God only knows!

Karim Boukhari.

Karim Boukhari.. Le360

ChroniqueÀ Safi, une adolescente de 17 ans s’est suicidée après avoir été surprise en train de tricher, le jour du Bac. Elle a laissé une lettre, une sorte de billet d’excuse, pour demander pardon à sa famille et prier pour le salut de son âme…

Le 22/06/2024 à 09h00

Dans notre culture, rater le Bac est un drame. Pour le concerné et pour sa tribu, c’est à dire sa famille et ses voisins. Pourquoi? Parce que le Bac est assimilé à un passage à l’âge d’adulte. Quand un adolescent s’époumone devant vous, et que ses réflexions vous agacent, vous lui dites: «Passe ton Bac d’abord, et viens me voir plus tard».

Passe ton Bac, cela veut dire fais tes preuves. Sois un homme, sois une femme!

Et ce n’est pas tout. Le Bac sanctionne aussi la famille, à commencer par les parents. Derrière chaque bachelier, il y a un papa et une maman. Quand le petit ou la petite décrochent le Bac, c’est la preuve que maman et papa ont fait du bon travail. Vous imaginez: des parents qui passent leur temps à culpabiliser, à craindre le pire, et auxquels on dit enfin, au bout du bout du compte: «Bravo, vous avez réussi!».

Décrocher le Bac, c’est la preuve que, quelque part, les choses ont été bien faites. Dans l’éducation des gamins, bien sûr, et dans tout le reste. Les retombées rejaillissent même sur les voisins, le quartier, le derb, la grande tribu.

Inversement, et dramatiquement, rater le Bac, cela veut dire qu’il y a un ver dans le fruit. Que quelque chose ne tourne pas rond. Le péché originel. Une damnation. Une malédiction. Une colère divine, forcément juste et méritée.

Laissez-moi vous raconter un souvenir personnel. Dans le derb, à la fin des années 1970, quand les noms des heureux bacheliers étaient publiés par les principaux quotidiens du pays, je me souviens de la fête extraordinaire qui a été organisé par un voisin quand il a lu le nom de son fils sur le journal.

Ce voisin avait mauvaise réputation. Le Bac de son fils lui offrait une nouvelle virginité, une deuxième chance dans la vie, une renaissance. Certains mettaient la réussite du fils sur le compte de la «Tawba» (rédemption, retour au droit chemin) du père. Ils disaient: «Malgré tout, le père devait faire ses devoirs religieux en cachette, c’est pour cela que Dieu l’a récompensé!».

Vous imaginez la consécration? La reconnaissance? L’incroyable bond en avant pour le voisin et toute sa famille? Le conte de fées aussi soudain que spectaculaire?

Le soir de la fête, on disait, en évoquant ce retournement de situation: «Il (le voisin) ne lui reste plus qu’à effectuer un pèlerinage à la Mecque pour sceller dans le marbre sa réconciliation avec Dieu!».

Coup de théâtre, deux jours après, quand on a appris qu’il y a eu méprise. Ce n’est pas le fils du voisin qui a eu le Bac mais un parfait homonyme. Le fils a été recalé. La logique, divine si vous voulez, a été bel et bien respectée…

Inutile de vous décrire la portée du drame. Une ambiance de deuil régnait chez le voisin. Pire que le jour où il avait perdu plusieurs membres de sa famille dans un accident de voiture…

Et je ne vous parle même pas de celui ou celle qui (re)passe le Bac pour la 20ème ou 30ème fois. Ils sont déjà installés dans la vie, mais ils ont besoin de ce sacré diplôme, ils ont encore et toujours quelque chose à prouver. Peut-être à eux-mêmes, pour commencer. Le Bac, ce Graal…

Retour au présent. C’est peu dire que le «geste» de l’adolescente de Safi a du sens. Pour ceux qui ont grandi dans une ambiance «collective», au milieu des autres, les voisins et les proches, où chaque réussite ou échec prennent des proportions monstrueuses, folles, ils savent de quoi il retourne.

Et, comme dit la chanson, God only knows. Seul lui sait!

Par Karim Boukhari
Le 22/06/2024 à 09h00

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Bjr Ssi Karim!Vous avez tout à fait raison.Les études,in Morroco,sont et ont toujours été un calvaire pour beaucoup d'élèves et étudiants et ce pour les raisons suivantes:programmes trop chargés,trop de livres,trop de devoirs,trop de ...,trop de...Toutes ces difficultés font qu'il y a beaucoup de décrochage scolaire et des classements nuls,derniers ou avant-derniers dans le monde!Le ministère est en train de tester les écoles et les collèges d'excellence en attendant de les généraliser.Donc la feue élève safiote s'est suicidée pour toutes les raisons citées ou celles que vous évoquez dans votre billet.Qu'à cela ne tienne pouvu que cela ne se renouvelle pas et que les études en général et le bac en particulier ne soient plus ces écueils sur les lesquels se fracassent plus d'un.Joli billet !

Ssi Boukhari vous parlez du Stress du Bac, mais moi je me rappelle du Stress du Certificat d'études Primaires (CHAHADA) !!! Franchement c'est Stupide !!! Il est grand temps que notre Pays revoie sa copie sur le sujet des examens ! Qui ne devraient être que des contrôles de Connaissances ! Quand ces Connaissances sont dispensées Correctement !??? ... À l'Ère nouvelle des Technologies et de l'intelligence Artificielle c'est TOUT le Système Éducatif qui devrait Changer !!!! MERCI

Dans Le Système Américain le Bac (Diplôme) SEUL ne veut Rien Dire ! Mais, ce qui valorise le Diplôme (que presque tous les élèves peuvent avoir) ce sont d'autres facteurs 1- La pondération appelée GPA (Grade Point Average) qui est une note donnée par le Staff Pédagogique à travers les Contrôles Continus et les activités extra-scolaires 2- Les élèves sont obligés de passer un Test National d'intelligence et de Compétences appelé SAT (les Universités et les Entreprises se basent sur les résultats obtenus dans ce Test pour choisir leurs étudiants) 3- Les élèves sont invités à effectuer un travail de Volontariat d'intérêt commun. Ce travail est pris en considération pour l'attribution des bourses aux étudiants ! ... À Méditer ! MERCI

Il y a vraiment une déficience structurelle dans l'éducation émotionnelle des jeunes chez nous. Le pire est que cela se conjugue à une psychologie sociale impitoyable où le conformisme, le prétendu honneur viennent des profondeurs de notre psyché. On est une société ultra normée voire darwinienne. Et à cela se rajoute une forme de mysticisme dévoyé et primaire. Un individu non equipé solidement craque. Et je peux vous dire que cela touche toutes les couches sociales, de l'intellectuel jusqu'à l'ouvrier. Le pire c'est que nous n'avons ni l'individualisme (au bon sens du terme) de type occidental, ni un esprit collectif serein au sens islamique. Bref tout cela est très triste et très préoccupant.

Bien vu Sî Karim. Au-delà du drame d'une (plusieurs) personne.s, c'est tout le procédé des examens et concours qui devrait être remis à plat. Au lieu de former des bêtes à concours, on devrait former des têtes bien faites et des personnes bien équilibrées qui sauront affronter les aléas de la vie professionnelle, de la vie tout court...

bonjour Mr Boukhari on écrit "fête extraordinaire qui a été organisée", surtout n'avancez pas l'excuse de la faute de frappe, merci, elle serait plutôt genre "organusée" sinon "organosée" avoir le bac en 1970, ce n'est guère plus audacieux qu'en 2024. je l'ai eu en 66, c'était une prouesse car j'étais le seul abdul.... dans un lycée parisien et cela ne m'a pas gonflé les chevilles; ma grammaire n'en a pas souffert non plus et respect a Molière. La mort de cette petite serait plutôt due au truc social : "qu'en dira t-on" donc honte et remords, sinon coup de canif dans l'intolérance de nombreux Marocains, y compris vous avec votre façon de faire de ce drame vos choux gras. Si j'avais été celui ou celle qui a découvert la tricherie, j'aurais bien réfléchis avant de devenir la gâchette.

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