Cet abandon de la politique d’autolimitation des exportations d’armes que Tokyo s’était imposée fera entrer pleinement l’archipel sur le marché international de l’industrie de défense.
«Grâce à cette révision partielle (des règles), il est possible, en principe, d’autoriser le transfert d’équipements de défense, y compris tous les produits finis», a déclaré le porte-parole du gouvernement nippon, Minoru Kihara.
Le changement a été entériné par le gouvernement et le Conseil de sécurité nationale, selon l’agence de presse Kyodo.
La Première ministre Sanae Takaichi en poste depuis octobre, aux positions ultra-nationalistes, en avait fait un marqueur: elle soutient que cela permettra à l’archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l’industrie d’armement pour en faire un moteur économique.
Ces nouvelles règles s’inscrivent dans l’assouplissement progressif de l’interdiction générale d’exportation instaurée en 1976.
Par le passé, le Japon exportait munitions et matériel militaire, notamment durant la guerre de Corée dans les années 1950, mais il avait ensuite adopté une interdiction conditionnelle des exportations d’armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard.
«Nations partenaires»
Ces dernières décennies, Tokyo a consenti des exceptions, avant d’ouvrir la voie en 2014 aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux (sauvetage, transport, alerte, surveillance, déminage), distinctions désormais abolies.
Selon ses partisans, cette révision ne devrait pas, dans l’immédiat, doper les exportations d’armes mais permettra d’intégrer davantage le pays à la chaîne d’approvisionnement internationale dont il dépend.
De quoi renforcer les liens défensifs, diplomatiques et économiques avec les nations partenaires, dans un contexte d’instabilité régionale croissante face au renforcement militaire de la Chine et aux menaces de la Corée du Nord.
«Alors que l’environnement sécuritaire devient de plus en plus critique, aucun pays ne peut préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces: en matière d’équipements de défense, il faut des nations partenaires capables de s’appuyer mutuellement», a fait valoir Mme Takaichi mardi sur X.
As the security environment becomes increasingly severe, by promoting the transfer of defense equipment and strengthening the defense capabilities of partner countries, we will ensure Japan’s security and contribute to the peace and stability of the region and the world.
— 内閣官房 (@Naikakukanbo) April 21, 2026
Heigo Sato, expert en questions de défense à l’université Takushoku, a indiqué à l’AFP que le Japon devait profiter du temps de paix pour mettre en place «un système assurant la fluidité des échanges d’armes et de munitions» entre alliés.
Lorsque l’Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes face à la Russie, le Japon avait exprimé sa sympathie mais s’était abstenu d’envoyer des armements, fournissant seulement gilets pare-balles et véhicules.
En faisant du commerce des armements un échange bilatéral, le Japon pourrait accroître ses chances de recevoir l’aide de ses alliés en cas de conflit inattendu et prolongé, estime M. Sato.
Attachement au pacifisme
À l’inverse, l’activiste pacifiste Koji Sugihara y voit «un tournant historique», jugeant que la réputation pacifiste du Japon avait, par le passé, favorisé ses relations diplomatiques et commerciales.
«Les gens ne veulent pas que des produits fabriqués au Japon soient utilisés pour tuer des personnes dans des pays étrangers», déclare-t-il à l’AFP.
Une inquiétude partagée dans l’opinion: un sondage réalisé en mars par la télévision NHK indiquait que 53% des Japonais s’opposaient au changement sur les exportations d’armes, seulement 32% l’approuvant.
Ses critiques accusent Sanae Takaichi de porter atteinte au pacifisme résolu de la nation: la constitution adoptée après-guerre par l’archipel limite ses capacités militaires à des mesures défensives.
Des militants pacifistes ont organisé des rassemblements à travers le pays, craignant que les positions de Mme Takaichi et son soutien affiché au président américain Donald Trump n’entraînent le Japon dans des conflits.
«Notre attachement à la voie et aux principes fondamentaux que nous suivons depuis plus de 80 ans en tant que nation pacifiste demeure absolument inchangé», a tenté de rassurer Mme Takaichi mardi.
«Nous procéderons à des examens au cas par cas rigoureux (...), les bénéficiaires seront limités aux pays s’engageant à utiliser ces équipements d’une manière conforme à la Charte des Nations unies», a-t-elle plaidé.
Cinq groupes japonais (Mitsubishi Heavy Industries, Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu, Mitsubishi Electric, NEC) figurent déjà dans les 100 premières entreprises mondiales d’armement et de défense en termes de revenus, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).



