Tribune. Adresse à madame la Cheffe de gouvernement: faites de la jeunesse une cause nationale

Ahmed Ghayet, acteur associatif et culturel et président de l’association Marocains Pluriels.

TribuneNous avons la chance d’avoir une jeunesse magnifique, résiliente, innovante, volontaire... Ce n’est pas à la maire de Marrakech que vous étiez que je vais apprendre que notre jeunesse est trop souvent laissée face à elle-même, tant sur le terrain, dans la vie au quotidien, que sur les réseaux sociaux. Par Ahmed Ghayet, acteur associatif et culturel, président de Marocains Pluriels.

Le 02/10/2026 à 09h50

J’ai salué votre nomination avec beaucoup de sincérité et d’enthousiasme. Je pense que le Maroc vient de franchir un cap en mettant une femme à la tête du gouvernement. Bien sûr j’entends ceux qui disent que le genre ne fait pas tout, oui bien évidemment… Mais tout de même, une femme n’est pas cheffe d’entreprise comme l’est un homme, une femme n’est pas ministre comme l’est un homme, une femme n’est pas leader comme un homme peut l’être…

L’un des buts de mon message est bien sûr de vous féliciter, de vous souhaiter bon courage et bonne chance, pour nous tous, je sais que vous bénéficierez du soutien bienveillant de Sa Majesté, Lui qui a toujours été à l’avant-garde des grands changements dans notre Pays. Nommer une femme Cheffe de Gouvernement n’est pas un geste anodin…

Sensibilité différente donc, approche différente, sens du contact humain différent… Peut-être le fait qu’une femme donne la vie influe-t-il sur sa vision de la jeunesse, de l’enfance…

Nous tenons là, je le crois, une véritable opportunité pour changer de paradigme.

Je sais par des amis communs que vous êtes sensible à la cause de la jeunesse, et je tenais à m’adresser à vous, Madame, depuis la place qui est la mienne: celle d’un acteur associatif et culturel, celle d’un homme de terrain. Je suis persuadé que si nous savons inclure notre jeunesse, elle sera un accélérateur, un moteur, et que si au contraire nous la laissons aux marges, elle sera un caillou dans la chaussure de notre développement!

Nous avons la chance d’avoir une jeunesse magnifique, résiliente, innovante, volontaire… Ce n’est pas à la maire de Marrakech que vous étiez que je vais apprendre que notre jeunesse est trop souvent laissée face à elle-même, tant sur le terrain, dans la vie au quotidien, que sur les réseaux sociaux.

Nos jeunes sont toujours entre eux, personne ne s’adresse à eux, aucune parole porteuse, respectueuse, digne, ne leur est adressée venue de nos hommes et femmes politiques…

Comment auraient-ils pu se rendre aux urnes dès l’instant où personne ne les a pris en considération?

Le silence de la jeunesse lors des rendez-vous électoraux n’est évidemment pas l’apanage de notre Nation, mais chez nous il a une signification particulière car nous sommes un pays jeune. Transposons cela à la dimension d’une famille: imaginons des parents qui font appel à leurs enfants au moment de prendre de grandes décisions: achat d’une voiture, décision concernant les études, attitude vis-à-vis d’un problème interne ou externe… Et qu’à ce moment-là les enfants leur répondent: «nous n’en avons rien à faire, faites ce que vous voulez, cela ne nous concerne pas…»

Alors la famille n’aura plus ni cohésion, ni unité, ni avenir commun… N’en sommes-nous pas là?

Le risque est grand en effet que nous passions à côté de notre jeunesse… Elle se fait sa société a part, ses valeurs à part, ses rêves à part, mais aussi ses désespoirs à part.

Je ne vais pas épiloguer sur l’épisode douloureux de Fnideq, juste parce ce que je suis au contact des générations actuelles, au quotidien, je peux dire que certains de nos jeunes –parce qu’ils sont au bout du bout– cherchent une issue de secours, et que Fnideq a pu leur sembler être cette voie, qui est bien évidemment sans issue…

Pour conclure, Madame la Cheffe de Gouvernement, je vous prie avec beaucoup de respect, de faire de nos jeunes une cause nationale. Prenez les meilleurs d’entre vous, dans votre propre parti, dans ceux avec qui vous gouvernerez, celles et ceux qui auront cette cause chevillée au cœur et au corps pour la prendre à bras le corps… Il n’en manque pas.

Un début de mandat où vous communiqueriez avec cette jeunesse, une décision créant un département ministériel consacré à l’engagement citoyen, au bénévolat, à la vie associative, aux initiatives de la jeunesse (il n’y en a jamais eu), sonneraient comme des signaux forts… Car précisément la jeunesse mérite une attention transversale et qu’elle trouverait là l’interlocuteur et le chef d’orchestre dont elle a tant besoin…

Merci, Madame la Cheffe de Gouvernement, de faire que notre jeunesse soit jeune avant que d’être vieille.

Par Ahmed Ghayet
Le 02/10/2026 à 09h50