L’approche marocaine en matière de prévention de l’extrémisme violent et de réhabilitation franchit un nouveau palier historique. À la prison locale de Tamesna, les autorités ont officialisé le lancement du tout premier programme spécifiquement dédié à la réhabilitation des personnes de retour des zones de conflit. Cette initiative marque le passage de l’emblématique programme Moussalaha («Réconciliation») à une phase de maturité hautement institutionnalisée, couronnant ainsi une décennie d’accumulations pratiques et de réussites sur le terrain, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce vendredi 17 juillet.
Pour sa phase pilote, cette nouvelle déclinaison accueille une première promotion de vingt-et-un détenus. L’architecture de cette initiative repose sur une approche multidimensionnelle rigoureuse. Elle débute par un diagnostic individuel approfondi, suivi d’un encadrement intellectuel et religieux, d’un accompagnement psychologique et social, ainsi que d’une préparation active à la réinsertion. Originalité du dispositif, les familles des bénéficiaires sont étroitement associées au processus, qui capitalise également sur les témoignages et le retour d’expérience d’anciens détenus déjà réinsérés, y compris ceux issus de zones de tension, afin de maximiser les chances d’une réintégration sécurisée et de prémunir durablement contre toute récidive.
L’annonce de ce projet d’envergure s’est déroulée lors de la cérémonie de clôture de la vingtième session du programme classique Moussalaha, un événement organisé par la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion en partenariat étroit avec le Centre Moussalaha. À cette occasion, Ahmed Abbadi, le président du centre, a souligné que les succès accumulés depuis la genèse de l’initiative constituent un tremplin décisif pour consolider une démarche résolument institutionnelle. Selon lui, la réhabilitation n’est plus un simple programme confiné entre les murs des pénitenciers, mais s’est érigée en un modèle national intégré, fondé sur un partenariat interinstitutionnel pérenne et une gouvernance stable, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
La création formelle du Centre Moussalaha, entérinée par une convention signée le 2 novembre 2023, incarne cette mutation structurelle. Cette entité fédère aujourd’hui des acteurs clés tels que la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, la Rabita Mohammedia des Oulémas, le Conseil national des droits de l’homme, la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et le ministère de l’Économie et des Finances, le tout en parfaite coordination avec les autorités sécuritaires compétentes afin de garantir la viabilité et le développement continu de l’expérience.
Né en 2017 sous l’égide de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire, le programme Moussalaha s’est d’abord voulu une réponse agile aux mutations nationales et internationales de l’extrémisme violent. Dès ses débuts, sa philosophie s’est appuyée sur une vision globale mariant les aspects dogmatiques, juridiques, des droits de l’homme, psychologiques et comportementaux, tout en insistant sur la réconciliation avec soi-même, avec le texte religieux et avec la société. La période s’étendant de 2017 à 2023 a ainsi constitué une étape de fondation et de déploiement, ouvrant la voie à une institutionnalisation plus poussée incarnée par le nouveau centre. Ce dernier œuvre désormais selon une vision stratégique axée sur la lutte contre l’extrémisme carcéral, le renforcement de l’immunité sociétale, le suivi post-carcéral des bénéficiaires, la recherche scientifique et l’organisation de sessions de formation nationales et internationales.
Le bilan de ces années d’exercice démontre que la réinsertion sociale ne se résume pas à l’après-prison, mais s’inscrit dans un continuum thérapeutique global qui débute dès l’incarcération par le diagnostic et l’orientation, et se prolonge bien après la libération par un accompagnement individualisé. Le programme destiné aux rapatriés des zones de conflit s’inscrit précisément dans cette trajectoire évolutive en s’adaptant aux spécificités de cette population, à ses besoins intellectuels, psychologiques, sociaux et juridiques, tout en mobilisant d’anciens bénéficiaires pour transmettre leur vécu et en tirer de précieux enseignements.




