Rachid Labker: les Marocains ont besoin de réalisme et de renouveau

Une jeune Marocaine glisse son bulletin de vote dans l'urne, lors des élections législatives de 2016. 

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Revue de presseFace à des échéances électorales déterminantes sur les plans national et international, le politologue Rachid Labker analyse les réformes juridiques en cours, décrypte les défis de la participation des électeurs et invite les formations politiques à dépasser les discours populistes pour restaurer le lien de confiance avec les Marocains. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 13/09/2026 à 18h04

À l’approche des prochaines échéances électorales, le débat politique au Maroc s’articule autour de multiples défis institutionnels, socio-économiques et géostratégiques qui exigent une remise en question profonde des pratiques partisanes. Dans un entretien accordé au quotidien Al Ahdath Al Maghribia et publié dans son édition du lundi 14 septembre, l’universitaire et politologue Rachid Labker, enseignant à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, souligne que le contexte électoral actuel intervient dans le cadre d’un nouveau paysage législatif enrichi par des réformes notables destinées à consolider la probité, la transparence et l’intégrité du processus électoral. Parmi ces avancées juridiques, il mentionne la loi organique numéro 27.11 relative aux partis politiques, la loi régissant la Chambre des représentants, ainsi que l’encadrement strict du financement des campagnes électorales et la lutte contre les pratiques frauduleuses, des mesures visant à réduire la marge d’erreur et à garantir la sincérité des urnes. Il évoque également les incitations favorisant l’implication des jeunes de moins de trente-cinq ans dans la course électorale en dehors des logiques d’accréditation partisane contraignantes.

Au-delà du cadre strictement technique et juridique, Rachid Labker rappelle que ces élections se déroulent dans une conjoncture régionale et internationale particulièrement dense, marquée par les tensions géopolitiques persistantes entre les États-Unis et l’Iran, les soubresauts au Moyen-Orient et les développements diplomatiques majeurs concernant la question de l’intégrité territoriale du Royaume, notamment à travers les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et les positions claires exprimées par des partenaires internationaux de premier plan comme l’Espagne, la France et les États-Unis. Sur le plan interne, le pays se prépare à des échéances exécutives déterminantes, portées par l’organisation de grands événements d’envergure mondiale tels que la Coupe du monde 2030, tout en devant faire face à des dossiers socio-économiques urgents liés à l’emploi, à la pauvreté, au dialogue social, à l’éducation et à la santé, ce qui confère à ce scrutin une dimension stratégique majeure bien loin d’une simple routine administrative, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.

Abordant la question cruciale de la participation politique et de la hantise du boycott, le politologue analyse la réticence d’une partie des citoyens non pas comme une simple indifférence passive, mais comme le symptôme direct d’un affaiblissement du discours politique et d’une érosion manifeste de la confiance envers les acteurs partisans. Il affirme avec force qu’il est impossible de tabler sur un «discours populiste» qui méprise l’intelligence du citoyen pour tenter de remédier à ce fossé de défiance, insistant sur le fait que le corps électoral marocain exprime aujourd’hui un besoin impérieux de clarté, de vérité et de solutions concrètes par le biais d’un «discours réaliste». Selon lui, la faiblesse de l’interaction sur les plateformes de réseaux sociaux traduit cette distance quotidienne entre les états d’âme de la population et des formations politiques parfois déconnectées de la réalité du terrain.

S’intéressant plus spécifiquement à la dimension numérique des campagnes, Rachid Labker observe que si certains partis s’efforcent de proposer un contenu qualitatif, structuré et fondé sur une appropriation réfléchie des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle, d’autres se contentent d’une présence superficielle qui ne parvient ni à susciter l’intérêt ni à convaincre les électeurs. Il rappelle que la valeur d’une formation politique ne se mesure pas à l’aune de l’agitation virtuelle ou du volume de publications sur la Toile, mais à la capacité de ses représentants à transformer un programme théorique en un projet lisible et applicable.

Cette dynamique de rénovation institutionnelle et partisane ne saurait faire l’impasse sur la promotion effective de la représentation des femmes dans les instances régionales et nationales, un enjeu sur lequel Rachid Labker attire l’attention pour souligner que la transition démocratique requiert une participation plurielle, paritaire et pleinement intégrée au sein du tissu social et politique du pays. Face à l’ensemble de ces défis, le politologue conclut que la réhabilitation de l’action publique passe impérativement par l’abandon des pratiques surannées et par l’adoption d’un langage de vérité capable de réconcilier les Marocains avec les urnes.

Par La Rédaction
Le 13/09/2026 à 18h04