Le Parlement «a accordé sa confiance au gouvernement du Premier ministre Ali Faleh al-Zaidi et à son programme», a indiqué le bureau du chef du gouvernement dans un communiqué. Le vote marque l’entrée officielle en fonction de M. Zaidi, nommé le 27 avril à la tête de l’exécutif, après de longues tractations entre les principales forces politiques irakiennes.
Âgé de 40 ans, homme d’affaires, banquier et propriétaire d’une chaîne de télévision, Ali al-Zaidi est une figure peu connue du grand public. Il n’avait jamais occupé de fonctions gouvernementales jusqu’ici. Son profil de technocrate fortuné, extérieur aux premiers cercles du pouvoir chiite, a cependant permis d’en faire un candidat de compromis, après le retrait de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, dont le retour était contesté par Washington en raison de sa proximité avec l’Iran.
En janvier, le président américain Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si Maliki revenait au pouvoir. Cette pression a pesé lourd dans le choix final du Cadre de coordination, alliance de factions chiites majoritaire au Parlement, mais liée à des degrés divers à l’Iran voisin.
En Irak, où les équilibres confessionnels restent au cœur du système politique, la présidence de la République revient traditionnellement à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.
Le gouvernement de Zaidi devrait compter 23 portefeuilles ministériels, mais l’équipe reste incomplète. Quatorze ministres seulement ont été approuvés par un vote à la «majorité absolue» des députés, selon l’agence officielle INA. Plusieurs postes-clés, notamment ceux de l’Intérieur et de la Défense, demeurent l’objet de tractations entre partis, six mois après les élections législatives de novembre. Le maintien de Fuad Hussein aux Affaires étrangères et la désignation de Basim Mohammed au Pétrole figurent parmi les décisions les plus suivies.
Le programme gouvernemental de M. Zaidi a été présenté aux élus, mais n’a pas encore été rendu public dans son intégralité. Selon les premiers éléments relayés par les médias irakiens et régionaux, il devrait insister sur la sécurité, la relance économique, l’amélioration des services publics, l’électricité, la lutte contre la corruption et la nécessité de restaurer l’autorité de l’État.
Le dossier le plus explosif reste toutefois celui des armes. Washington demande depuis des années aux autorités irakiennes le désarmement des groupes pro-iraniens, que l’administration américaine qualifie de «terroristes».
Ces milices, intégrées pour certaines à l’architecture sécuritaire irakienne, conservent une capacité d’action autonome et pèsent lourdement sur les décisions de Bagdad. Zaidi a promis de renforcer le monopole de l’État sur les armes, une formule classique en Irak, mais rarement suivie d’effets durables.
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L’enjeu est d’autant plus sensible que l’Irak demeure un terrain d’affrontement indirect entre les États-Unis et l’Iran. Depuis l’invasion américaine de 2003 et la chute de Saddam Hussein, les gouvernements successifs tentent de préserver un équilibre précaire entre Washington, partenaire militaire essentiel, et Téhéran, voisin puissant et acteur incontournable de la politique irakienne.
Cet équilibre a été brutalement fragilisé par la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Depuis le début du conflit, des intérêts américains en Irak ont été visés par des centaines de frappes attribuées à des milices pro-iraniennes.
L’armée américaine a riposté à plusieurs reprises, faisant des dizaines de morts parmi les combattants. Dans ce contexte, la formation du gouvernement Zaidi apparaît moins comme une simple alternance institutionnelle que comme un test de souveraineté pour Bagdad.
Le nouveau Premier ministre devra donc gouverner sur une ligne de crête. Il lui faudra rassurer Washington sans provoquer frontalement les factions proches de Téhéran, contenir les milices sans ouvrir une crise interne, achever la formation de son cabinet et répondre à une opinion publique lassée par les blocages, les pénuries, la corruption et les compromis sans fin. En Irak, obtenir la confiance du Parlement est rarement le plus difficile. La conserver, dans un État traversé par tant de forces contradictoires, est une tout autre affaire.




