La Brigade nationale de la police judiciaire a déféré dimanche dernier, devant le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca, un individu recherché dans le cadre de la célèbre affaire dite d’Escobar du Sahara. Cette affaire tentaculaire a déjà vu la condamnation à de lourdes peines de plusieurs figures publiques, notamment Said Naciri et Abdennebi Bioui. Le suspect, un baron surnommé El Taounati, faisait l’objet d’un avis de recherche après s’être évaporé dans la nature suite aux premières enquêtes de la police judiciaire, indique le quotidien Assabah de ce lundi 3 août.
Son nom avait émergé lors de la mise au jour du réseau, alors qu’il apparaissant en marge d’un dîner organisé dans la villa d’une célèbre artiste à Rabat, réunion à laquelle assistaient le Malien Haj Ahmed Ben Ibrahim, Said Naciri, Abdennebi Bioui, ainsi qu’un proche du suspect. Les investigations de l’époque avaient révélé que cette rencontre visait à planifier le trafic d’une importante quantité de drogue.
La cavale de cet homme a pris une tournure inattendue lorsque son nom a refait surface après des fuites orchestrées par un hacker marocain. Des enregistrements audio mettaient en scène le baron en discussion avec des administrateurs de plateformes à l’étranger, les accusant de lui avoir fourni de fausses informations sur des expéditions de stupéfiants. Cette fuite a poussé le procureur du Roi près le tribunal de première instance d’El Jadida à intervenir en ordonnant à la police judiciaire d’interpeller l’intéressé sous le chef d’accusation d’intelligence avec des parties étrangères, écrit Assabah.
Malgré les précautions extrêmes prises par le suspect pour masquer ses déplacements et échapper aux services de sécurité, c’est une faille technologique qui a causé sa perte. Les éléments de la Direction générale de la surveillance du territoire ont réussi à exploiter la géolocalisation GPS d’une grande précision lors d’un appel téléphonique entre le prévenu et son épouse. L’analyse de ces données de renseignement a permis de localiser la ville où il se terrait ainsi que les personnes qui l’hébergeaient, entraînant la délivrance de mandats de perquisition pour deux habitations lui appartenant à Benslimane et Meknès.
Lors de son arrestation dans une embuscade tendue à Mohammedia, les enquêteurs ont saisi un téléphone portable directement relié à un réseau satellitaire. Le prévenu a catégoriquement refusé de livrer son code secret, empêchant ainsi l’expertise technique qui pourrait lever le voile sur de multiples opérations de trafic international et exposer ses liens avec des personnalités d’influence dans divers secteurs, relate Assabah.
Né en 1971, le trafiquant avait déjà été entendu lors de l’enquête préliminaire avant de disparaître. Cette absence avait poussé la défense de la partie civile à exiger avec insistance sa comparution devant la Cour d’appel de Casablanca, afin d’établir ses responsabilités. La juridiction avait également convoqué son épouse, ainsi qu’une célèbre artiste, pour témoigner sur les détails de ce fameux dîner de Rabat.
Ce suspect fait l’objet de multiples mandats d’arrêt pour son implication présumée dans plusieurs affaires de trafic, dont la saisie de plusieurs tonnes de drogue dans un camion de transport international accidenté près de Bouznika, affaire pour laquelle le chauffeur avait écopé de huit ans de prison. Un autre mandat avait été émis à son encontre en 2016, après une opération menée par le Bureau central d’investigations judiciaires, venant s’ajouter à d’autres avis de recherche lancés par la Gendarmerie royale et la Sûreté nationale à Errachidia.




