Réseaux liés à l’Iran: les Émirats inspectent en urgence les branches de Banque Misr visées par Washington

Une agence de la banque égyptienne Banque Misr aux Émirats arabes unis. (PHOTO: Reuters)

La Banque centrale des Émirats arabes unis a annoncé samedi l’ouverture d’une inspection spéciale et urgente des branches locales de Banque Misr, l’une des principales banques publiques égyptiennes, au lendemain d’une initiative américaine visant à les priver de leur accès au système financier des États-Unis en raison de transactions présumées avec des réseaux liés à l’Iran.

Le 30/08/2026 à 06h30

Dans son communiqué, le régulateur émirati précise que l’examen comprendra une analyse approfondie et rétrospective de la période visée par les autorités américaines. Les contrôleurs devront notamment se pencher sur les opérations réalisées avec les entreprises citées par le département du Trésor.

La Banque centrale rappelle que les établissements agréés aux Émirats doivent respecter les règles contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, et ne pas exposer le système financier du pays à des risques de réputation.

L’institution indique aussi qu’elle étudie les options concernant le statut de Banque Misr aux Émirats si la mesure américaine devenait définitive. Toute décision devra cependant tenir compte des obligations de la banque envers ses clients.

Une procédure américaine encore provisoire

Contrairement à ce que laisse entendre le terme de «sanctions», l’exclusion de Banque Misr UAE du système financier américain n’est pas encore entrée en vigueur. Le Réseau de lutte contre les crimes financiers du Trésor, le FinCEN, a publié vendredi un projet de règle, soumis à une période de consultation publique de 30 jours avant une éventuelle décision définitive.

Le FinCEN propose de qualifier Banque Misr UAE d’établissement financier étranger présentant un «risque majeur de blanchiment d’argent», en vertu de la section 311 du Patriot Act. Si la mesure est adoptée, les banques américaines ne pourront plus ouvrir ou maintenir de comptes de correspondant au profit des branches émiraties de Banque Misr. Elles devront également empêcher que leurs comptes ouverts pour d’autres institutions étrangères servent indirectement à traiter des opérations impliquant la banque.

Dans la pratique, cette interdiction couperait les branches concernées des circuits de compensation en dollars, essentiels au commerce et aux paiements internationaux. Elle ne constituerait toutefois pas un gel général de leurs avoirs et ne viserait ni le siège de Banque Misr au Caire ni ses implantations dans d’autres pays.

Le Trésor affirme qu’entre janvier 2024 et juin 2026, Banque Misr UAE aurait traité environ 1,8 milliard de dollars d’opérations pour 103 sociétés susceptibles d’appartenir aux réseaux bancaires parallèles utilisés par Téhéran. Certains clients seraient, selon Washington, des sociétés-écrans employées par le ministère iranien de la Défense et les Gardiens de la Révolution pour contourner les sanctions. Ces accusations devront être confrontées aux conclusions de l’inspection émiratie.

«Nous avons prévenu que ceux qui faciliteraient les choses pour l’Iran ne peuvent pas continuer à profiter de l’accès au dollar et au système financier mondial. Banque Misr EAU a choisi de le découvrir dans la douleur», a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent.

Le Caire circonscrit la portée de la mesure

Washington présente cette procédure comme la première application importante de son opération d’isolement économique de l’Iran. Parallèlement, le Trésor a sanctionné Reza Mohammad Taeedi, directeur de la branche de la banque iranienne Bank Melli à Dubaï, ainsi que Kameng Trading Limited, une société de Hong Kong accusée d’avoir facilité le blanchiment de fonds pour un bureau de change iranien déjà sanctionné.

La Banque centrale égyptienne a assuré que la mesure américaine restait strictement limitée aux activités en dollars des branches de Banque Misr aux Émirats. Elle ne concerne, selon elle, aucune autre banque égyptienne, ni Banque Misr en Égypte ou dans ses autres implantations internationales. Le régulateur et le ministère égyptien des Affaires étrangères ont engagé des contacts avec Washington.

Banque Misr a, de son côté, affirmé respecter pleinement les cadres juridiques et réglementaires applicables et coopérer «pleinement et de manière constructive» avec les autorités compétentes. Elle insiste sur le caractère provisoire de la procédure américaine et indique préparer sa réponse dans le délai prévu. Sa branche émiratie continue, pour l’instant, de fournir ses services à ses clients.

L’inspection ouverte par Abu Dhabi place donc la banque égyptienne au centre d’un test majeur. Pour les Émirats, il s’agit de protéger la crédibilité d’une place financière internationale qui a déjà suspendu ses échanges commerciaux et financiers avec l’Iran. Pour Washington, l’affaire doit démontrer que l’accès au dollar peut servir de levier contre les établissements étrangers soupçonnés d’aider Téhéran. L’enquête devra déterminer si les accusations américaines sont étayées et quelles conséquences réglementaires elles justifient.

Par Le360 (avec AFP)
Le 30/08/2026 à 06h30