La coalition gouvernementale a pris une décision politique majeure en engageant une part considérable de ses effectifs ministériels dans l’arène électorale. Sur un total de 30 membres composant l’actuelle équipe gouvernementale, 14 ministres et secrétaires d’État défendront les couleurs de leurs formations respectives aux élections législatives du 23 septembre prochain. Ce niveau d’engagement représente un record inédit dans les annales politiques du pays, illustrant la volonté résolue de la majorité de convertir son bilan exécutif et institutionnel en légitimité électorale directe auprès des citoyens, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 9 septembre.
Selon plusieurs observateurs et analystes de la scène politique, cette démarche constitue un test capital pour l’alliance tripartite au pouvoir, composée du Rassemblement National des Indépendants (RNI), du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), et du Parti de l’Istiqlal (PI). En projetant la moitié du gouvernement sur le terrain des urnes, les dirigeants de la coalition font le pari de s’appuyer sur la notoriété de leurs figures de proue ainsi que sur le poids de l’action publique menée durant leur mandat.
Toutefois, l’issue de cet arbitrage demeure soumise aux réalités complexes de chaque circonscription électorale, où les enjeux locaux, l’ancrage territorial et les équilibres d’influence pèsent souvent d’un poids déterminant dans la décision des électeurs.
Au sein du PAM, la présence ministérielle s’avère particulièrement marquée avec la candidature de 6 personnalités majeures de l’exécutif, parmi lesquelles figurent 3 ministres et 3 secrétaires d’État. La coordonnatrice nationale du parti, Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, mènera la bataille électorale dans la circonscription communale de Marrakech Guéliz, un fief historique où sa formation dispose d’un réseau solide. À ses côtés, Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, sera engagé dans une compétition intense au niveau de la circonscription de Rabat-Océan. La liste des candidats du parti comprend également le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, investi à Taroudant-Nord, ainsi que le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Ezzeddine El Midaoui. L’appareil électoral du parti est complété par 2 secrétaires d’État, Adib Benbrahim, chargé de l’Habitat, et Hicham Sabiri, en charge du Travail, écrit Al Ahdath Al Maghribia.
De son côté, le PI déploie également plusieurs de ses cadres gouvernementaux stratégiques. Le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, figure en tête de pont de ce dispositif électoral, suivi par Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce. Le parti aligne en outre Abdelosmand Qaiouh, ministre du Transport et de la Logistique, ainsi que Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, qui briguera les suffrages dans la circonscription d’Oujda-Angad. Ces investitures reflètent l’ambition de l’Istiqlal de consolider son assise régionale en mobilisant des responsables gérant des portefeuilles économiques et d’infrastructures de premier plan.
Le RNI met quant à lui en avant plusieurs responsables gouvernementaux issus de sa structure dirigeante. Mustapha Baitas, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, conduira la campagne à Sidi Ifni. À ses côtés figurent Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, investi dans la circonscription de M’salla-Sultan à Casablanca, ainsi que Lahcen Saadi, secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, candidat dans la circonscription de Taroudant-Sud. La formation s’appuie ainsi sur des profils mêlant communication politique et gestion des dossiers d’investissement et de développement territorial., lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
Cette immersion massive des membres du gouvernement dans la campagne électorale modifie la dynamique habituelle du scrutin. Si l’exposition médiatique et la gestion des grands dossiers nationaux offrent un avantage incontestable en termes de notoriété, elles exposent également ces candidats aux critiques directes des électeurs sur le bilan gouvernemental et la réponse apportée aux attentes socio-économiques locales. La cartographie électorale s’annonce ainsi particulièrement disputée dans plusieurs circonscriptions clés, où la compétition entre ministres et candidats d’opposition mesurera l’impact réel du travail exécutif sur les décisions finales des électeurs.




