Sans citer la chaîne américaine, le ministère libyen de la Défense a déclaré avoir pris connaissance d’«allégations» selon lesquelles la base de Misrata aurait servi de point de départ à des opérations visant des intérêts étrangers. Il a démenti «catégoriquement l’existence d’un quelconque accord, arrangement ou coordination» autorisant l’utilisation de cette installation, ou de tout autre site militaire libyen, pour conduire des attaques en dehors des missions souveraines de l’État.
Le ministère a assuré qu’aucune partie étrangère n’était autorisée à utiliser le territoire, les installations, l’espace aérien ou les eaux territoriales libyennes pour mener des actes hostiles. Les coopérations militaires et les programmes de formation avec des pays amis s’effectuent, selon lui, dans des cadres officiels et juridiques. Tripoli a appelé les médias à ne pas présenter comme établies des affirmations fondées sur des sources anonymes.
Les affirmations de CNN
CNN cite une source du renseignement militaire ukrainien selon laquelle des opérateurs de drones sont présents dans le nord-ouest de la Libye depuis la fin de 2025. Un militaire ukrainien interrogé par la chaîne affirme que son unité utilise la base internationale de Misrata comme plateforme de lancement contre des bâtiments de la flotte russe, en échange d’une formation dispensée aux forces locales.
Ces éléments n’ont pas été officiellement confirmés par Kiev. En avril, l’Associated Press avait néanmoins cité deux responsables libyens affirmant que des spécialistes ukrainiens opéraient à Misrata, Tripoli et Zaouïa. L’un d’eux situait toutefois à Tripoli, et non à Misrata, le lancement de l’attaque contre l’Arctic Metagaz.
La version russe
Moscou soutient que le méthanier Arctic Metagaz a été attaqué le 3 mars, près des eaux territoriales maltaises, par des drones ukrainiens lancés depuis la côte libyenne. Le ministère russe des Transports affirme que le navire transportait une cargaison déclarée conformément aux règles internationales lorsqu’il a été frappé. Moscou dénonce des attaques contre la navigation civile.
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Le Comité d’enquête russe a ensuite affirmé que le bâtiment avait été visé par des drones aériens et des embarcations sans équipage chargées d’explosifs. Selon ses constatations, l’incendie a détruit les systèmes de contrôle du navire et endommagé deux de ses quatre réservoirs de gaz naturel liquéfié. Une procédure pour «acte de terrorisme international» a été ouverte.
Les trente membres russes de l’équipage ont été secourus. Le second officier et un marin ont été blessés, puis soignés. Vladimir Poutine a qualifié l’opération d’«attaque terroriste», tandis que des responsables russes l’ont aussi présentée comme un acte de «piraterie maritime».
L’autorité maritime libyenne avait fait état d’«explosions soudaines suivies d’un violent incendie» à environ 240 kilomètres au nord de Syrte, sans attribuer officiellement l’incident. Gravement endommagé et abandonné par son équipage, l’Arctic Metagaz a ensuite dérivé pendant plusieurs semaines, suscitant des craintes environnementales avant d’être pris en charge par les autorités libyennes.
À ce stade, Kiev n’a pas revendiqué l’attaque et aucun élément public indépendant ne permet d’établir que la base de Misrata a servi de plateforme. Le dossier oppose donc trois récits: les témoignages anonymes recueillis par CNN, le démenti formel de Tripoli et les accusations de Moscou. Dans une Libye divisée et soumise à de multiples influences étrangères, cette controverse risque d’alimenter la confrontation indirecte entre la Russie et l’Ukraine en Méditerranée.




