Tribune. Une jeunesse se cherche, des politiques se perdent…

Ahmed Ghayet. Brahim Taougar le360

Tribune«Je rouille plus vite que le banc sur lequel je suis assis». Ce cri du cœur d’un jeune de Sidi Moumen résume à lui seul l’urgence de la situation. Alors que la jeunesse marocaine regorge de talents et d’ambitions, elle se heurte à des politiques absents, dépassés et, surtout, trop occupés à poursuivre leurs intérêts au lieu de servir l’intérêt général. Il est grand temps de rompre avec cette médiocrité. Une tribune d’Ahmed Ghayet, auteur, acteur associatif et culturel.

Le 26/08/2026 à 18h38

Une partie de nos jeunes se noie dans la mer, pendant ce temps une partie de nos politiques se noie dans la médiocrité.

Certes pas tous, mettre tout le monde dans le même sac reviendrait à faire le lit des extrêmes, mais avouons que notre jeunesse – tout comme nous tous d’ailleurs – est en droit d’attendre le meilleur de ceux qui ont pour mission de voter les lois, proposer des solutions, être au plus près des préoccupations de la population pour y répondre.

Une partie de notre jeunesse pense trouver mieux ailleurs, une autre partie se bat avec courage pour s’en sortir – et Dieu merci les talents, les énergies et les volontés ne manquent pas en eux, qui leur permettent de réussir.

En face?

Malheureusement des acteurs politiques déconnectés et souvent nombrilistes.

Sincèrement croyez-vous que ce soit ainsi que nous pousserons nos jeunes à voter: chaque année nous sommes un certain nombre d’associations et de personnes à faire campagne pour les inciter à mettre leur bulletin dans l’urne… Me croirez-vous si je vous dis que nous hésitions à le faire cette année tellement nous avons honte du spectacle offert.

Honte pour notre Pays en premier lieu qui mérite autre chose qu’une cour de récréation pour seule scène politique, honte pour notre jeunesse qui ne voit rien venir qu’un océan de promesses non tenues dans lequel ils sont des naufragés.

Honte de ces politiques qui ne sont à la hauteur ni de notre Nation - et de ce qu’elle représente à l’international grâce à la vision et aux efforts inlassables de notre Roi - ni à la hauteur des attentes et des espoirs des nouvelles générations, ni à la hauteur des défis du monde actuel où les guerres, les enjeux de 2030, les ennemis de notre intégrité… sont aux aguets.

Pour l’instant qui peut trouver la moindre trace de proposition, d’idée, de solution dans la bouche de nos politiques?

J’ai assisté à une scène hallucinante: un homme politique s’est retrouvé face à un petit groupe de jeunes et l’un d’entre eux a pris la parole et bien croyez-moi le député censé représenter le peuple ne comprenait pas la moitié de ce que lui disait ce jeune s’exprimant dans une darija très actuelle!

Les jeunes veulent vivre leur jeunesse, vivre leur vie et non pas la subir, or ils ont évolué sans nous et aujourd’hui les politiques qui se sont désintéressés d’eux depuis si longtemps se prennent leur changement en pleine figure!

Notre jeunesse est en pleine mutation, elle est à la fois consciente de ses capacités, de ses désirs et en même temps consciente que nos politiques ne lui accordent ni l’attention ni la confiance qu’elle mérite.

Le seul qui s’exprime avec une vraie vision sur le Maroc dans lequel nos jeunes veulent vivre, est Sa Majesté le Roi, mais sur le terrain combien d’élus sont aux abonnés absents…

Permettez-moi de vous donner un aperçu du vécu de nos jeunes: comment pourrais-je oublier cette phrase que m’a rétorquée un jeune de 20 ans originaire de Sidi Moumen: «je rouille plus vite que le banc sur lequel je suis assis». Terrible phrase.

Dimanche dernier j’étais au quartier Lissasfa à Casa, en plein mois d’août, un après-midi de forte chaleur, des centaines d’ados «tuaient le temps (là aussi une phrase terrible) fi rass derb», alors que la Maison de Jeunes du quartier était fermée ainsi que le terrain de sport de proximité!

C’est là que nous sommes en train de passer à côté de notre jeunesse… Or qui a pour mission de lui répondre, quant à ses attentes, ses besoins, ses espoirs, ses ambitions… qui, sinon les politiques.

Certes nous ne sommes pas les seuls, regardez la classe politique française…

L’heure est à la mobilisation, à l’innovation, à l’esprit d’initiative, aux réponses courageuses et novatrices… où les trouver? Dans quel discours, dans quel programme, dans quel tract ou affiche politique?

Le Maroc a une ambition, notre Roi a une ambition, nos jeunes ont des ambitions… notre classe politique doit nous faire connaître la sienne.

Et encore une fois je ne suis certainement pas celui qui dira «tous pourris» loin de là, je sais reconnaitre l’intégrité et le travail…

L’intérêt général est la mission suprême d’un politique, l’intérêt personnel n’a pas sa place lorsqu’il s’agit de l’avenir de nos jeunes et donc de notre pays. Le pire n’est jamais sûr et il existe dans notre pays, Dieu merci, des femmes et des hommes de qualité, hélas ils répugnent à s’engager en politique… Il nous faut absolument un sursaut qualitatif, car c’est de cela qu’il s’agit ici, d’un appel au sursaut.

il y a urgence, car une jeunesse tout entière attend: l’issue est dans le choix de leurs candidats que feront nos partis, nous ne pouvons plus vivre «un jour sans fin».

Les jeunes n’ont certes pas toujours raison, mais ceux qui les négligent ont toujours tort.

Par Ahmed Ghayet
Le 26/08/2026 à 18h38