Tribune. Quand mon plaidoyer et celui de Jean-Louis Borloo se rejoignent

Ahmed Ghayet.. Brahim Taougar le360

Face aux défis de l’exclusion et aux millions de jeunes hors du système au Maroc comme en France, les constats se croisent. Ahmed Ghayet, membre du réseau Alliage (alliage.net), acteur associatif et culturel, auteur, met en miroir son combat avec les récentes prises de position de Jean-Louis Borloo. Un plaidoyer vibrant pour replacer la jeunesse, les associations et le sport au cœur des priorités nationales.

Le 09/09/2026 à 15h59

Depuis des mois, des années, je m’efforce de plaider pour que nous fassions de notre jeunesse une cause nationale. De tribunes en ouvrages (De l’autre côté du soleil, Mots pour Maux, Demain sera eux, Des jeunes, des cris) ou encore au sein de l’association que je préside Marocains Pluriels, je n’ai cessé de plaider cette cause…

Dernièrement, j’ai été interpellé par une déclaration de Jean-Louis Borloo, pour moi le plus grand expert français en matière de quartiers défavorisés, de jeunesse, de lutte contre l’exclusion, qui disait: «Faire de notre jeunesse la priorité nationale devrait être notre plus grande ambition».

Voir que mes idées, mes propositions étaient alignées avec celles de JL Borloo – qui maîtrise avec tant de brio ce sujet – m’a rempli de fierté et donné l’envie de développer un plaidoyer semblable, en tant qu’acteur associatif et culturel, homme de terrain… depuis tant d’années…

Jean-Louis Borloo écrit: «1,5 million de jeunes ne sont pas dans le train sur 8 millions. Il est grand temps de réparer la France avec l’aide des mécanos de la République».

Et bien nous sommes dans une situation très semblable: au Maroc, nous comptons environ 2,94 millions de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation, et ce chiffre concerne principalement les jeunes de 15 à 29 ans.

Faire de notre jeunesse une cause nationale ne peut être la mission d’un seul ministère, TOUS les ministères sont concernés: éducation, emploi, santé, culture, sport, formation, justice… TOUS!

Mais, car il y a un MAIS, la lutte contre l’exclusion est aussi l’affaire des élus, élus locaux, régionaux, parlementaires – largement absents – mais là encore, pas seulement.

Jean-Louis Borloo quant à lui dit: «Faire de la place des jeunes une grande cause nationale, notamment en s’appuyant sur les clubs sportifs et les territoires. Ce doit être un travail d’équipe: fédérer des talents de la société civile, des entreprises et du terrain.»

À nouveau je le rejoins entièrement: j’ajouterais seulement le rôle des associations locales qui agissent au plus près des habitants, et en particulier des jeunes. C’est dans les clubs sportifs, dans les associations que notre jeunesse apprend le respect, l’entraide, le goût de l’effort, l’autorité, la maîtrise de soi, le sens des responsabilités et de l’engagement. Ces compétences humaines qui permettent à chaque jeune de reprendre confiance en lui et de trouver sa voie.

Or les clubs sportifs de nos communes, de nos villes, de nos quartiers, ainsi que les associations de jeunes sont les parents pauvres de tous nos budgets nationaux, régionaux, locaux, lorsqu’ils ne sont pas carrément ignorés.

«Faire de la place des jeunes une grande cause nationale. Ce doit être un travail d’équipe: fédérer des talents de la société civile, des entreprises et du terrain»

Jean-Louis Borloo rend un hommage ô combien mérité aux 3,5 millions de bénévoles qui œuvrent en France.

Relisez mes tribunes, j’y consacre des pages et des pages à célébrer les acteurs associatifs, culturels, les médiateurs, les entraineurs sportifs, qui consacrent leur temps, leur énergie, souvent même leur argent à «encadrer» notre jeunesse. C’est une force considérable estimée à plus de 500.000 personnes au Maroc, et qui doit être absolument impliquée dans la politique qu’il nous reste à définir et à mettre enfin en pratique en direction de nos jeunes.

Pour Jean-Louis Borloo, le sport transmet aux jeunes le respect, l’entraide, l’autorité et le sens de l’engagement.

Il souhaite renforcer le rôle des clubs et des éducateurs, au plus près des communes et des quartiers.

Je plaide pour que les acteurs associatifs, culturels, les animateurs sportifs, les animateurs de quartiers deviennent les co-gestionnaires des Maisons de Jeunes et des terrains de sport de proximité, au lieu de les confier à des fonctionnaires communaux en fin de carrière pour les premières et aux présidents de communes pour les seconds.

Au sujet des scènes de violences qui se répètent après certains matchs, JL Borloo affirme bien sûr qu’elles sont inadmissibles, mais qu’elles traduisent une réalité: une partie de la jeunesse tente d’exister à travers ces débordements.

Là aussi je le rejoins totalement, les clubs d’ultras sont devenus chez nous des sortes de tribus, de familles, où nos jeunes trouvent une identité commune, des codes collectifs, un exutoire qui leur permet de s’exprimer, de se montrer, d’exister et pour une fois d’être pris en compte!

D’être des bnedems, certes négatifs mais bnedems quand même!

Écoutez les paroles de leurs chansons, regardez leurs tifos, vous verrez à quel point nos jeunes sont bourrés de talent, d’inventivité, d’énergie, d’enthousiasme…

Imaginez si nous arrivions à faire en sorte que nos jeunes soient inclus dans une démarche constructive. Nos «mécanos» sont à portée de main, capables de réparer l’insertion sociale, de remettre en marche l’ensemble de la jeunesse reléguée, de contribuer à réparer le Maroc à deux vitesses…

En guise de conclusion de ce plaidoyer à quatre mains, je cite la phrase de conclusion de Jean-Louis Borloo: «La jeunesse peut produire le pire comme le meilleur» que j’ai de mon côté résumé il y a déjà longtemps: «Si nous réussissons à inclure notre jeunesse, elle sera un extraordinaire accélérateur de notre progrès, dans le cas contraire elle sera un caillou dans le soulier du progrès…»

Par Ahmed Ghayet
Le 09/09/2026 à 15h59