Aucune instruction officielle émanant du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, n’a restreint jusqu’ici la liberté d’action des formations politiques dans le cadre de la campagne électorale. Aucune circulaire, aucune décision publiée au Bulletin officiel n’interdit, en effet, aux partis d’organiser des banquets, de parrainer des spectacles ou de financer des manifestations culturelles. Pas plus qu’elle ne régule la tenue des saisons équestres de Tbourida ou la distribution d’aides sociales telles que les paniers de Ramadan ou les moutons de l’Aïd al-Adha destinés aux nécessiteux.
«Dans l’enceinte parlementaire, plusieurs députés confient, sous couvert de l’anonymat, travailler en toute sérénité à la préservation de leur siège en vue du scrutin du 23 septembre», rapporte Assabah dans son édition du lundi 1er juin. À les entendre, aucun texte juridique ne leur interdit de présider des manifestations artistiques, cinématographiques ou équestres qu’ils ont coutume d’organiser chaque année. Ces mêmes parlementaires, également maires ou conseillers élus, soulignent avoir récemment accueilli des ministres lors de salons agricoles et artisanaux, et avoir octroyé des aides directes aux populations défavorisées, qu’il s’agisse du panier de Ramadan ou du mouton du sacrifice.
D’autres évoquent plus volontiers leurs interventions discrètes, mais concrètes: obtenir une chambre universitaire pour un futur étudiant, décrocher une bourse d’études, faciliter l’obtention d’un lit d’hôpital ou participer au relogement d’habitants de bidonvilles. Autant de gestes de proximité qui, en l’absence de toute entrave légale, leur permettent d’agir comme ils l’entendent pour convaincre des milliers d’électeurs de se rendre aux urnes.
Dans ce contexte, les élus locaux candidats à un mandat national encouragent activement les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales, palliant ainsi l’échec apparent des campagnes médiatiques menées par les partis politiques. «De ce fait, la plupart des formations, de la majorité comme de l’opposition, ont organisé des rassemblements dans plusieurs provinces en présence de leurs dirigeants. Lors de ces meetings, notables et acteurs électoraux se sont livrés à une surenchère de banquets, sollicitant traiteurs et troupes de chanteurs populaires pour animer la saison électorale», écrit Assabah.
Des dirigeants politiques ont même été aperçus dansant au rythme des musiques traditionnelles, voire participant à des carnavals relevant du patrimoine immatériel. Ces manifestations ont toutefois connu de profondes transformations sous l’influence d’associations locales, qui ont recruté des centaines de jeunes chômeurs afin de dynamiser les campagnes électorales.




