Décès d’Abdelali Benamour, l’économiste qui voulait donner des dents au Conseil de la concurrence

Feu Abdelali Benamour.

Le Maroc perd une figure majeure de son paysage économique et académique. Abdelali Benamour est décédé jeudi 24 septembre à l’âge de 85 ans, laissant derrière lui l’empreinte d’un économiste engagé, dont le parcours a été étroitement lié à l’enseignement, à la réflexion économique et à la défense d’une meilleure régulation de la concurrence.

Le 25/09/2026 à 12h46

Professeur à la faculté des sciences économiques, juridiques et sociales de Casablanca, il avait cette capacité rare à attirer les étudiants bien au-delà des bancs de l’université. Ceux qui ont assisté à ses cours se souviennent d’un amphithéâtre qui affichait complet près d’une heure avant le début de la séance. Il consacrait la première partie du cours à répondre aux questions des étudiants, souvent en les mettant en perspective avec l’actualité économique, politique et sociale. Son enseignement, nourri d’économie mais aussi de débats sur les transformations de la société et du pays, attirait ainsi bien au-delà de son seul auditoire universitaire.

Né en 1941, titulaire d’un doctorat d’État en sciences économiques obtenu à la Sorbonne en 1968, Abdelali Benamour a enseigné à l’Université Mohammed V de Rabat et à l’Université Hassan II de Casablanca de 1966 à 2001. Il a également dirigé l’ISCAE avant de fonder, en 1988, HEM, l’une des principales écoles marocaines de management.

Son parcours ne s’est toutefois jamais limité à l’université et à l’entreprise. Ancien député USFP de Casablanca et conseiller municipal, Benamour s’est également investi dans la société civile. Il fut, de 1995 à 2002, président de l’association Alternatives, dont il est ensuite resté le président fondateur.

Créée comme un espace de réflexion sur les grandes questions politiques, économiques et sociales, Alternatives entendait contribuer au débat public et interpeller les responsables politiques. Sous l’impulsion de Benamour, l’association organisait conférences et rencontres autour de sujets aussi divers que la réforme de la justice, la démocratie, les institutions ou encore le développement économique.

Cette période illustre une constante dans le parcours de Benamour: la conviction que l’économiste ne devait pas rester enfermé dans son champ académique. Il s’est régulièrement impliqué dans les débats portant sur les réformes institutionnelles, la modernisation de l’État et le développement du Maroc. Son engagement au sein d’Alternatives en a fait l’une des voix de la société civile qui cherchaient à peser sur le débat public par la réflexion et la proposition.

Mais c’est également par son passage à la tête du Conseil de la concurrence que son nom restera associé à une étape importante de la construction de la régulation économique au Maroc. Nommé président de l’institution en 2008, il s’est rapidement heurté aux limites d’un Conseil essentiellement consultatif et dépourvu de véritables moyens d’action.

Benamour a alors fait du renforcement des prérogatives du Conseil un véritable combat institutionnel. Il plaidait pour une autorité capable non seulement d’émettre des avis et de réaliser des études, mais aussi de prendre des décisions et de disposer de pouvoirs de sanction et de coercition.

Cette bataille a accompagné la première réforme du cadre légal de la concurrence. La loi 20-13, adoptée en 2014, a notamment renforcé les pouvoirs de l’institution et lui a permis de s’autosaisir de dossiers. Benamour considérait cette évolution comme indispensable pour faire passer le Conseil d’un rôle essentiellement consultatif à celui d’une véritable autorité de régulation.

Avec sa disparition, c’est une personnalité singulière de l’économie marocaine qui s’éteint, mais aussi une voix qui aura longtemps plaidé pour un marché davantage régulé et une concurrence mieux protégée.

Par Wadie El Mouden
Le 25/09/2026 à 12h46