Dès lors, une question centrale se pose: le Parlement panafricain (PAP) est-il en phase avec cette évolution?
Les anciens présidents et bureaux ont accompli un travail de fond important, posant les bases de l’institution. Toutefois, le moment n’est-il pas venu d’opérer un saut qualitatif, à la hauteur des défis et des opportunités actuels?
Le Parlement panafricain (PAP) a été conçu comme une institution consultative, avec un impact limité sur les décisions africaines. Il en résulte un décalage manifeste entre les ambitions du continent — qu’il s’agisse de l’Agenda 2063, de l’Union africaine ou encore de la ZLECAf — et les moyens institutionnels mobilisés pour les concrétiser.
Le PAP joue certes un rôle de rassembleur des instances législatives nationales africaines. Toutefois, il demeure davantage dans l’observation que dans l’action, peinant à s’imposer comme un véritable acteur de transformation à l’échelle continentale.
Le cœur du défi réside dans l’absence de véritable pouvoir législatif, le manque d’ancrage dans les politiques publiques, ainsi qu’une faible visibilité auprès des citoyens, dans la mesure où le Parlement panafricain ne dispose pas d’un mandat direct issu d’élections continentales.
Son architecture institutionnelle demeure ainsi en deçà des aspirations des peuples et des nations africaines.
La vision de rénovation du Parlement panafricain (PAP) doit impérativement s’appuyer sur une mise en œuvre effective et progressive du Protocole de Malabo. Cela implique, en premier lieu, le développement de sa capacité à légiférer sur des questions continentales clairement définies, ainsi que le renforcement de ses fonctions de contrôle et de supervision des institutions africaines, notamment de l’Union africaine. Le PAP doit également participer pleinement à l’élaboration des politiques de l’Union et jouer un rôle central dans la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.
Pour pouvoir se prévaloir légitimement de ces prérogatives, le PAP doit évoluer vers une forme accrue de représentativité directe des peuples africains. À cet égard, certains États pourraient jouer un rôle pionnier en expérimentant l’élection de leurs représentants au PAP au suffrage universel direct, avant une généralisation progressive dans un calendrier clairement défini à l’échelle du continent.
Par ailleurs, le PAP a vocation à devenir un véritable harmonisateur des cadres législatifs africains, contribuant à rapprocher les systèmes juridiques nationaux. Cette fonction est essentielle pour accélérer l’intégration institutionnelle et économique du continent, en particulier dans le cadre de la mise en œuvre de la ZLECAf.
«Le Parlement panafricain doit s’affirmer comme un véritable think tank parlementaire africain, capable d’anticiper les grands enjeux du continent — intelligence stratégique, sécurité, climat et souveraineté.»
— Lahcen Haddad
Un parlement dépourvu de pouvoir législatif demeure une simple tribune de débat, sans réelle portée.
Le Parlement panafricain (PAP) doit se transformer en véritable moteur de la ZLECAf, en traduisant les accords continentaux en cadres législatifs nationaux. Il doit également assurer un suivi parlementaire à l’échelle du continent, tout en renforçant la coordination entre les parlements nationaux.
Le PAP a vocation à devenir la colonne vertébrale législative de l’intégration africaine.
La légitimité démocratique est incontournable. Les États peuvent, dès à présent, initier des mécanismes concrets en instituant, au niveau national, des listes dédiées au Parlement panafricain (PAP), permettant l’élection directe de leurs représentants.
Ces listes devraient impérativement refléter la diversité des sociétés africaines, en garantissant une représentation équilibrée des femmes, des jeunes et des diasporas.
Une telle évolution suppose également une communication moderne, adaptée aux citoyens, ainsi qu’une organisation institutionnelle plus efficace. Une institution comme le PAP ne peut se renforcer qu’en se rapprochant des citoyens, en étant à leur écoute et en incarnant leurs aspirations.
Par ailleurs, le Parlement panafricain doit s’affirmer comme un véritable think tank parlementaire africain, capable d’anticiper les grands enjeux du continent — intelligence stratégique, sécurité, climat et souveraineté. Il peut également jouer un rôle structurant dans ce que l’on appelle la diplomatie parlementaire.
Une transition vers un leadership transformateur est aujourd’hui nécessaire. Le nouveau mandat du PAP exige des profils capables, à l’instar de leurs prédécesseurs, de fédérer les régions, de porter une vision claire et de démontrer une réelle capacité d’exécution.
Les institutions ne se transforment pas d’elles-mêmes: elles sont portées.
L’Afrique traverse une période charnière. Dans un monde fragmenté, elle a plus que jamais besoin d’institutions fortes, crédibles et efficaces. Elle doit rénover ses institutions pour faire face aux défis multiples du 21ème siècle.
Il est temps de passer du diagnostic à l’action.
Le Parlement panafricain est le symbole de la maturité politique du continent. Rénover le PAP, ce n’est pas simplement réformer une institution. C’est affirmer une ambition: celle d’une Afrique qui décide, qui agit et qui compte.




