L’armée irakienne lance un raid contre des «personnalités politiques» accusées de corruption

La zone verte est une enclave hautement sécurisée dans la ville irakienne de Bagdad, qui fut instituée en avril 2003 à la suite de la persistance des combats et des attentats après la fin officielle de la seconde guerre du Golfe. (PHOTO: Crockett John)

Les forces de sécurité irakiennes se sont déployées tôt dimanche dans la zone verte de Bagdad, l’enclave ultrasécurisée qui concentre ambassades, institutions et résidences de hauts responsables, dans le cadre d’une vaste opération visant des personnalités politiques soupçonnées de corruption.

Le 28/06/2026 à 06h58

Selon un responsable militaire cité par l’AFP sous couvert d’anonymat, le «raid visait plusieurs personnalités politiques dans le cadre d’une affaire de corruption financière, sur ordre judiciaire» et a mobilisé les forces antiterroristes ainsi que l’armée.

La zone verte, située au cœur de la capitale irakienne, abrite notamment l’ambassade des États-Unis, le Parlement, le Conseil des ministres, des bureaux gouvernementaux et plusieurs missions diplomatiques. Son verrouillage, dans la nuit de samedi à dimanche, a rapidement alimenté les spéculations sur l’ampleur de l’opération, d’autant qu’aucun communiqué officiel n’avait encore été publié dimanche matin.

Des images diffusées sur des chaînes Telegram locales montrent des blindés, dont des chars, circulant dans l’enclave, ainsi que des soldats entrant dans une enceinte et, dans une séquence, à l’intérieur d’une maison.

Des unités du Counter-Terrorism Service ont bouclé plusieurs accès et se sont déplacées entre des résidences privées de personnalités politiques et de parlementaires. Plusieurs responsables actuels et anciens auraient été interpellés, mais ni leur nombre exact ni leur identité n’ont été confirmés officiellement.

Cette opération marque une nouvelle étape dans la campagne lancée par le Premier ministre Ali al-Zaïdi, entré en fonction en mai avec la promesse de s’attaquer à la corruption et à la mauvaise gestion qui minent l’État irakien depuis des décennies. Reuters avait rapporté que le chef du gouvernement avait été investi avec un cabinet seulement partiel, faute d’accord au Parlement sur plusieurs portefeuilles sensibles, dont l’Intérieur et la Défense, ce qui rend l’usage de forces relevant directement de l’autorité du commandant en chef particulièrement politique.

Le profil d’Ali al-Zaïdi ajoute à la sensibilité de la séquence. L’Associated Press l’a présenté lors de sa désignation comme un homme d’affaires et nouveau venu en politique, choisi par le Cadre de coordination chiite après des semaines de tractations.

Reuters le décrit comme un multimillionnaire actif dans la banque et dans le programme public d’approvisionnement alimentaire. Il doit désormais convaincre qu’il peut poursuivre les puissants sans transformer la lutte anticorruption en règlement de comptes entre factions.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement multiplie les signaux. Reuters a ainsi rapporté l’annulation d’un projet de 764 millions de dollars pour le développement de l’aéroport international de Bagdad, après des soupçons d’irrégularités dans l’appel d’offres et les conditions du contrat. Al Jazeera a, de son côté, fait état d’une enquête visant l’ancien sous-secrétaire au Pétrole Adnan al-Jumaili, avec la saisie d’environ 86 millions de dollars, 70 propriétés, 21 véhicules et près de trois kilogrammes d’or.

Ces dossiers touchent un nerf à vif en Irak, pays riche en pétrole mais plombé par un système de clientélisme et de partage partisan des ressources publiques. Selon Al Jazeera, l’Irak figurait au 136e rang sur 182 pays dans l’indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, malgré quelques améliorations. L’enjeu dépasse donc les arrestations spectaculaires: il s’agit de savoir si les enquêtes remonteront réellement jusqu’aux réseaux politiques protégés.

La présence de chars dans la zone verte, symbole du pouvoir irakien et de ses équilibres fragiles, montre aussi les risques d’une campagne menée à grande vitesse. Les autorités affirment agir sur ordre judiciaire, mais l’absence de liste officielle des personnes arrêtées entretient l’incertitude. Des médias irakiens et arabes évoquent des responsables politiques, des députés, des hommes d’affaires et des membres de services de protection liés à des dossiers de corruption et d’abus d’influence.

La séquence intervient alors que Bagdad tente de préserver un équilibre délicat entre Washington et Téhéran. Reuters a indiqué qu’Ali al-Zaïdi devait se rendre à Washington mi-juillet pour renforcer les liens économiques et stratégiques avec les États-Unis. Mais l’AP rappelait aussi que le nouveau gouvernement devra gérer la question des groupes armés pro-iraniens, du contrôle des armes par l’État et du rôle des Forces de mobilisation populaire.

Dimanche matin, la circulation reprenait progressivement autour de plusieurs points de contrôle, mais la tension demeurait élevée. Dans un pays où les précédentes campagnes anticorruption ont souvent épargné les figures les plus puissantes, l’opération de la zone verte sera scrutée comme un test majeur: soit le début d’un véritable bras de fer avec les réseaux d’influence, soit un nouvel épisode de théâtre politique, costumes militaires inclus.

Par Le360 (avec Agences)
Le 28/06/2026 à 06h58