Le gouvernement durcit les critères de sélection des présidents d’université

L'université Mohammed V de Rabat.

Revue de presseDevant les défis de modernisation de l’enseignement supérieur, un nouveau projet de décret vient redéfinir en profondeur le profil et le mode de nomination des dirigeants des universités publiques. Alors même que l’exécutif y voit un gage de transparence, de rigueur managériale et d’ouverture sur le monde économique, la réforme suscite déjà de vives inquiétudes chez les enseignants-chercheurs, qui redoutent une bureaucratisation des profils au détriment de l’excellence académique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 19/07/2026 à 17h51

Le gouvernement marocain a adopté un nouveau cadre réglementaire durcissant les critères de sélection des présidents des universités publiques. À travers le projet de décret numéro 2.26.327, l’exécutif précise les procédures à mener pour les candidatures ainsi que les modalités de composition de la commission chargée d’examiner et de classer les dossiers. Cette initiative, approuvée récemment en Conseil du gouvernement, s’inscrit dans une démarche visant à renforcer la gouvernance, le mérite et la transparence au sein de la gestion des établissements de l’enseignement supérieur, en application de la loi 59.24, écrit Al Akhbar de ce lundi 20 juillet.

Selon les dispositions de ce projet, la commission de sélection sera composée d’un membre du conseil d’administration, de deux personnalités reconnues pour leur compétence dans les domaines de la culture ou des sciences, dont l’une au moins doit être un professeur de l’enseignement supérieur en activité ou à la retraite, ainsi que d’un professeur externe à l’université concernée. Une figure issue du monde de l’économie et des finances intègre également ce comité. Le texte introduit par ailleurs une obligation de représentativité féminine, stipulant la présence d’au moins une femme parmi les membres, qui seront tous nommés par décision de l’autorité gouvernementale de tutelle.

Pour postuler à la présidence d’une université publique, le candidat doit impérativement être détenteur de la nationalité marocaine, être titulaire d’un doctorat ou d’un diplôme équivalent, et faire valoir une solide expérience en matière de gestion et d’administration. Les profils éligibles incluent d’anciens présidents d’université ayant achevé leur premier mandat, les vice-présidents, les directeurs d’établissements d’enseignement supérieur, ainsi que les responsables de l’administration centrale ayant au moins le rang de directeur. Les cadres du secteur privé disposant d’au moins dix ans d’expérience managériale sont également autorisés à concourir. Le renouvellement du mandat d’un président sortant n’est plus automatique et doit faire l’objet d’une proposition du ministre de tutelle avant d’être validé en Conseil du gouvernement, indique Al Akhbar.

Toutefois, ces nouvelles exigences ne font pas l’unanimité et suscitent de vives réserves au sein du corps professoral universitaire. Plusieurs enseignants estiment que le durcissement des critères d’éligibilité risque de restreindre le cercle des compétences capables de diriger ces institutions. Certains universitaires soulignent que le fait de conditionner la candidature à l’exercice préalable de fonctions administratives spécifiques, telles que le poste de vice-président, de doyen ou de directeur central, pourrait exclure des chercheurs éminents aux parcours scientifiques et académiques exceptionnels, en dépit de leur capacité de leadership et de la pertinence de leurs projets de réforme.

Pour ces contestataires, l’accès à la présidence devrait rester ouvert à l’ensemble des professeurs qualifiés sur le plan scientifique et administratif, en plaçant la qualité du projet de développement universitaire, la vision stratégique et la compétence managériale au cœur des critères de sélection, plutôt que de se limiter à un parcours bureaucratique prédéfini. Tout en reconnaissant que l’ouverture de la commission au monde économique et financier peut enrichir et diversifier les expertises, ils insistent sur la nécessité absolue de préserver l’identité académique et l’indépendance de l’université, afin que des logiques purement managériales ne prennent pas le dessus sur la vocation éducative et scientifique de l’institution.

Par La Rédaction
Le 19/07/2026 à 17h51