Budget 2027: les ministères à nouveau sommés de se serrer la ceinture

Lors d'une réunion du Conseil de gouvernement.

Le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a adressé mercredi 5 août une lettre de cadrage aux membres de son équipe, fixant les grandes orientations du projet de loi de finances (PLF) 2027. Un exercice budgétaire charnière, qui s’inscrit à la fois dans la continuité des réformes engagées et dans un contexte politique particulier, à quelques semaines des élections législatives prévues le 23 septembre prochain.

Le 06/08/2026 à 11h45

Comme en 2021, le Maroc semble se diriger vers un scénario où le projet de loi de finances sera élaboré par le gouvernement sortant, tandis que son exécution incombera à la prochaine équipe issue des urnes. Une situation qui confère à ce PLF un caractère transitoire.

S’inscrivant dans le sillage des orientations royales, notamment celles du discours du Trône appelant à l’ouverture d’un nouveau cycle de développement fondé sur la consolidation des acquis et la poursuite des grandes réformes, la lettre de cadrage met en avant plusieurs priorités majeures.

Il s’agit d’abord de consolider les acquis économiques afin de renforcer la position du Maroc parmi les économies émergentes, tout en poursuivant le chantier de réduction des disparités territoriales et sociales à travers une approche de développement intégré.

La consolidation de l’État social figure également parmi les axes centraux, aux côtés de la poursuite des grandes réformes structurelles et de la préservation des équilibres macroéconomiques.

Un effort d’investissement massif dans les infrastructures

Le gouvernement entend maintenir un niveau soutenu d’investissement public, notamment dans les infrastructures stratégiques. Parmi les projets structurants figurent le développement du réseau autoroutier, déjà fort de près de 1.800 kilomètres, ainsi que la poursuite des chantiers majeurs comme l’autoroute continentale Rabat-Casablanca ou encore l’axe Guercif-Nador West Med.

Le renforcement des infrastructures routières passera également par des projets structurants tels que la voie express Aïn Aouda–Oued Zem et le raccordement du port Nador West Med au réseau routier national.

Le secteur ferroviaire connaîtra, lui aussi, une accélération notable, avec l’extension de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech, la mise en place de réseaux express régionaux (RER) dans plusieurs régions (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi) et la modernisation du parc ferroviaire.

Dans le cadre de l’intégration entre les modes de transport ferroviaire et aérien, l’aéroport de Casablanca sera relié à la ligne à grande vitesse via la création d’une nouvelle gare ferroviaire, conçue comme un hub intermodal reliant les transports routiers, le TGV et les réseaux ferroviaires régionaux.

Face au stress hydrique, la sécurisation des ressources en eau demeure une priorité. Le gouvernement prévoit de poursuivre la politique de construction de barrages, de renforcer les interconnexions entre bassins hydrauliques.

Par ailleurs, la poursuite du programme national de dessalement de l’eau de mer constitue un axe majeur, avec pour objectif d’atteindre une capacité de production de 1,7 milliard de mètres cubes à l’horizon 2030. À court terme, trois projets d’envergure devraient entrer en exploitation, à savoir les stations de Dakhla et de Safi, ainsi que le projet de la grande station de Casablanca.

En parallèle, de nouveaux projets de dessalement, reposant sur l’utilisation des énergies renouvelables, sont en cours de développement dans plusieurs régions, notamment l’Oriental, Souss-Massa, Tanger, Guelmim-Oued Noun et Rabat-Salé-Kénitra, avec une mise en service prévue entre 2029 et 2030.

Le PLF 2027 devra également accompagner la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement, avec un accent particulier sur la création d’emplois et l’orientation des investissements vers les secteurs prioritaires.

Un effort spécifique sera consenti en faveur des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), à travers l’amélioration de leur accès au financement, la mise en place de mécanismes de garantie simplifiés et le renforcement de leur accès à la commande publique.

La lettre de cadrage met également en avant l’entrée dans une nouvelle phase de la régionalisation avancée. Le renforcement des ressources financières des régions, avec des transferts pouvant atteindre au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027, constitue un levier central de cette réforme.

Les dispositifs de soutien au pouvoir d’achat seront maintenus, notamment à travers la compensation du gaz butane, du sucre et de la farine, pour un coût estimé à plus de 13 milliards de dirhams.

Par ailleurs, les programmes de résorption de l’habitat insalubre seront poursuivis, avec des opérations de relogement à grande échelle dans plusieurs régions, notamment Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Rabat-Salé-Kénitra.

Rigueur budgétaire

Sur le plan macroéconomique, la lettre de cadrage insiste sur la nécessité de préserver les équilibres macro-économiques. L’objectif est de poursuivre la réduction progressive du déficit budgétaire et de stabiliser la dette publique autour de niveaux soutenables.

Dans cette optique, le gouvernement met l’accent sur la nécessité de rationaliser les dépenses publiques et de renforcer les ressources de l’État. Le document appelle ainsi les départements ministériels et les établissements publics à élaborer leurs propositions en tenant compte des capacités financières disponibles, en procédant à une priorisation rigoureuse des besoins. Dans ce cadre, une attention particulière est accordée à la maîtrise de la masse salariale, à travers un encadrement strict des créations de postes, qui devront être justifiées par des besoins réels liés notamment à la mise en œuvre des réformes et à l’amélioration de la qualité des services publics.

La rationalisation des dépenses de fonctionnement constitue un autre axe majeur. Elle passe par la limitation des dépenses aux besoins essentiels, avec un effort ciblé sur la réduction des charges liées à la consommation d’eau et d’électricité, à la location de véhicules, ainsi qu’aux frais d’aménagement et d’équipement des bâtiments administratifs. Les dépenses liées aux déplacements, aux missions, à l’hébergement ou encore à l’organisation d’événements sont également appelées à être strictement encadrées, dans le respect des principes d’exemplarité de l’administration.

S’agissant de l’investissement public, la priorité devra être accordée aux projets faisant l’objet d’instructions royales ou inscrits dans des conventions avec des partenaires internationaux, tout en accélérant la réalisation des projets en cours. Les propositions d’investissement devront également refléter les capacités réelles d’exécution des administrations et leurs performances en matière de gestion budgétaire.

Le gouvernement appelle en outre à renforcer la cohérence et la complémentarité des projets, notamment au niveau territorial, en accordant une attention particulière aux zones rurales, montagneuses et oasiennes.

Le document met également l’accent sur la nécessité de régulariser en amont la situation foncière des projets, dans le respect du cadre légal relatif à l’expropriation, et de limiter les contentieux à travers des mesures préventives et le recours à des modes alternatifs de règlement des différends dans les contrats publics.

Dans le même esprit de rationalisation, la lettre préconise de réduire au strict minimum les dépenses liées à l’acquisition de véhicules ainsi qu’à la construction et à l’équipement des bâtiments administratifs.

La lettre précise que des plafonds budgétaires ont été fixés pour chaque département et institution au titre des dépenses de fonctionnement et d’investissement. Les administrations concernées sont invitées à transmettre leurs propositions au ministère de l’Économie et des Finances avant le 31 août 2026, en vue de finaliser la répartition des enveloppes qui seront intégrées dans le projet de loi de finances 2027.

Au final, le PLF 2027 se présente comme un budget de continuité, mais aussi de transition. Continuité, car il prolonge les grandes réformes engagées sous l’impulsion royale. Transition, car il sera conçu par une majorité sortante et exécuté par une future équipe gouvernementale.

Par Wadie El Mouden
Le 06/08/2026 à 11h45