PAM, Istiqlal, PPS: ce que proposent les partis pour résorber le décrochage des NEET

Une foule de jeunes Marocains lors d'un rassemblement en plein air. (Photo d'illustration)

À l’approche des élections législatives, la question des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) revient comme un leitmotiv. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) chiffre à plus d’1,5 million le nombre de jeunes Marocains (15 à 24 ans) concernés par ce phénomène, voire 2,9 millions si l’on élargit la tranche d’âge de 15 à 29 ans. Trois partis parmi les plus actifs sur ce terrain, le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal et le PPS, ont détaillé, chacun dans son programme électoral, une série de mesures censées inverser la tendance. Tour d’horizon de ce qu’ils mettent concrètement sur la table.

Le 10/09/2026 à 10h12

Les trois formations partent du constat que l’ampleur du phénomène NEET traduit un défaut d’articulation entre l’école, la formation professionnelle et le marché du travail. Le PPS documente précisément ce diagnostic dans son programme: plus d’1,5 million de jeunes Marocains (15 à 24 ans) concernés, un taux de chômage national dépassant 13% fin 2025, un taux de 37% chez les 15-24 ans et un manque à gagner économique et social lié aux NEET estimé à 115 milliards de dirhams en 2019. Le parti y voit un «risque majeur pour la stabilité sociale et pour la pérennité du projet de développement national».

Que propose donc le PAM?

Le PAM inscrit la question dans un diagnostic plus général sur le pouvoir d’achat et la persistance du chômage des jeunes. Dans son communiqué de présentation, il en fait une catégorie cible de son programme, intitulé «Pacte de l’intégration des jeunes».

Ce pacte, doté d’une enveloppe budgétaire de 50 milliards de dirhams sur les 350 milliards de dirhams que représente l’ensemble du programme, comporte cinq engagements. Le premier d’entre eux, l’engagement n°6, propose un «parcours d’insertion» censé offrir à chaque jeune NEET un cheminement individualisé unique, dans le cadre d’un pilotage transversal placé, selon le texte du parti, «sous l’impulsion du Chef du Gouvernement», afin de fédérer les différents départements ministériels concernés par la question de la jeunesse.

Ce pacte est complété par l’engagement n°7, qui pose le principe «zéro abandon scolaire sans solution alternative», et par l’engagement n°8, qui vise à garantir «une compétence pour chaque jeune… et un premier contrat de travail». Le PAM y ajoute des engagements sur les conditions de travail décentes (n°9) et sur le logement et la mobilité des jeunes, à travers un fonds public destiné à faciliter leur accès à la location (n°10).

Sur le plan chiffré, le parti avance plusieurs objectifs pour la mandature: porter la capacité d’accueil de la formation professionnelle et de l’apprentissage de 150.000 à 200.000 bénéficiaires par an; inscrire 300.000 jeunes par an sur la plateforme de gestion scolaire Massar; permettre à environ 500.000 jeunes d’accéder, sur cinq ans, à une première expérience professionnelle dans le cadre d’un programme intitulé «Premier contrat de travail»; accompagner environ 60.000 entreprises par l’incubation, le financement et la garantie; et créer environ 125.000 opportunités de mobilité professionnelle à l’international, présentées comme un levier organisé d’acquisition de compétences.

L’Istiqlal et sa charte de la jeunesse

Le programme de l’Istiqlal aborde la question sous l’angle d’une «charte de la jeunesse», dont le texte précise qu’elle a été rédigée par des jeunes de différentes régions du Royaume. Cette partie du programme, consacrée au renforcement du service public, décline cette charte en une série de dispositifs nommés.

D’abord, le programme «Tajribati», qui prévoit un mécanisme national unifié garantissant à tout titulaire d’un diplôme universitaire ou de formation professionnelle l’accès à une première expérience professionnelle encadrée, d’une durée de 6 à 18 mois, au sein d’entreprises, d’administrations ou de collectivités territoriales, assortie d’une compensation financière et d’une couverture sociale.

Le parti propose de faire évoluer le mode de financement de ce dispositif: plutôt que de verser une incitation aux entreprises dès qu’elles accueillent un stagiaire, sans garantie sur la suite de son parcours, il s’agirait de conditionner cette incitation aux résultats réels d’insertion, c’est-à-dire à la part de bénéficiaires que l’entreprise a effectivement embauchés ou aidés à trouver un emploi stable une fois leur stage terminé.

Le programme «Afaq», lui, formalise un engagement national à ce qu’aucun jeune ne reste plus de six mois hors étude, formation, emploi ou accompagnement, via une offre individualisée pouvant prendre la forme d’un emploi, d’un stage, d’une formation, d’un accompagnement à la création d’un projet ou d’un service civique rémunéré. Le texte précise qu’une attention particulière serait accordée aux jeunes non scolarisés, sans emploi et non bénéficiaires de formation, avec la mise en place de mécanismes de repérage et d’orientation précoce mobilisant les acteurs territoriaux, les institutions publiques et les associations.

À ces deux dispositifs s’ajoutent plusieurs programmes complémentaires. La formation professionnelle serait refondue autour de parcours courts et flexibles, de 6 à 12 mois, calés sur les besoins régionaux du marché du travail. Le programme «Bidaya» prendrait en charge une partie des frais de transport et de logement temporaire des jeunes contraints de quitter leur région pour se former, chercher un emploi, passer un concours ou créer une entreprise. Le programme «100.000 talents numériques» viserait à former des jeunes aux métiers du travail indépendant et à distance, à fort potentiel d’exportation de services. Des académies régionales de gestion locale seraient créées à destination de jeunes cadres territoriaux. Le programme «Rouwad Attanmia» proposerait un service civil volontaire d’un à deux ans dans des projets de développement en zones rurales et périurbaines. Enfin, un «passeport qualité de vie des jeunes» valoriserait, par un système de points, l’engagement associatif, sportif et culturel.

Le dispositif du PPS

Le PPS est le seul des trois partis à consacrer un engagement entièrement dédié et explicitement nommé «Plan d’urgence NEET», inscrit dans le pilier «Solidarité et droit au travail» de son programme. Le parti s’y fixe pour objectif de réduire de moitié le nombre de NEET à l’horizon 2031, par la rescolarisation, la formation professionnelle et l’intégration dans des activités économiques, sociales et citoyennes d’un million de personnes.

Le dispositif prévoit la création d’un système d’information national, décliné au niveau régional, pour repérer les NEET et suivre leurs parcours; la garantie de l’effectivité de l’obligation de scolarisation jusqu’à 16 ans; le renforcement de l’offre publique de formation professionnelle en milieu rural; le développement d’un réseau de points d’accueil, d’écoute et d’orientation combinant apprentissage, formations courtes certifiantes, stages rémunérés, premier emploi et programmes de santé mentale; des partenariats avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire; ainsi que l’intégration des NEET dans les collectivités territoriales, les Forces armées royales ou d’autres services de sécurité de l’État, tels que les forces auxiliaires ou les pompiers. Une allocation d’insertion temporaire serait versée, conditionnée à l’engagement effectif du jeune dans ce parcours.

Le PPS chiffre ce plan à 15 milliards de dirhams sur cinq ans, calculés sur la base de 200.000 jeunes rescolarisés, formés ou intégrés par an, à raison de 15.000 dirhams par jeune. Ce montant s’inscrit dans une enveloppe globale de 124,5 milliards de dirhams sur cinq ans dédiée à l’ensemble du pilier «Solidarité et droit au travail».

Le programme du PPS comporte par ailleurs un volet spécifiquement consacré à la jeunesse, doté d’une enveloppe de 6 milliards de dirhams sur cinq ans, qui recoupe partiellement le Plan d’urgence NEET. Il prévoit notamment la mise en place d’un Plan national de l’emploi des jeunes (PNEJ) adossé à un Fonds national de la jeunesse, dont 40% des financements seraient réservés aux jeunes des milieux défavorisés, des zones rurales et des quartiers périurbains, un cofinancement dégressif pouvant atteindre 50% du salaire brut pendant 18 mois pour tout recrutement en contrat à durée indéterminée d’un primo-demandeur d’emploi dans les très petites et moyennes entreprises, ainsi qu’un Fonds national de capital-démarrage pour les jeunes de 18 à 35 ans, offrant une avance remboursable de 50.000 dirhams sans garantie ni caution aux porteurs de projets à impact social, culturel, sportif ou environnemental. Le parti propose également un service civique national volontaire et rémunéré, ainsi qu’un programme national de lutte contre le décrochage scolaire, doté d’un système de suivi individualisé des élèves à risque et de postes de psychologues scolaires dans chaque établissement.

Au-delà des différences de montage budgétaire, les trois partis convergent pour remplacer les dispositifs dispersés existants par un parcours individualisé unique pour chaque jeune concerné, articulé autour d’un repérage précoce et d’une orientation vers l’emploi, la formation ou l’accompagnement à la création d’activité. Reste que ces engagements de campagne devront, pour se concrétiser, passer l’épreuve de la formation d’une majorité gouvernementale et de l’arbitrage budgétaire qui accompagnera leur éventuelle mise en œuvre après le scrutin du 23 septembre 2026.

Par Camilia Serraj
Le 10/09/2026 à 10h12