Au moins 691 corps ont été retrouvés depuis mercredi: 675 au Népal et 16 dans la région chinoise du Tibet. Les autorités restent par ailleurs sans nouvelles de 3.044 personnes, dont 2.498 au Népal et 546 côté chinois. Parmi ces dernières figurent 261 ressortissants étrangers originaires de 23 pays.
La catastrophe, provoquée par l’effondrement d’une partie d’un glacier dans l’Himalaya, a libéré un torrent de glace, de roches, de boue et de débris qui a englouti des villages entiers, détruit des routes et des ponts et endommagé plusieurs installations hydroélectriques.
Outre l’ampleur du désastre, qui laisse des milliers de familles sans nouvelles de leurs proches, les secours sont confrontés à de multiples dangers: routes impraticables, communications coupées, pluies persistantes, terrains instables et menace de nouvelles crues.
Dimanche, les autorités népalaises ont une nouvelle fois appelé les équipes de secours et les habitants à la prudence, après avoir constaté une augmentation du débit de la rivière Bhote Koshi, dans le district de Rasuwa.
«Tout le personnel engagé dans les opérations de recherche, de sauvetage et de secours, les personnes se trouvant dans les zones riveraines, ainsi que toutes les autres personnes dans les zones touchées, notamment Rasuwa, Nuwakot, Dhading et Chitwan, sont priés de faire preuve de prudence», a déclaré l’Autorité nationale pour la réduction et la gestion des risques de catastrophe (NDRRMA).
La Division népalaise de prévision des crues a indiqué que le niveau de la rivière Trishuli, dans le district de Dhading, avait dépassé de trois mètres le seuil de danger. Cette hausse a été attribuée à la crue provenant du secteur de la Bhote Koshi. Une montée des eaux a également été signalée dans la Narayani et plusieurs de ses affluents.
Du côté chinois, la menace immédiate représentée par l’une des importantes retenues d’eau formées en amont du poste-frontière de Gyirong semble s’être atténuée. Le lac présente désormais un écoulement naturel et sa superficie est passée à environ 99.000 mètres carrés, soit 21.000 mètres carrés de moins que jeudi.
Les autorités restent néanmoins vigilantes. Un autre plan d’eau, plus vaste, a été repéré au pied du glacier effondré. Sa superficie dépasserait 120.000 mètres carrés, mais sa profondeur demeure inconnue. Selon les experts, le risque d’inondation persistera tant que les deux retenues ne se seront pas entièrement vidées.
Plus de 2.100 secouristes ont été mobilisés côté chinois pour tenter d’atteindre le cœur de la zone dévastée. Plusieurs équipes progressent à pied sur des routes coupées ou ensevelies. Des drones sont employés pour effectuer des reconnaissances aériennes, transporter du matériel et acheminer des équipes avancées dans les secteurs devenus inaccessibles.
Des ouvriers bloqués dans des tunnels
Une petite lueur d’espoir est apparue samedi soir au Népal. L’armée est parvenue à introduire un tuyau d’air dans l’un des tunnels où pourraient être bloqués des ouvriers employés sur des chantiers de barrages hydroélectriques.
Selon le ministre népalais de l’Intérieur, Sudan Gurung, les équipes ont commencé à envoyer de l’air à travers une étroite ouverture. Plus de cent ouvriers pourraient encore être en vie dans plusieurs tunnels. Les recherches se concentrent notamment sur les installations hydroélectriques de Trishuli 3A et Trishuli 3B.
Les opérations progressent toutefois avec une extrême lenteur. Les secouristes doivent creuser dans une épaisse couche de boue mêlée de rochers, de véhicules et de débris de bâtiments, tout en surveillant le niveau des rivières.
«Les gens veulent absolument retrouver leurs proches, morts ou vivants, mais on n’y arrive pas. Regardez toute cette boue», a confié à l’AFP Kawan Koirala, un secouriste de la sécurité civile népalaise, épuisé après dix-huit heures de travail sans interruption.
«C’est très perturbant pour moi aussi. C’est la première fois que je vois cela», a-t-il ajouté.
Des centaines de pèlerins portés disparus
Parmi les disparus figurent des centaines de touristes et de pèlerins qui se rendaient au mont Kailash, lieu sacré pour les hindous et les bouddhistes, ainsi que des ouvriers étrangers employés sur les chantiers hydroélectriques de la région.
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Les autorités chinoises ont précisé dimanche que, parmi les 261 étrangers toujours recherchés au Tibet, figuraient notamment 104 Népalais, 49 Indiens, 33 Lettons, 18 Américains et 15 Britanniques. Les représentations diplomatiques concernées ont été informées.
La fondation Isha, dirigée par le chef spirituel hindou Sadhguru, a indiqué qu’un groupe de 80 personnes lié à son organisation, composé de 77 pèlerins et de trois membres du personnel, se trouvait dans le secteur de Gyirong au moment de la catastrophe.
«Pour l’instant, rien ne semble laisser espérer la présence de survivants», a déclaré la fondation. Le groupe avait achevé son pèlerinage et effectuait les formalités d’immigration côté chinois lorsque tout contact a été perdu.
Au quartier général de campagne installé à Bidur, l’espoir des familles s’amenuise à mesure que les heures passent.
«Cela fait déjà plus de trois jours», a constaté Rishi Shrestha, qui reste sans nouvelles de son cousin depuis mercredi. Celui-ci devait se rendre en Chine. «Il y a 99% de risques pour qu’il ne soit plus en vie», a-t-il ajouté.
Le coût de la reconstruction pourrait atteindre entre quatre et cinq milliards de dollars, soit près de 10% de l’économie népalaise, selon une première estimation du ministre des Finances, Swarnim Wagle. Les installations hydroélectriques endommagées représentent à elles seules plus de 12% de la capacité nationale de production d’électricité.
Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a séparément appelé la communauté internationale à apporter une aide financière, logistique et technique au pays.
Les États-Unis ont annoncé samedi le déblocage de 3,6 millions de dollars d’aide humanitaire. Cette assistance comprend notamment une aide alimentaire d’urgence pouvant couvrir pendant trois mois les besoins de 10.000 foyers touchés par les inondations.
Les experts attribuent le déclenchement de la catastrophe à l’effondrement d’une partie du glacier proche du Langtang Lirung. Les causes précises de cette rupture restent toutefois à déterminer. Les scientifiques soulignent que le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol, deux phénomènes susceptibles de déstabiliser les parois rocheuses et les masses de glace.
«Le réchauffement climatique provoqué par la combustion par l’humanité de quantités colossales de charbon, de pétrole et de gaz rend des tragédies comme celle-ci, et tant d’autres à travers le monde, beaucoup plus probables, fréquentes et graves», a averti Simon Stiell, responsable de l’ONU Climat.
«Le Népal émet moins de 0,01% des gaz à effet de serre, mais nous, le peuple népalais, sommes parmi les principales victimes du changement climatique», a de son côté souligné Shisir Khanal, en appelant à une mobilisation internationale pour préserver l’écosystème himalayen.



