Architecture, ciblage et impact territorial: comment le programme des Aides sociales directes a redéfini la protection sociale à fin 2025

Espace d'accueil et d'orientation au sein d'une Représentation territoriale de l'Agence nationale du soutien social, dédié au suivi et à l'accompagnement des ménages bénéficiaires.

Au terme de l’année 2025, soit près de deux ans après son lancement, le programme des Aides sociales directes a enregistré des résultats significatifs, tant sur le plan de la couverture sociale que de l’efficacité du ciblage. Avec 51 milliards de dirhams distribués à près de 4 millions de ménages, le dispositif place la protection de l’enfance au cœur de ses priorités, mobilisant plus de 64% des ressources. Au-delà de l’aide financière, le programme entre désormais dans une phase de transformation visant à passer d’un modèle d’assistance à un système d’accompagnement vers l’inclusion productive.

Le 18/06/2026 à 15h21

À fin 2025, le Programme des Aides sociales directes (ASD) a permis le versement cumulé de 51 milliards de dirhams à près de 4 millions de ménages à travers le Royaume, avec une prédominance du milieu rural qui concentre environ 60% des bénéficiaires. Ce dispositif s’inscrit dans une architecture nationale de protection sociale fondée sur la centralisation des données, la généralisation progressive de la couverture sociale et l’harmonisation des mécanismes de ciblage.

Au cœur du programme, la protection de l’enfance constitue l’axe principal d’intervention. Elle mobilise 64,2% des ressources, soit 32,7 milliards de dirhams et bénéficie à environ 5,5 millions d’enfants vivant au sein de 2,45 millions de ménages. Cette composante vise à soutenir les dépenses liées à l’éducation, à la santé et aux besoins essentiels des enfants. Parallèlement, l’aide forfaitaire représente 18,2 milliards de dirhams et concerne environ 1,47 million de ménages.

Le dispositif prend également en compte près de 1,7 million de personnes âgées identifiées au sein des foyers bénéficiaires, traduisant une attention accrue portée aux situations de dépendance et de vulnérabilité liées à l’âge.

Le ciblage repose sur le Registre social unifié (RSU), outil central de collecte et d’analyse des données socio-économiques des ménages. Celui-ci permet d’établir un score de vulnérabilité fondé sur plusieurs critères, notamment les revenus, la composition familiale, les conditions de logement et l’accès aux services essentiels. Les données sont régulièrement actualisées et croisées avec des bases administratives, garantissant une identification standardisée et plus fiable des bénéficiaires.

Les résultats du programme témoignent d’une forte efficacité du ciblage social. Environ 84% des aides sont orientées vers les populations les plus vulnérables, proportion qui atteint 93% pour les aides dédiées à l’enfance. L’aide forfaitaire, quant à elle, touche également des profils plus diversifiés, avec près de 69% de bénéficiaires issus de catégories vulnérables.

Sur le plan territorial, la distribution des aides reflète à la fois la structure démographique du pays et les disparités socio-économiques entre régions. Les régions de Marrakech-Safi (16,1%), Fès-Meknès (15,7%) et Casablanca-Settat (13,7%) concentrent les parts les plus importantes de bénéficiaires.

Toutefois, la nature des aides varie selon les territoires: l’aide forfaitaire est particulièrement présente dans des régions comme Souss-Massa (42,5%), Drâa-Tafilalet (41,3%) et Guelmim-Oued Noun (39,8%), tandis que les aides à la protection de l’enfance dominent dans les zones plus urbanisées telles que Casablanca-Settat (68,9%), Marrakech-Safi (65,4%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (64,6%).

L’évolution du programme est également marquée par une nette amélioration de la recevabilité des demandes, passée de 45,5% lors de son lancement en décembre 2023 à 91,9% à fin 2025. Cette progression s’explique par une meilleure appropriation des procédures par les ménages et par l’amélioration de la qualité des données enregistrées dans le RSU.

Les situations d’inéligibilité restent principalement liées à des changements de situation socio-économique, notamment l’intégration dans un régime d’allocations familiales après évolution professionnelle (42%), le dépassement du seuil de vulnérabilité (19%) ainsi que des modifications dans la composition des ménages.

De l’aide à l’autonomie

Au-delà de sa dimension financière, le programme entre progressivement dans une nouvelle phase centrée sur l’accompagnement vers l’inclusion productive. L’ambition est de passer d’un système d’assistance à un modèle favorisant l’autonomie et l’insertion durable des bénéficiaires. Cette orientation repose sur une approche intégrée combinant soutien financier, suivi individualisé et mobilisation coordonnée des acteurs territoriaux.

Concrètement, l’accompagnement s’organise en plusieurs étapes successives. Il débute par un profilage socio-économique des ménages afin d’établir un diagnostic précis de leur situation. Une analyse territoriale est ensuite réalisée pour relier ces profils aux opportunités locales en matière d’emploi, de formation et de services sociaux. Sur cette base, des parcours individualisés sont co-construits avec un référent social, puis suivis dans la durée afin d’assurer leur mise en œuvre et leur adaptation aux évolutions des situations.

La mise en œuvre mobilise un large éventail d’acteurs institutionnels, notamment les ministères de l’Éducation nationale, de la Santé et de l’Emploi, ainsi que des organismes tels que l’ANAPEC, l’OFPPT, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), l’Entraide nationale et les autorités locales. Cette coordination vise à renforcer la cohérence des interventions publiques autour des besoins des ménages.

Le déploiement opérationnel repose sur les Représentations territoriales de l’Agence (RT), qui assurent une mise en œuvre de proximité et une meilleure adaptation aux réalités locales.

Ces structures ont pour vocation de répondre au plus près aux besoins réels des bénéficiaires, de permettre une lecture fine des spécificités locales et d’intégrer ces dernières dans les mécanismes d’intervention.

Une mise en œuvre adaptée aux réalités locales

À ce titre, l’Agence nationale du soutien social (ANSS) déploie, au niveau de la Représentation territoriale pilote d’El Jadida, une démarche expérimentale visant la mise en place d’un programme de soutien complémentaire aux transferts monétaires. Cette initiative permet de tester de nouvelles modalités d’accompagnement, au-delà de l’aide financière directe.

Plus largement, les Représentations territoriales ont pour mission d’adapter l’action publique aux réalités du terrain, en améliorant la compréhension des contextes locaux et en ajustant les interventions en conséquence. Elles constituent ainsi un levier essentiel d’ancrage territorial du programme.

Dans cette perspective, la création des RT poursuit quatre objectifs principaux. Le premier est l’humanisation des ASD, en combinant outils numériques et présence sur le terrain. Cela permet de dépasser les limites d’une gestion entièrement dématérialisée, de renforcer la confiance avec les bénéficiaires et de garantir un accès plus simple et fiable à l’information.

Le deuxième est la proximité géographique, visant à adapter les interventions aux spécificités locales, réduire les inégalités d’accès aux services sociaux et renforcer l’ancrage du service public à l’échelle territoriale.

Le troisième objectif concerne la prévention, en approfondissant la connaissance des situations sociales afin d’éviter les basculements vers la précarité et d’accompagner les ménages engagés dans des parcours d’autonomisation. Enfin, le quatrième objectif porte sur l’impact, avec la volonté d’identifier les leviers les plus efficaces pour briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle et mesurer concrètement l’évolution des situations des bénéficiaires.

L’implantation des Représentations territoriales repose sur une analyse multicritère intégrant la couverture du programme, les conditions de vie, les indicateurs sociaux (santé, éducation) ainsi que la situation économique et l’emploi dans chaque territoire. Cette approche permet un déploiement plus fin et mieux adapté aux réalités locales.

À travers ce dispositif, l’Agence nationale du soutien social (ANSS) ambitionne de faire des Aides sociales directes non seulement un mécanisme de protection, mais aussi un véritable levier de développement territorial intégré, en cohérence avec les Hautes orientations royales appelant à des politiques sociales plus inclusives, efficaces et ancrées dans les réalités locales.

Par La Rédaction
Le 18/06/2026 à 15h21