À l’heure où le Maroc consolide son positionnement sur la scène internationale, les défis internes continuent de poser avec acuité la question de la gouvernance et du rôle de la classe politique. Entre ambitions affichées et réalités sociales contrastées, le Royaume avance, mais non sans tensions.
Le constat dressé par Sa majesté Mohammed VI , dans son discours sur le «Maroc à deux vitesses» demeure d’une actualité frappante. Derrière les grands projets structurants et les succès diplomatiques, persiste une fracture sociale et territoriale qui interpelle. Deux dynamiques semblent coexister: celle d’un Maroc en mouvement, tourné vers l’avenir, et celle d’un autre, plus fragile, en quête d’équité et d’opportunités.
Dans ce contexte, la question de la responsabilité politique devient centrale. Car si les politiques publiques peuvent être ambitieuses sur le papier, leur mise en œuvre dépend étroitement de l’engagement, de la rigueur et de l’éthique des acteurs chargés de les porter. Or, certaines pratiques continuent d’alimenter le scepticisme: calculs partisans, logiques individuelles, mais aussi certaines pratiques indéfendables qui brouillent la frontière entre intérêt public et intérêts privés.
Ces dérives ne sont pas sans conséquences. Elles fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions et nourrissent un sentiment de déconnexion entre les élites politiques et les réalités quotidiennes. Lorsqu’un responsable public est perçu comme juge et partie, c’est toute la crédibilité de l’action publique qui vacille.
Sur le plan international, le Maroc bénéficie pourtant d’une image positive. Sa diplomatie proactive, son ancrage africain et ses partenariats stratégiques lui confèrent une place reconnue. Mais cette crédibilité extérieure reste étroitement liée à la cohérence interne. Les signaux envoyés par la scène politique nationale peuvent, à tout moment, renforcer ou affaiblir cette image.
«Plus qu’une simple gestion des affaires courantes, c’est une véritable refondation des pratiques qui est attendue. L’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers, et la responsabilité doit redevenir le socle de l’action publique.»
— Hassan Benaddi
Dès lors, le Royaume ne peut se permettre de banaliser des comportements qui portent atteinte à son sérieux et à sa réputation. Ces pratiques, en particulier lorsqu’elles deviennent ostentatoires ou tolérées, envoient un message négatif aux partenaires internationaux et aux investisseurs. Elles signifient une défaillance des règles de transparence et de gouvernance, pourtant essentielles dans un monde globalisé.
Face à ces défis, l’exigence d’un sursaut politique s’impose. Plus qu’une simple gestion des affaires courantes, c’est une véritable refondation des pratiques qui est attendue. L’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers, et la responsabilité doit redevenir le socle de l’action publique.
Dans cette perspective, l’engagement d’hommes et de femmes politiques responsables, capables de porter une feuille de route claire et cruciale pour l’avenir du Maroc, apparaît comme une nécessité. De tels profils, animés par leur patriotisme sincère et guidés par le sens de l’intérêt général et une vision stratégique résolue, pourraient contribuer à rétablir la confiance et à renforcer l’efficacité de l’action publique.
Car au-delà des diagnostics, c’est bien la capacité d’agir qui fera la différence. Le Maroc dispose d’atouts considérables. Reste à savoir si sa classe politique saura pleinement les mobiliser pour réduire les fractures internes tout en consolidant les acquis internationaux.
L’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas seulement de maintenir le cap, mais de garantir que le développement du pays soit à la fois inclusif, crédible et durable.




