Affaire «Ecobar du Sahara»: les accusés s’en remettent à la justice, le verdict imminent

Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca et Abdenbi Bioui, ancien président du Conseil de la région de l’Oriental.

Le procès historique dit «Ecobar du Sahara» touche à sa fin. Après plus de deux ans et demi d’un feuilleton judiciaire, la Chambre criminelle de Casablanca a mis l’affaire en délibéré ce jeudi 25 juin. Alors que le verdict est attendu dans les prochaines heures, les principaux accusés, dont l’ex-patron du Wydad Saïd Naciri, ont clamé une dernière fois leur innocence et s’en remettent désormais à l’équité de la justice. Ambiance.

Le 25/06/2026 à 13h47

La Chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca a clos les débats dans l’affaire «Ecobar du Sahara», mettant ainsi fin à l’un des procès les plus retentissants de l’histoire judiciaire marocaine moderne. Après plus de deux ans et demi d’un véritable marathon judiciaire, le président de l’audience a décidé de mettre le dossier en délibéré. Le verdict en première instance est attendu dans les prochaines heures.

Ce jeudi 25 juin au matin, la salle numéro 8 de la Cour d’appel de Casablanca a été le théâtre d’une affluence exceptionnelle. Les familles, les proches et les curieux ont pris d’assaut l’espace. Tous les regards étaient rivés vers le box des accusés en verre opaque, blanchi pour masquer la vue, à l’exception de quelques petites fentes transparentes à travers lesquelles les familles tentaient d’échanger des regards et des salutations silencieuses avec les détenus de la prison de Oukacha.

À dix heures précises, la cloche du tribunal a retenti pour annoncer l’entrée du corps magistral présidé par le juge Ali Torchi. Ce dernier a immédiatement ouvert la séance en conviant les prévenus à livrer leur ultime déclaration, une formalité légale qui précède le retrait de la cour pour la délibération.

Le baroud d’honneur de Saïd Naciri

Sur les vingt-huit accusés poursuivis dans ce dossier, seuls neuf ont choisi de prendre la parole, tandis que les autres se sont contentés de faire des signes de la main depuis leur box pour signifier qu’ils s’en remettaient aux plaidoiries de leurs avocats. Parmi les interventions les plus attendues figurait celle de Saïd Naciri, l’ancien président du club du Wydad de Casablanca et figure politique de premier plan.

Armé d’une liasse de documents, Saïd Naciri a obtenu une dérogation de cinq minutes de la part du président pour apporter de nouveaux éléments. D’un ton calme mais ferme, il a rejeté en bloc l’ensemble des chefs d’inculpation. Concernant la villa située dans le quartier California, que le baron de la drogue malien l’accuse d’avoir spoliée, l’élu s’est indigné en demandant comment il pouvait être concevable que ses propres enfants y résident encore, et qu’il y ait investi une fortune pour sa rénovation, si elle ne lui appartenait pas. Pour appuyer ses dires, il a soumis à la Cour un acte d’achat ainsi qu’une correspondance adressée à la Société Régionale Multi-services prouvant que les abonnements d’eau et d’électricité sont bien enregistrés à son nom. En conclusion, changeant de tonalité pour s’adapter à la solennité du moment, il s’est tourné vers le président de l’audience en implorant l’honorable cour de faire preuve de clémence et d’équité.

Dans le même élan, Abdenbi Bioui, chef d’entreprise également poursuivi dans cette affaire, a nié tout lien avec le trafic international de stupéfiants. Il a notamment affirmé que le camion saisi par les autorités n’avait aucun rapport avec la flotte logistique exploitée par le trafiquant malien.

De son côté, la notaire impliquée a défendu avec vigueur la régularité des actes juridiques qu’elle a rédigés.

Avant de se retirer, le juge Ali Torchi a officiellement annoncé que le dossier était mis en délibéré et que les jugements seraient prononcés à la fin de cette même journée. Cette décision fait suite à une audience précédente, tenue le jeudi 18 juin, durant laquelle la défense avait livré des plaidoiries pour réclamer l’acquittement général, accusant le baron Ahmed Ben Brahim de vouloir se venger en citant des noms sans preuve matérielle.

À l’inverse, le représentant du ministère public avait requis les peines maximales, estimant que les expertises techniques et les éléments du dossier confirmaient l’implication des prévenus dans des faits de trafic international, de falsification et de spoliation immobilière.

Chronologie d’un séisme

L’affaire a secoué l’opinion publique nationale dès son déclenchement et s’est articulée autour de plusieurs étapes clés.

L’affaire a éclaté à la fin de l’année 2023 à la suite de révélations journalistiques publiées par le magazine français Jeune Afrique. Ces investigations ont mis en lumière les ramifications d’un vaste réseau dirigé par le Malien Haj Ahmed Ben Brahim, incarcéré au Maroc depuis 2019. Depuis sa cellule, ce dernier a formulé des accusations directes contre des personnalités marocaines influentes, les accusant d’avoir profité de son arrestation à l’aéroport Mohammed V de Casablanca pour s’accaparer ses biens immobiliers et sa fortune.

L’appareil judiciaire s’est alors activé à un rythme soutenu, provoquant un véritable séisme politique et sécuritaire. En décembre 2023, le Bureau central d’investigations judiciaires a procédé à l’interpellation de vingt-cinq suspects, parmi lesquels Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, qui ont tous été placés en détention préventive à la prison de Oukacha.

Au début de l’année 2024, le juge d’instruction de la troisième chambre, Oussama Rachid, a mené des interrogatoires approfondis afin de décortiquer les rouages du réseau et d’examiner les soupçons de blanchiment d’argent, de falsification de documents officiels et de facilitation du transport de la drogue. Les premières audiences publiques ont débuté en mai 2024 devant la Chambre criminelle, suscitant un intérêt médiatique exceptionnel.

À la fin de l’année 2024, la bataille s’est déplacée sur le terrain du droit, la défense soulevant de nombreux vices de forme et contestant la légitimité des procès-verbaux de la police judiciaire en raison de manquements procéduraux et de l’absence de saisies matérielles. Le procès a atteint son paroxysme au printemps 2026 avec le réquisitoire ferme du parquet et les dernières plaidoiries de la défense, menant à l’audience cruciale de ce jour où les juges se sont retirés pour rendre leur verdict final.

Par Miloud Shelh
Le 25/06/2026 à 13h47