Au Maroc, le secteur de la santé franchit un tournant stratégique majeur avec l’entrée dans une phase décisive du déploiement des Groupements sanitaires territoriaux. Ce chantier vise à revoir en profondeur le système de santé national afin d’accompagner le projet royal de généralisation de la protection sociale. Plus d’un an après le lancement de la première expérience pilote dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, les autorités sanitaires passent à la vitesse supérieure pour universaliser ce modèle sur l’ensemble du territoire, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce mardi 4 août.
Depuis le début du mois d’août, trois nouveaux Groupements sanitaires territoriaux ont pris leurs fonctions effectives dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra, Souss-Massa et Laâyoune-Sakia El Hamra. Cette première vague d’extension marque le début d’un processus accéléré d’autonomisation et de territorialisation des soins. Les préparatifs administratifs, réglementaires et logistiques s’intensifient actuellement pour préparer l’étape suivante, programmée pour le mois de septembre. Au cours de cette échéance-clé, six autres ensembles régionaux viendront renforcer ce réseau: Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Khénifra-Béni Mellal, Marrakech-Safi, Drâa-Tafilalet et Guelmim-Oued Noun. Dans l’attente de la désignation des dirigeants et de la finalisation des détails statutaires pour les régions restantes, notamment Dakhla-Oued Ed-Dahab, l’objectif d’opérationnaliser douze Groupes Sanitaires Territoriaux à l’échelle du Royaume se concrétise rapidement.
À terme, ce maillage permettra de couvrir la totalité des douze régions du pays, offrant ainsi une structure de proximité moderne et homogène. Juridiquement et institutionnellement, cette réorganisation s’appuie sur la loi-cadre n° 08.22 relative aux Groupements sanitaires territoriaux, un texte fondateur qui octroie à ces nouvelles instances une personnalité morale, ainsi qu’une autonomie financière et de gestion élargie. Il s’agit d’une rupture claire avec l’ancien schéma centralisé, jugé rigide et parfois déconnecté des réalités du terrain. Désormais, les Groupes Sanitaires Territoriaux intègrent l’ensemble des établissements publics de santé situés dans leur périmètre géographique, à l’exception des structures militaires, des établissements privés et des bureaux communaux d’hygiène. Leurs prérogatives englobent la gestion directe des hôpitaux, la conduite des programmes de formation continue, l’impulsion de la recherche scientifique et médicale, ainsi que le suivi des politiques publiques de santé au niveau régional, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
L’esprit de cette réforme repose sur une gouvernance renouvelée et davantage axée sur l’efficacité. En dotant les décideurs régionaux de compétences plus larges dans l’allocation des ressources financières et la gestion du capital humain, l’État entend favoriser la prise de décisions rapides, adaptées aux spécificités démographiques et épidémiologiques de chaque région. L’optimisation de la carte sanitaire, le renforcement de la synergie entre les structures de soins primaires et les centres hospitaliers, ainsi que la rationalisation des équipements doivent permettre de réduire significativement les disparités régionales. La finalité ultime réside dans l’amélioration concrète de l’accueil, de la prise en charge et de la qualité des soins dispensés aux usagers.
Néanmoins, la généralisation de ce dispositif s’accompagne d’ajustements nécessaires, comme l’a révélé l’analyse du bilan de la région pilote de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, écrit Al Ahdath Al Maghribia. Cette phase d’expérimentation a mis en évidence plusieurs contraintes pratiques, parmi lesquelles des hésitations sur le partage exact des attributions entre les directions centrales du ministère et les instances régionales créées. De plus, des retards dans la rédaction de certains textes d’application ont été constatés, notamment en ce qui concerne le statut des professionnels de la santé, les régimes d’indemnités d’astreinte et de garde, ainsi que le cadre de la mobilité obligatoire ou volontaire. La réussite globale de cette refonte dépendra donc de la capacité de la tutelle à résoudre rapidement ces dossiers réglementaires et humains, afin de garantir une transition sereine et de remporter le pari d’un système de santé réactif, équitable et performant.




