Mali et Niger: l’Algérie se rallie à la stratégie russe

Bernard Lugan.

ChroniqueLe bouleversement de la stratégie algérienne au Mali est le résultat de l’active diplomatie du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Dans le cadre de la redéfinition du grand jeu méditerranéo-saharo-sahélien que Moscou cherche à initier, le rapprochement entre le Mali et l’Algérie, ses deux alliés qui s’opposaient, était un préalable.

Le 13/10/2026 à 12h00

La chute de Kidal aux mains de l’armée malienne appuyée par les forces russes est le résultat du revirement stratégique de l’Algérie qui a tout naturellement conduit à l’abandon de sa politique de soutien aux Touaregs. Un changement de cap amorcé après la victoire russo-malienne à Anéfis le 10 juillet 2026.

Le contentieux algéro-malien repose sur une donnée structurante: Alger a toujours soutenu les mouvements touaregs, mais tout en ne leur donnant pas les moyens de l’emporter sur Bamako. Le souci des dirigeants algériens étant en effet de tout faire pour éviter la création d’un État touareg sur les décombres du Mali, ce qui pourrait donner des idées à leurs propres Touaregs, puisque le sud algérien qui est peuplé par ces derniers est la caisse de résonance des problèmes saharo-sahéliens.

La tension entre Alger et Bamako a été aggravée par la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne près de la frontière commune en mars-avril 2025, par la décision de Bamako de mettre fin à l’Accord d’Alger de 2015, dont l’Algérie était le principal médiateur, et par les accusations de soutien algérien aux groupes armés qui, le 25 avril 2026, menèrent des attaques coordonnées au cours desquelles le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, fut tué.

Le résultat de cette tension fut que l’Algérie se trouva dans une impasse et face à ses contradictions. Il lui fallut alors faire un choix: soit poursuivre l’aide aux combattants touaregs et provoquer la rupture avec la Russie; soit, tout au contraire, se rallier à la stratégie russe qui repose sur le soutien aux régimes en place au Sahel.

Le réel s’imposant, l’Algérie a fini par prendre conscience qu’elle s’était auto-piégée en voulant agir sur les «dynamiques» sahéliennes. Les autorités maliennes l’accusaient, à juste titre, d’ingérence via les groupes touaregs, cependant qu’Alger qui s’inquiétait de la déstabilisation du nord-Mali, cherchait à protéger ses frontières sud afin d’éviter une contagion sécuritaire vers Tamanrasset et le Hoggar.

«Lors d’un sommet ordinaire à Freetown, les chefs d’État de la commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont en effet signé, dimanche 19 juillet, un accord intergouvernemental approuvant la construction du gazoduc censé relier le Nigeria au Maroc, cependant que le projet d’axe Sahel-Dakhla avance.»

—  Bernard Lugan

Le bouleversement de la stratégie algérienne est le résultat de l’active diplomatie du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Dans le cadre de la redéfinition du grand jeu méditerranéo-saharo-sahélien que Moscou cherche à initier, le rapprochement entre le Mali et l’Algérie, ses deux alliés qui s’opposaient, était un préalable. Moscou a alors mis en avant l’idée que la paix favoriserait la priorité algérienne qui est la mise en œuvre du gazoduc transsaharien Nigeria-Algérie.

Or ce projet colossal ne peut pas voir le jour dans un Sahel en guerre alors que le projet marocain concurrent qui a pour finalité le désenclavement du Sahel par l’Atlantique se concrétise. Lors d’un sommet ordinaire à Freetown, les chefs d’État de la commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont en effet signé, dimanche 19 juillet, un accord intergouvernemental approuvant la construction du gazoduc censé relier le Nigeria au Maroc, cependant que le projet d’axe Sahel-Dakhla avance.

Résultat, au mois d’août 2026 Alger et Bamako ont annoncé vouloir «tourner la page des tensions», ce qui incluait une normalisation politique et sécuritaire, donc la fin de l’appui algérien aux Touaregs du Mali. Puis, fin août-début septembre, l’armée algérienne a apporté son appui à la junte nigérienne aux prises avec un coup d’État.

Quatre questions se posent désormais:

1- L’Algérie va-t-elle laisser les forces russo-maliennes conquérir la totalité de l’Azawad?

2- Comment l’Algérie va-t-elle justifier son abandon à ses protégés touaregs?

3- Cet abandon aura-t-il des conséquences auprès des Touaregs algériens?

4- Vers qui les Touaregs pourraient-ils se tourner pour avoir les moyens de poursuivre la lutte alors qu’ils ont perdu leur sanctuaire algérien?

Par Bernard Lugan
Le 13/10/2026 à 12h00