de longévité», destinés à l’amélioration des performances physiques ou cognitives (nootropiques), ne sont pas autorisés à un usage médical. Réservés en principe à la recherche en laboratoire, ils sont néanmoins commercialisés par certains sites, notamment basés en Europe de l’Est, alimentant ainsi un marché gris particulièrement actif.
Malgré ce cadre réglementaire incertain, ces molécules suscitent un intérêt croissant, notamment dans les milieux du fitness, du bodybuilding et des nootropiques. Cette image ne doit toutefois pas occulter leur potentiel thérapeutique. Lorsqu’ils sont rigoureusement évalués et développés dans un cadre médical, certains peptides pourraient constituer de véritables avancées dans la prise en charge de nombreuses pathologies.
Qu’est-ce qu’un peptide?
Un peptide est une courte chaîne d’acides aminés, les molécules qui constituent les protéines. Son rôle est d’agir comme un messager biologique en transmettant des signaux aux cellules afin de déclencher ou de réguler diverses fonctions de l’organisme. Tous les mammifères produisent naturellement des peptides à partir des acides aminés apportés par l’alimentation.
Certains aliments en contiennent également de manière naturelle, notamment le lait, les abats, les huîtres ainsi que les produits fermentés, comme les yaourts, les fromages ou les légumes lactofermentés. Si de nombreuses études suggèrent que ces peptides alimentaires pourraient exercer des effets bénéfiques sur la santé, leur rôle précis et leur impact à long terme restent encore imparfaitement compris par la recherche.
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Mais si les peptides sont omniprésents dans le vivant, pourquoi suscitent-ils aujourd’hui un tel engouement?
L’histoire remonte à la fin du 19ème siècle. En 1889, le neurologue et physiologiste franco-mauricien Charles-Édouard Brown-Séquard, alors âgé de 72 ans, tente une expérience aussi audacieuse que controversée. Convaincu de pouvoir retrouver sa vigueur et sa libido, il s’injecte des extraits préparés à partir de testicules de chiens et de cobayes. Il affirme en retirer un regain d’énergie et une seconde jeunesse. Avec le recul, certains historiens des sciences estiment qu’il fut peut-être le premier à s’administrer des peptides, sans en avoir conscience, même si cette hypothèse demeure débattue.
Deux ans plus tard, inspiré par les travaux de Brown-Séquard, le médecin britannique George Redmayne Murray traite une patiente atteinte d’une hypothyroïdie sévère à l’aide d’extraits de thyroïde de mouton. L’amélioration clinique est spectaculaire et les résultats sont publiés dans le British Medical Journal, ouvrant la voie à l’organothérapie moderne. Dans ce cas précis, l’effet thérapeutique est attribué aux hormones thyroïdiennes contenues dans les extraits, et non aux peptides. Cette expérience marque néanmoins une étape déterminante dans le développement des traitements fondés sur l’extraction de substances biologiques d’origine animale.
Le 20ème siècle marque un tournant majeur dans l’étude des peptides. Au fil des décennies, des centaines de peptides et de neuropeptides sont identifiés, isolés et caractérisés. Les chercheurs découvrent progressivement que ces courtes chaînes d’acides aminés jouent un rôle essentiel dans la communication cellulaire, en assurant la transmission de signaux entre les différents tissus et organes.
Une part importante des recherches est alors menée en Union soviétique. Plusieurs peptides aujourd’hui examinés par la Food and Drug Administration (FDA) américaine trouvent leur origine dans les travaux conduits à cette époque. Une part importante de ces recherches est alors menée en Union soviétique, notamment sous l’impulsion du gérontologue russe Vladimir Khavinson, considéré comme l’un des pionniers de la recherche sur les peptides biorégulateurs.
Le Dr Khavinson s’est fait connaître pour ses travaux sur de très courts peptides, qu’il a baptisés «peptides biorégulateurs». Selon son hypothèse, ces molécules ne se contenteraient pas d’agir sur un récepteur spécifique, comme le font de nombreuses hormones. Elles seraient capables d’interagir avec les mécanismes qui régulent l’expression des gènes au sein des cellules, favorisant ainsi le maintien ou la restauration de fonctions cellulaires associées à un organisme plus jeune.
Autrement dit, là où une hormone agit généralement sur une cible biologique précise, les peptides biorégulateurs viseraient, selon cette théorie, à moduler le fonctionnement d’un ensemble de gènes propres à un type de cellule. Une approche qui nourrit depuis plusieurs décennies l’espoir de ralentir certains mécanismes du vieillissement. Cette hypothèse demeure toutefois controversée et n’a pas, à ce jour, fait l’objet d’un consensus scientifique.
Selon les travaux de Vladimir Khavinson, le Vilon, un peptide biorégulateur issu du thymus, contribuerait à restaurer certaines fonctions de cet organe, essentiel au système immunitaire. L’hypothèse est qu’il permettrait d’améliorer la réponse immunitaire en favorisant un fonctionnement cellulaire plus proche de celui observé chez un sujet jeune.
Les autres peptides biorégulateurs développés par le chercheur russe suscitent également un intérêt croissant. Parmi eux figure le BPC-157 (Body Protection Compound 157), un peptide dérivé d’une protéine présente dans le suc gastrique humain. De nombreuses études précliniques lui attribuent des propriétés angiogéniques, favorisant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, ainsi que des effets prometteurs sur la cicatrisation des tissus.
Chez l’animal, plusieurs travaux ont notamment montré qu’une administration de BPC-157, par voie injectable ou orale, pouvait améliorer la récupération fonctionnelle après certaines lésions neurologiques, permettant à des rats paralysés de retrouver partiellement leurs capacités motrices.
«L’Homme chercha des médicaments dans les plantes, et il les trouva. L’Homme cherche désormais des médicaments dans les cellules animales et il les trouve.»
— Dr Abud Bakri, spécialiste des peptides aux États-Unis.
La Food and Drug Administration (FDA) s’intéresse notamment au potentiel de cette molécule dans le traitement de la colite ulcéreuse. Plus largement, les peptides biorégulateurs développés par Vladimir Khavinson continuent de susciter l’intérêt de la communauté scientifique, même si leur efficacité et leur sécurité devront encore être confirmées par des essais cliniques rigoureux avant toute éventuelle utilisation thérapeutique.
Une certitude demeure: le verdict de la FDA, quel qu’il soit, résonnera bien au-delà des États-Unis. Dans les laboratoires du monde entier, il sera perçu comme un signal fort pour l’avenir de la recherche sur les peptides.




