Éducation nationale: le PAM pointe publiquement des insuffisances de la réforme devant Aziz Akhannouch

Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, lors de son intervention sur la réforme de l'éducation nationale, devant les membres de la Chambre des représentants, à Rabat le 8 juin 2026. (Y.Mannan/Le360)

Le 08/06/2026 à 19h51

VidéoFait inhabituel au sein de la majorité gouvernementale, une députée du PAM a publiquement critiqué, lundi à la Chambre des représentants, certains aspects de la réforme de l’éducation nationale devant le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch. La généralisation des Écoles pionnières, les primes accordées aux enseignants, la désaffection scolaire et les dispositifs anti-triche ont été au cœur de son intervention.

Pour la première fois dans l’histoire de l’actuelle majorité gouvernementale, le Parti authenticité et modernité (PAM) a dénoncé publiquement, devant Aziz Akhannouch, des insuffisances dans la réforme de l’éducation nationale.

La scène a eu lieu lundi à la Chambre des représentants, lors de la séance mensuelle plénière consacrée à l’éducation nationale. Elle a été provoquée par l’intervention de Nadia Bouzendoufa, députée PAM de la région Marrakech-Safi, devant le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch.

Intervenant au nom de son parti, la députée est allée droit au but en critiquant les lacunes du système éducatif sous l’ère Akhannouch, provoquant la surprise dans l’assistance. «Pourquoi, M. le chef du gouvernement, avez-vous appliqué la réforme du système de l’école pionnière “leader” au niveau du collège, alors que vous ne l’avez pas d’abord généralisée au niveau du primaire?», lui a-t-elle lancé.

Nadia Bouzendoufa a également interrogé Aziz Akhannouch sur la prime de rendement accordée aux enseignants des Écoles pionnières. «Pourquoi avez-vous réduit, à une seule fois dans leur vie professionnelle, la prime de rendement au profit des enseignants de l’école pionnière, alors que ceux-ci peinent toute leur vie dans leurs fonctions?», a-t-elle demandé.

La députée PAM ne s’est pas arrêtée là. Elle a également critiqué le fléau de la désaffection scolaire, ainsi que le «stress» provoqué récemment par la mise en place du nouveau système de lutte contre la triche électronique via les téléphones portables.

Comme à son habitude, le chef du gouvernement avait, pour sa part, défendu bec et ongles la réforme des Écoles pionnières, sous une pluie de chiffres livrés aux députés durant plus de 90 minutes d’intervention orale.

Il faut rappeler que les Écoles pionnières ont été lancées dans le secteur public dans le cadre de la Feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale. Ce dispositif propose un leadership pédagogique basé sur l’utilisation de méthodes interactives destinées à améliorer le niveau des élèves en langues et en mathématiques.

Dans son intervention, Aziz Akhannouch a estimé que la réforme de l’éducation nationale, dont les budgets ont connu, selon lui, des hausses substantielles, «est une dynamique dont les résultats positifs se réaliseront avec le temps».

«Il y a des difficultés encore à résoudre, nous en sommes conscients», a-t-il affirmé, alors que les députés de l’opposition lui reprochaient ses absences répétées aux séances mensuelles, pourtant prévues par l’article 100 de la Constitution.

«Sur un total de 40 séances, vous n’avez répondu à l’article 100 que 22 fois», lui a lancé le chef du groupe de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Abderrahim Chahid.

Durant cette séance, les autres députés de l’opposition, notamment ceux du PPS, du MP et du PJD, ont soulevé d’autres dysfonctionnements du système éducatif. Ils ont également saisi l’occasion pour fustiger la cherté de la vie, évoquant notamment la «crise de l’Aïd al-Adha», au cours de laquelle, selon eux, les citoyens «ont eu du mal à se procurer le mouton sur les marchés nationaux en raison des farkchiyas et des samsara».

Aziz Akhannouch leur a répliqué en les accusant de «vouloir politiser l’affaire».

Au-delà de la confrontation attendue entre majorité et opposition, cette séance a surtout été marquée par une prise de distance inhabituelle du PAM sur un dossier sensible de l’action gouvernementale. En critiquant publiquement certains aspects de la réforme de l’éducation nationale, le parti allié d’Aziz Akhannouch a introduit une dissonance rare dans le discours de la majorité.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 08/06/2026 à 19h51