Parlement: quelle opposition pour le gouvernement El Othmani?

Yassine Toumi

Avec une majorité à six partis politiques, Saâd-Eddine El Othmani réduit presque à néant l’opposition au Parlement. Le PAM devra faire cavalier seul à condition de savoir s’y prendre. Eclairage.

Le 28/03/2017 à 15h05

En élargissant sa majorité à six partis politiques (PJD, RNI, UC, USFP, MP et PPS), Saâd-Eddine El Othmani, chef de gouvernement désigné, a conclu un bon deal en ce sens qu’il disposera d’une majorité confortable au Parlement.

Mais ce deal comporte d’autres risques dont le plus grand serait de réduire l’opposition à néant.

Le PAM contre le reste de l’Hémicycle

Le PAM, avec ses 102 députés, ne saurait à lui seul tenir tête à El Othmani et à l’armée d’élus de sa majorité (240 sur 395).

Et encore, comme l’admet une source PAMiste, l’écrasante majorité des élus du Tracteur n’est ni rôdée aux joutes verbales, ni portée, de par le profil de ceux et celles qui composent le groupe (les deux tiers en sont à leur tout premier mandat), sur les débats de fond.

A l’Istiqlal, autre parti resté en dehors de la majorité, la direction avait promis de soutenir le futur gouvernement. Et, à moins d’un changement de cap lors du prochain congrès prévu fin avril-début mai, les Istiqlaliens devraient tenir parole.

En plus du PAM donc, seuls les deux élus de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) pourraient donner de la voix.

«Oui, il y a ce risque de trop affaiblir l’opposition alors que son rôle et ses droits ont été inscrits dans la Constitution», admet un dirigeant du PJD.

La deuxième chambre à la rescousse

La Chambre des représentants «pacifiée», le gouvernement El Othmani devra toutefois compter avec une Chambre des conseillers agressive depuis quelques années.

Dans cette Chambre, dont le nombre de conseillers a été réduit de 270 à 120 en 2015, le PJD a réussit une petite percée, mais le PAM (qui en assure la présidence) y reste très influent.

De ce fait, la véritable opposition dans cette Chambre sera le fait du PAM, des syndicats (UMT et CDT essentiellement), mais aussi du groupe CGEM. Ces dernières composantes pourraient très bien animer le débat concernant les volets économiques et sociaux. Et surtout mener la vie dure à Saâd-Eddine El Othmani lors des séances mensuelles consacrées aux politiques générales du gouvernement.

Une opposition au sein de la… majorité?

On se souvient des différends qui opposaient le parti de l’Istiqlal et Abdelilah Benkirane et qui avaient poussé le parti de la Balance à claquer la porte du gouvernement en mai 2013. Et on se souvient aussi, par la suite, de quelques violents échanges entre le chef du gouvernement sortant et des ministres RNI.

Avec El Othmani, qui s’adosse à une majorité de six partis au lieu de quatre, rien ne met le prochain Exécutif à l’abri de graves dissensions en interne.

«Il est vrai que des divergences de vues pourraient surgir entre les six composantes de la future majorité», admet un ex-ministre PJDiste du gouvernement sortant.

Ces divergences pourraient surgir entre le PJD et le RNI-UC lors du choix des grandes orientations stratégiques ou alors entre le PJD et l’USFP-PPS concernant des aspects d’ordre sociétal et idéologique, à condition bien sûr (et ce n’est pas gagné) que les camarades de Benabdallah et Lachgar, qui se revendiquent d’un référentiel de gauche moderniste, puissent rester fidèles à un «minimum syndical»… Manière par exemple pour le PPS de continuer à se targuer d'apporter un brin de rationalité au gouvernement mené par les islamistes (comme il l'avait affirmé au tout début du gouvernement Benkirane) ou alors, pour les socialistes de Driss Lachgar de faire leur, la revendication de l'égalité hommes-femmes en matière d'héritage.

Par Rahim Sefrioui
Le 28/03/2017 à 15h05